Louis Maurin, directeur de l’Observatoire des inégalités (c) Léa Duperrin
Habiter dans un quartier populaire est-il stigmatisant dans la recherche d’un emploi ?
Contrairement à ce que l’on dit souvent, l’ « effet quartier » est très marginal dans l’insertion professionnelle des jeunes. C’est davantage un prétexte à la stigmatisation. La plupart des employeurs ne connaissent même pas le nom des rues de ces quartiers ! Par contre, il est vrai que l’on trouve une part plus importante des minorités visibles dans ces territoires. La discrimination à l’emploi de la part des employeurs existe certes, mais elle reste marginale. L’interdiction faite aux jeunes issus de pays hors de l’Union Européenne d’exercer un emploi public a davantage d’impact dans leur vie et donc dans les quartiers. C’est un phénomène plus fort que le racisme des employeurs qui s’attarde plus sur le niveau du diplôme que la couleur de la peau.
Mais les jeunes issus de quartiers populaires restent moins employés que d’autres, à diplôme équivalent…
Il existe d’autres phénomènes liés au milieu social. A diplôme équivalent, deux licences vont avoir des valeurs très différentes en fonction de l’université, de l’école… De plus, une personne issue d’un milieu social favorisé va avoir des contacts pour des stages. On est toujours rattrapé par son milieu social ! Il faut relativiser l’« effet quartier » car on a tendance à utiliser la variable territoire pour éluder la variable sociale. Néanmoins, l’effet territoire joue. Par exemple, c’est en mélangeant des personnes de niveau différent qu’on améliore le niveau scolaire. Sur le long terme, le développement des habitats pavillonnaires où la classe moyenne est partie s’établir, a retiré une partie de la population de ces quartiers.
Sources : Observatoire des inégalités, Observatoire des zones urbaines sensibles
Comment expliquer que le diplôme ne protège plus du chômage ?
Il faut avant tout noter qu’on assiste à un processus de déclassement global. Dans toute la société, le niveau de qualification des jeunes a augmenté plus vite que la structure de l’embauche. Et surtout, il ne faut pas oublier que la plus grande partie des jeunes des quartiers n’obtiennent pas de diplôme du tout.
Les politiques de la ville se révèlent-elles inefficaces ?
Si les politiques de la ville n’ont pas réglé le problème, c’est qu’elles n’en n’ont jamais eu le moyen ! Elles ne peuvent qu’amortir le choc et servir à donner bonne conscience mais c’est toujours ça de pris. L’État ne consacre qu’un milliard d’euros de son budget à la politique de la ville. En comparaison, la récente réforme de l’impôt sur la fortune représente 5 milliards d’euros ! Il y a une grande hypocrisie par rapport aux quartiers entre le discours et la volonté politique depuis longtemps. Pourtant, la France a montré qu’elle a su mener une vraie politique publique de rénovation urbaine sous Jean-Louis Borloo lorsqu’il était ministre délégué à la Ville de 2002 à 2004.
Les initiatives, à l’instar de l’opération “Nos quartiers ont du talent”, font-elles parties de la solution ?
Oui et non, disons que cela évite juste que les choses empirent. C’est aussi la démonstration que dans ce pays, énormément de gens luttent contre les discriminations, à contre-courant du discours individualiste.
Comment voyez-vous la situation évoluer ?
Cela dépend beaucoup de la situation de l’emploi. Si cette dernière s’améliore, il y aura un changement positif. Mais il ne faut pas être misérabiliste. Il est important de sortir de la vision paternaliste et/ou méprisante que l’on peut porter sur les quartiers, comme quand on les appelle des “zones de non droit” car on ne veut pas dire que des Noirs et des Arabes y vivent !. Les quartiers sont la France populaire moyenne d’aujourd’hui.
Le monde de la musique classique a encore des progrès à faire en matière d’égalité des sexes. Car, si dans la fosse d’orchestre, les musiciennes sont désormais aussi nombreuses que les musiciens, il n’en est pas de même pour les postes de direction. Claire Gibault, chef d’orchestre au talent reconnu sur les plus grandes scènes du monde, a toujours dû batailler pour se faire une place dans un milieu rarement bienveillant à l’égard des femmes.
