Arabie Saoudite/France : un partenariat stratégique mais fragile

Après trois semaines aux États-Unis et un passage par l’Angleterre, le prince saoudien Mohammed Ben Salmane est arrivé dimanche à Paris, pour trois jours de visite officielle. Au programme, le conflit yéménite, l’embargo du Qatar mais également de possibles accords économiques.

Macron et MBS
Emmanuel Macron et MBS se retrouve ce mardi soir pour une réception à l’Elysée. ©Flickr

Les relations commerciales entre la France et l’Arabie Saoudite sont fragiles depuis quelques années, mais avec l’arrivée du jeune prince héritier, une ouverture est peut être envisageable. Emmanuel Macron souhaite relancer la coopération économique entre les deux pays. L’homme fort de Riyad, que l’on appelle MBS, a présenté sa vision pour 2030, un programme ambitieux à l’image des dernières réformes en faveur de la situation des femmes dans le royaume.

Un passé économique compliqué

Les relations entre Riyad et Paris sont solides depuis les années 1960 et le Général de Gaulle, mais elles se sont fragilisées sous le mandat de François Hollande. « L’Arabie saoudite était un des premier clients des entreprises d’armement françaises, mais depuis 2015 il ne s’est rien passé », assure Denis Bauchard, conseiller pour le Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (IFRI). Les signatures de contrats lors des précédentes rencontres entre les dirigeants saoudiens et les ministres français ont été fortement médiatisées mais finalement, aucun d’entre eux n’a été significatif. « Laurent Fabius a signé un accord de coopération de près de 11 milliards de dollars sur le nucléaire civil mais ce n’est pas conséquent, comparé aux 380 milliards signés avec Donald Trump », ajoute le chercheur.

Face à ce désenchantement dans les relations économiques, quelle est la vision de Mohammed Ben Salmane ? Lors de cette tournée internationale, le prince héritier a choisi de s’arrêter en France, ce qui laisse penser à un appel du pied de sa part. « La venue de Mohammed Ben Salmane signifie que la France reste un partenaire de choix, c’est une rencontre stratégique avec Emmanuel Macron » explique Denis Bauchard. MBS devrait donc signer des contrats, notamment dans le secteur de l’énergie. « Les prochaines signatures  ne semblent pas correspondre à des sommes considérables, la reprise de la coopération économique est encore une interrogation » analyse le conseiller de l’IFRI.

Vers un climat propice aux échanges commerciaux?

A 32 ans, entre tensions familiales et vision novatrice du pays, MBS essaye de se faire une place et de se différencier de son père. De nombreux dirigeants le voient déjà comme le nouvel homme fort du royaume, qui a réussi à imposer des réformes progressistes comme l’autorisation de conduire pour les femmes. Face à une forte opposition du clergé wahhabite ultra-conservateur et puissant, il tente de se rapprocher des puissances occidentales. Les trois semaines passées aux États-Unis et l’accueil chaleureux que Donald Trump lui a réservé reflètent sa volonté de développer des coopérations internationales. Il voit en Emmanuel Macron un espoir pour réchauffer ses relations avec Paris. Cependant, sur le plan économique rien n’est encore concrétisé. « Depuis quelques années les dirigeants saoudiens essayent de diversifier les secteurs d’activité, il n’y a donc rien de nouveau », précise Denis Bauchard.

La France peine à faire venir des fonds saoudiens, mais pour que les entrepreneurs français investissent en Arabie Saoudite le climat doit être propice. La péninsule arabique représente un marché important en terme d’armement ainsi quand dans le secteur du tourisme et de la construction, mais la situation est instable. « Le climat n’est pas encore très propice pour les investissements étranger. MBS est très déterminé mais également très impulsif, il prend des décisions controversées notamment en politique étrangère » observe Denis Bauchard. Avec la guerre au Yémen, l’embargo au Qatar et la crise au Liban, l’Arabie saoudite est au cœur des grandes perturbations de la région. « On dirait qu’il crée encore plus de chaos dans la région » ajoute le chercheur. Des chantiers sont en prévision notamment avec un grand parc de loisirs le long de la mer Rouge.

La Chine, premier client de l’Arabie Saoudite

Le pétrole reste la principale source de richesse du royaume et la Chine est devenue leur premier client. Les États-Unis, premier partenaire commercial historique, sont de plus en plus autosuffisants en énergie. Avec l’augmentation du prix du pétrole, les producteurs d’énergie limitent leur importation de fioul. « La Chine s’impose en Afrique et peu à peu au Moyen-Orient notamment en Arabie saoudite et en Iran » nous informe Denis Bauchard. Cependant, la relation que recherche la Chine avec ce pays de la péninsule arabique est purement commerciale, contrairement à la France. « Emmanuel Macron cherche certes une coopération économique mais également un dialogue politique » précise-t-il.