Dans l’auditorium de la mairie du 9e arrondissement parisien, des archets s’activent, des doigts s’échauffent, un « la » se propage entre les pupitres de l’ensemble de cordes. Claire Gibault, face aux musiciens en demi-cercle, étale sa partition. Cette femme discrète et souriante fait partie des 4% de chef d’orchestre féminines en exercice en France.
Le petit groupe doit faire les derniers ajustements avant le concert de demain. De sa voix flûtée, la dirigeante annonce le début de la répétition. « Mesure 32. On met le vibrato seulement à partir de la mesure 40 ». Ses deux mains se lèvent, et s’arrêtent, comme suspendues. D’une inspiration, elle donne le départ. Ses épaules se soulèvent. Des cordes, s’élève une ligne mélodique ample, lente, méditative. L’oreille aux aguets, la nuque penchée en avant, la maestra dessine des hiéroglyphes du bout de ses doigts, cherchant le juste équilibre entre les silences et la mélopée. « Il faudrait plus de crescendo et de diminuendo. Avec un peu plus de vitesse d’archet » demande-t-elle, laissant ses mains caresser l’air au-dessus de son pupitre.
Cette gestuelle si travaillée vient de loin pour cette artiste : dès 12 ans, elle connaît sa première expérience de direction avec l’orchestre d’élèves de son conservatoire au Mans. La fillette a démarré le solfège à 4 ans, le piano à 5 et le violon à 7. Mais c’est la direction d’orchestre qui sonne déjà comme une évidence pour cette petite âme de leader. « J’avais envie de transmettre, comme si je me sentais une mission. Il fallait avoir une vraie passion : c’est un métier très dur et les places sont rares… »
Parcours de combattante
Au long de sa carrière, ce tempérament combatif est de nombreuses fois confronté au rejet de ses pairs masculins, héritiers d’un monde très conservateur. Il faut attendre le milieu du XXe siècle pour voir quelques pionnières émerger de l’orchestre, et gravir le marchepied du chef. Mais la parité semble encore bien loin, avec seulement 21 femmes pour 586 hommes chefs d’orchestres en 2016, d’après les chiffres de la Société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques. « Ce sont des postes où il y a du pouvoir, de la gloire, de l’argent… Ils sont tenus par des réseaux d’hommes qui se passent le témoin entre eux », analyse l’artiste. Une femme tenant la baguette continue d’en déranger plus d’un. « Les hommes tiennent à l’aspect viril de ce métier. Que nous y touchions les humilie profondément. »
De la queue de pie à la baguette, le métier ne manque pas d’évocations phalliques. Malgré cette emprise masculine, Claire Gibault se fait vite une réputation. Assistante du célèbre chef italien Claudio Abbado, première femme à diriger la Scala de Milan et la Philarmonie de Berlin, elle est reconnue dans le monde entier comme une grande chef d’orchestre. Mais malgré son CV éblouissant et ses succès à l’étranger, elle ne parvient pas à obtenir un poste de direction dans l’Hexagone. « J’avais posé ma candidature à deux ou trois orchestres français, on ne me répondait même pas ! » s’indigne-t-elle. « Les femmes ne sont tolérées que si elles sont des génies… Les nombreux hommes extrêmement moyens qui dirigent, ça ne choque personne. dénonce-t-elle. Les femmes qui y parviennent ont vraiment quelque chose ». De même, la musicienne qui vient de fêter ses 72 ans, sait que dans ce milieu, l’âge est bien plus lourd à porter pour les femmes que pour les hommes. « Une fois, un directeur d’orchestre m’a dit “vous savez, je n’ai rien contre les seniors mais…” Les hommes qui dirigent jusqu’à 90 ans, eux, sont de “grands interprètes” », ironise-t-elle.
Orchestre démocratique
Engagée au Parlement européen, où elle est députée entre 2004 et 2009, Claire Gibault découvre dans les statistiques que les femmes dirigeantes ont dû créer leur propre entreprise. Elle fonde en 2011 le Paris Mozart Orchestra. Avec cet ensemble, la chef peut régner à sa manière. « Je suis payée exactement comme mes musiciens. Ils sont prêts à tout me donner ». Sa méthode de direction, elle aussi, est éloignée des clichés de toute puissance associés au métier. « Je déteste le chef qui surjoue. Il y a une comédie du pouvoir chez certains », appuie-t-elle, le ton grave.
Inutile de chercher dans la posture de Claire Gibault de telles ambitions de grandeur. Pour elle, le chef d’orchestre « doit se faire oublier pour faire rentrer les gens dans son monde intérieur ». Quelques minutes de répétitions suffisent à s’en rendre compte. « Il faut qu’il y ait un suspense incroyable là-dedans », s’exclame-t-elle pour éclairer un passage de la pièce de Bartok qu’ils répètent. L’alto seul s’exécute, rejoint rapidement par le premier violon. « Et on diminue ». Au-dessus de leur partition, les musiciens échangent de rapides regards. Un vibrato inquiétant s’élève, comme un bourdonnement. Le poing serré et vibrant de la chef d’orchestre s’ouvre finalement, libérant dans la seconde une cascade déchaînée de notes.
Son enthousiasme presque enfantin est communicatif : « C’est archi passionnant comme écriture » s’exclame-t-elle, alors que l’ensemble se lance dans le troisième mouvement. « Là, c’est l’arrivée des trompettes sur la toundra… Là, tout petit » glisse-t-elle. Les directives sont distillées avec douceur, plus suggérées qu’imposées.
Lorsque la musique s’arrête, les remarques fusent, les conversations s’enchaînent sans transition, comme une suite logique à la partition. Claire Gibault, alors, s’efface pour laisser ses musiciens se mettre d’accord sur une question de rythme, d’intensité. « Ce qui est agréable avec Claire, c’est qu’elle est beaucoup à l’écoute de ce que l’on propose », apprécie Julien Decoin, violoncelliste au PMO. « Là, c’est un petit effectif, on se connaît depuis longtemps. Donc on peut s’arrêter, proposer quelque chose, on écoute, on voit si ça marche, ce n’est pas dogmatique comme c’est parfois le cas avec certains chefs d’orchestre, qui décident que ce sont eux qui ont les pleins pouvoirs et que personne n’a la parole. C’est une façon différente de faire de l’orchestre. D’ailleurs, je ne sais pas s’il y en a une mieux que l’autre. Il y en a une où on s’éclate un peu plus effectivement », glisse-t-il avec un sourire.
« C’est ce que j’appelle l’autorité partagée. Les entreprises marchent bien quand il n’y a pas trop de hiérarchie », assure Claire Gibault. La musicienne espère voir venir des mesures fermes : elle note des avancées positives notamment pour les instrumentistes. « Maintenant les auditions se déroulent derrière des paravents. D’un coup, les hommes ont recruté plein de femmes sans le savoir, et à des postes de solistes ! » approuve-t-elle avec un sourire. Les chefs d’orchestres, eux, ne sont pas nommés sur audition. Claire Gibault prône donc l’instauration de quotas sur un temps déterminé. « Sinon, comment ouvrir la brèche ? Il faut forcer un peu », justifie-t-elle.
« Il ne faudrait pas que l’extravagance soit confondue avec le talent »
Mais faire la vie dure aux stéréotypes masculins gravitant autour de la fonction n’est pas le seul cheval de bataille de Claire Gibault. La chef d’orchestre se montre également sévère avec les représentations féminines trop ouvertement glamour. Elle se rappelle les tenues de ses débuts, larges et noire. Inimaginable pour elle d’être utilisée comme un objet sexuel. Aujourd’hui, elle observe que les femmes les plus invitées à diriger des orchestres « sont jeunes, blondes, ont les cheveux longs, dirigent bras nus ».