En tant que grande puissance internationale et membre du Conseil de Sécurité de l’ONU, la France souhaite pouvoir faire pression sur des questions de droit de l’Homme ou sur l’implication du prince MBS dans le conflit au Yémen. Mais la venue de Mohammed Ben Salmane reste controversée en France notamment à cause du caractère autoritaire du régime et l’implication du prince héritier dans le conflit au Yémen. Pour Denis Bauchard il faut rester attentif aux évolutions du jeune dirigeant saoudien et juger par ses actes plus que par ses promesses.

Zina Desmazes

Les dinosaures envahissent les salles des enchères de Drouot

Mercredi 11 avril, l’hôtel des ventes de Drouot dans le 9e arrondissement de Paris organise une vente aux enchères un peu particulière : celle d’un allosaurus et d’un diplodocus. Un retour dans le Jurassique.

Deux spécimens de dinosaures sont vendus aux enchères mercredi 11 avril, à l'hôtel Drouot de Paris. Crédit photo : onecrazykatie (Pixabay)
Deux spécimens de dinosaures sont vendus aux enchères mercredi 11 avril, à l’hôtel Drouot de Paris. Crédit photo : onecrazykatie (Pixabay)

 

Ils sont âgées de plusieurs millions d’années. Et ils peuvent valoir des millions d’euros. Mercredi 11 avril, la société de ventes parisienne Drouot et la maison de vente Binoche et Giquello proposent à l’achat un allosaurus de près de 3,8 mètres de long. L’animal a vécu il y a 161 à 145 millions d’années dans l’actuelle Amérique du Nord et en Europe. Obtenir ce spécimen, c’est comme s’offrir une star de cinéma : il sera à l’affiche du prochain film Jurassic World, Fallen Kingdom qui sortira en France en juin prochain.

Une exposition publique des lots est organisée de 11 heures à midi ce mercredi.

Noémie Gobron

 

Universités : la poursuite du blocus majoritairement approuvée à Sorbonne-Paris IV (Clignancourt)

Depuis une semaine, à Clignancourt, le campus de Paris IV-La Sorbonne est bloqué. Une assemblée générale s’est rassemblée ce mardi matin pour voter la reconduction du blocus. Non sans la déception du camp adverse, réuni sous le mouvement #JeVeuxEtudier.

Durant l’assemblée générale pour voter la reconduction du blocus de la fac, un intervenant pro-blocus prend la parole (photo : G. de Préval).
Contre les bloqueurs, le mouvement #JeVeuxEtudier s’est lancé sur Facebook

À l’entrée de la la faculté Sorbonne Paris-IV, une grande banderole blanche avec inscrit en lettres rouges « P4 en marche sur Macron » est placardée sur les vitres du hall d’entrée. Depuis une semaine, ce campus universitaire est bloqué. « Ils sont seulement une trentaine à tout bloquer« , déplore Anaïs, l’une des porte-parole du mouvement #JeVeuxEtudier. Initié sur Facebook, ce groupe a pour objectif de rassembler et d’organiser les voix des étudiants hostiles au blocus. « Mais c’est difficile d’unir tout le monde« , rajoute cette étudiante. Car, dans ce mouvement, certains sont contre le projet de loi ORE (Orientation et Réussite des Etudiants) portée par la ministre de l’enseignement supérieur Frédérique Vidal. D’autres la soutiennent.

Une contre-manifestation pour dire non au blocus annulée

Au départ, une manifestation des anti-bloqueurs devait avoir lieu après l’assemblée générale. « Mais le doyen de l’université (Monsieur Tallon) a jugé qu’elle serait plus source de violences qu’autre chose. Il a demandé à ce que le mouvement #JeVeuxEtudier se concentre sur la présence à l’assemblée générale« , explique Jim, un autre étudiant actif parmi les anti-blocus. Il n’a pas pu se rendre au vote.

Plus de 700 étudiants rassemblés

Vers 10h30, l’assemblée commence. Antoine, deuxième tête pensante du mouvement anti-blocus, lance un timide « on compte sur vous ! » devant les quelque 700 étudiants rassemblés. L’auditorium – la plus grande salle de la fac – est bondé. Beaucoup sont assis par terre, dans les allées ou face au bureau de la tribune. Les consignes sont rappelées par les quatre organisateurs, faisant tous partie du comité de mobilisation du blocus. Les intervenants ont 2 minutes 30 pour s’exprimer. Pour montrer leur accord, les étudiants agitent les mains en l’air. Quand ils ne le sont pas, ils croisent leurs mains au-dessus de leur tête. « Cela évite de couper les interventions et cela nous fait gagner du temps« , explique un membre de la tribune. Si quelques « vive la révolution » et huées sont lancés par l’assemblée, notamment durant l’intervention des anti-blocus, l’ambiance globale reste calme.