Du haut de sa tour d’ivoire, la musique classique véhiculerait-elle les mêmes messages que la presse féminine ? « Quand une femme dirige en bottes de cuir à talons, en robe moulante et très décolletée, elle se met en scène. Tout d’un coup, c’est du showbiz », regrette Claire Gibault. Car l’habit, s’il ne fait pas le moine, dit forcément quelque chose . « On n’irait pas en manteau de fourrure dans un bidonville ! Quand on dirige un orchestre, on ne vient pas en tenue de séduction. Sinon, il ne faut pas s’étonner que les gens perdent un quart d’heure à vous détailler physiquement et ne vous traitent pas en premier lieu comme une interprète . La musicienne dénonce l’effet pervers de cette ambiguïté. « On ne va pas s’en sortir, nous les femmes, si on considère qu’il faut être dénudée pour se montrer. Certes, il y a des gens plus extravagants que d’autres, ça nous fait du bien aussi. Mais il ne faudrait pas que ce soit confondu avec le talent », conclut-elle. Reste donc quelques violons à accorder au pupitre central avant que la musique, dirigée par les femmes, n’adoucisse vraiment les mœurs…
Emilie Salabelle
Pour découvrir le Paris Mozart Orchestra, rendez-vous le 28 décembre 2017 à la Seine Musicale. Au programme : Sérénade Nocturne en Ré Majeur, œuvre de jeunesse de W.A. Mozart, et Les Inestimables chroniques du bon géant Gargantua, de Jean Françaix, avec la participation d’Eric Genovese, de la Comédie Française. Plus d’information surhttp://www.parismozartorchestra.com
Les échanges internationaux connaissent un ralentissement ces dernières années. Pour certains économistes, ce ralentissement n’est qu’un retour à une période plus calme.
La célèbre pizza napolitaine a été inscrite au patrimoine immatériel de l’Unesco le 7 décembre. Les Italiens ont obtenu la protection de la recette traditionnelle de la pizza. Une façon de lutter contre la mondialisation de ce plat que certains mangent à l’ananas! Une aberration pour bon nombre de Napolitains.
La mondialisation a transformé la pizza comme l’ensemble des économies nationales. Ce qui désigne les échanges de biens, de services, de capitaux et de personnes à l’échelle internationale, a engendré une spécialisation des économies nationales. Car, chaque pays est devenu un maillon de la chaîne dans la production internationale. Par exemple, s’agissant de la pâte à tartiner Nutella du groupe Ferrero, les usines s’alimentent dans le monde entier. La Turquie fournit les noisettes, la Malaisie l’huile de palme et le Nigéria le cacao.
« Ce système est nécessaire au développement des pays émergents », insiste Sébastien Jean, directeur du Centre de recherche et d’expertise sur l’économie mondiale. «Les Brics [Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud] continuent dans la spécialisation nationale ». « Il ne faut pas oublier que la croissance a été sans précédente entre 1971 et 2008. C’est en grande partie liée à l’augmentation des échanges. La mondialisation a été encouragée durant cette période par le développement des quatre dragons (Taïwan, Corée du Sud, Singapour et Hong Kong) et la disparition du rideau de fer », ajoute-t-il.
La période actuelle observe malgré tout un ralentissement de la mondialisation. Pour Sébastien Jean, cela s’explique par la crise économique de 2008, mais pas seulement. « On a assisté à un boom des échanges jusqu’au début des années 2000. C’était lié à l’apparition des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les échanges aujourd’hui diminuent car nous revenons simplement à période plus calme », avance-t-il. L’entrée dans une nouvelle période de l’histoire de la mondialisation est à l’origine de la baisse de la croissance du commerce dans le monde.
Même si la mondialisation a permis aux pays émergents de rattraper en partie les pays développés, dans certains Etats la méfiance envers la mondialisation grandit. Le président américain Donald Trump souhaite imposer une taxe sur les produits chinois. En Europe, l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne (TAFTA) a rencontré l’opposition d’une partie de la société civile et des politiques, interrompant les négociations.
La montée des inégalités dans les pays développés serait à l’origine de cette remise en question de la mondialisation pour Pierre-Noël Giraud, professeur à l’université Paris-Dauphine. Dans une interview à Alternatives économiques, il explique que l’apparition du chômage a pour origine la diminution des emplois « nomades ». Ce sont les métiers qui se pratiquent partout et sont donc en concurrence avec le reste du monde. Cela correspond, par exemple, aux emplois dans le secteur industriel qui ont été délocalisés dans les pays où le coût du travail était plus faible. Les personnes qui perdent leur emploi « nomade » sont renvoyées aux métiers que Pierre-Noël Giraud qualifie de « sédentaires », attachés à un territoire. Mais ces emplois baissent également car ils dépendent de la demande des « nomades ».
Pour inverser le processus il faudrait soutenir la compétitivité des emplois « nomades » et « stimuler un secteur sédentaire, de production et d’échange de proximité », selon Pierre-Noël Giraud. Il appelle à densifier les offres de services locaux. « Il faut que les gens aient envie davantage de se rencontrer au restaurant, puis d’aller au spectacle, que de se mettre devant Netflix avec une pizza surgelée », lance-t-il aux journalistes d’Alternatives Economiques. Il ne remet cependant pas en question l’utilité de ces échanges internationaux pour le développement: « grâce à ce phénomène près de 4 millions de Chinois sont sortis de la pauvreté absolue ».
Le gaspillage alimentaire coûterait deux à trois fois plus cher à la France que la dette de la sécurité sociale. Plusieurs alternatives ont été mises en place pour palier à ce fléau. N’est-ce pas aussi un nouveau moyen marketing pour les revendeurs ?
Quelques haricots verts, des tomates, des champignons, des mûres et des kakis. Le tout, pour 4 euros. Des fruits et des légumes qui risquaient, d’une minute à l’autre, de finir au fond de la poubelle dans ce petit primeur du 10ème arrondissement de Paris. L’application Too Good to Go fait partie de ces nouvelles start-up qui luttent contre le gaspillage alimentaire.
Le principe de ce genre d’applications est simple, autant pour le consommateur que pour le revendeur. Pour l’utilisateur, il suffit de télécharger l’application, de se géolocaliser pour pouvoir faire une commande le plus proche de chez lui, et de se rendre dans le point de vente choisi pour récupérer son panier. Boulangers, restaurants, grandes surfaces ou primeurs peuvent faire un geste pour la planète en “vendant leurs invendus”. Mais ils maximisent aussi leur chiffre d’affaires : en moyenne, cela leur rapporte 300 euros par mois. L’application de son côté garde une commission d’un euro sur la somme payée aux commerçants.
Chaque année, plus de 20 kilos de déchets alimentaires sont jetés par chaque français. Au niveau mondial, cela représenterait plus de 350 milliards d’euros : un tiers des aliments destinés à la consommation humaine est perdu tout au long de la chaîne alimentaire. La lutte contre le gaspillage alimentaire n’en est qu’à ses débuts et peine à fonctionner réellement dans l’Union Européenne, alors qu’une partie de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. S’ajoute à cela la future raréfaction de la nourriture qui, selon les scientifiques, devrait arriver plus tôt que prévu, et l’impact environnemental avec une surconsommation de CO2.
Limiter le gaspillage alimentaire
Too Good to go n’est pas la seule start-up à s’être lancée dans l’anti gaspillage alimentaire. Depuis 2016, la loi Garot, unique en Europe, oblige les supermarchés à distribuer les invendus alimentaires aux associations et interdit “pour les distributeurs, de rendre impropres à la consommation des invendus encore consommables”. Ceux qui refusent de donner écopent d’une amende de 3750 euros. Depuis la promulgation de la loi, 5000 nouvelles associations se sont créées pour récupérer et distribuer des invendus. Cette loi était en effet attendue puisque certaines grandes enseignes étaient (et certaines le sont encore) suspectées d’asperger leurs invendus avec de la javel, pour empêcher les personnes sans-abris de les récupérer.
Les bons et les mauvais élèves de l’anti-gaspi
Alors, véritable geste pour la planète ou coup de pub pour fidéliser et voir grossir son chiffre d’affaires ? Si la loi oblige à distribuer les déchets alimentaires, c’est seulement aux associations, et sans aucune somme en contrepartie. Or, ces nouvelles applications permettent aux commerçants de revendre leurs produits qui auraient fini à la poubelle : parfois même, ces invendus sont périmés. De peu, mais par exemple un paquet de filets de poulet pourra avoir dépassé les deux jours de la date de péremption. Pour eux, l’intérêt de réduire le gaspillage alimentaire est d’abord économique. Et pour certains, cela leur permet de faire « bonne figure » auprès de leur clientèle. Un avantage certain pour ces supermarchés, mais le tableau n’est pas si noir : depuis cette loi, environ 10 millions de repas ont été distribués à des personnes nécessiteuses.