 

700 étudiants étaient rassemblés dans l'auditorium de la fac (Crédit Photo : G. de Préval)
700 étudiants étaient rassemblés dans l’auditorium de la fac (photo G. de Préval)
L’écrasante majorité des pro-blocus, la déception des anti-blocus

Durant près de quatre heures se sont succédé les interventions : la situation de l’évacuation de la ZAD à Nantes, le projet de loi sur les universités du gouvernement, la réforme post-bac Parcoursup… Car l’assemblée générale ne veut pas s’en tenir au blocus.

Vers 13h, place au vote. Plusieurs motions sont votées, notamment le soutien aux zadistes et aux cheminots. Enfin, arrive celle sur la reconduction ou non du blocus, jusqu’au lundi 30 avril. La tension monte d’un cran dans les gradins de l’amphithéâtre. Après un vote à main levée et le décompte des voix, le résultat est annoncé : « 145 voix contre, 556 pour« . Tonnerre d’applaudissements et hurlements de joie des pro-blocus. Ils se rendront à la manifestation place de la Sorbonne pour rejoindre d’autres étudiants.

« Il y avait une grande disproportion des intervenants. Et quand il y en avait, ils se faisaient hués ou n’étaient pas entendus« , exprime avec déception Anaïs, après l’assemblée générale. « Le jeu de l’assemblée générale, c’est fini pour moi !« .

 

Guillemette de Préval

 

 

4 dates pour tout comprendre au conflit en Irlande du Nord

Vous n’avez rien suivi au conflit en Irlande du Nord ? Pas de panique, nous vous avons préparé une petite chronologie pour tout vous expliquer… En quatre grandes dates.

Whiterock Road, Belfast. Time for Peace, Time to Go
Vingt ans les accords de paix ayant mis fin au conflit en Irlande du Nord, cet épisode reste toujours présent dans les esprits… et dans les rues du pays. Crédit : CC

Depuis 1919, Britanniques et Irlandais, qui cultivent leurs rivalités depuis le début de l’occupation britannique en Irlande trois siècles auparavant, se livrent une guerre sans merci, sur fond de conflit religieux.

1921 : L’Irlande est coupée en deux

Des négociations ont donc lieu et amènent à un traité qui va couper l’Irlande en deux. Le Sud, catholique, devient l’État libre d’Irlande. Le Nord, divisé entre catholiques et protestants, reste occupé. La guerre continue entre les nationalistes catholiques et les loyalistes protestants qui gouvernent.

Les protestants profitent de leur position pour mener la vie dure aux catholiques. Par exemple, jusqu’en 1969, une loi leur permettait de voter plusieurs fois aux élections, du fait de leur richesse supérieure. Des marches pour les droits civiques sont donc régulièrement organisées. Face aux nationalistes, la police et les militants loyalistes moins pacifistes usent de la violence.

La situation se détériore quand les loyalistes et les nationalistes voient naître dans leurs camps des groupes paramilitaires. Attentats à la bombe, terreur, l’Irlande du Nord s’enfonce dans la guerre civile. Pour calmer le jeu, l’Angleterre, toujours puissance occupante, déploie son armée…

30 janvier 1972 : I can’t believe the news today…

Sanglant dimanche que celui du 30 janvier 1972, quand l’armée britannique tire sur la foule, pendant la marche de l’association nord-irlandaise pour les droits civiques. Treize hommes dont sept adolescents sont tués immédiatement. On déplore également de nombreux blessés par balle, ou écrasés par des véhicules.

Une enquête menée rapidement blanchit l’armée britannique en concluant qu’elle répondait aux tirs de l’IRA provisoire, la fraction radicale de l’organisation paramilitaire des nationalistes. Dans le même temps, des milliers d’activistes catholiques sont emprisonnés sans procès. Pour protester, certains entament des grèves de la fin, grèves auxquelles la Première ministre Margaret Thatcher ne cède pas. En conséquence, de nombreux activistes décèdent dans leurs cellules.

Les attentats de l’IRA, jusqu’alors circoncis au sol irlandais, vont alors se déplacer en Angleterre, à Londres, Manchester ou Warington, où deux enfants sont tués. C’est ce qui inspirera aux Cramberries leur célèbre chanson.

10 avril 1998 : l’accord du Vendredi Saint

Tony Blair arrive au pouvoir en 1997 avec l’intention de débloquer la situation. L’année suivante, le Good Friday Agreement (« Accord du Vendredi Saint ») est signé. Il prévoit la libération de prisonniers politiques et le désarmement des groupes paramilitaires. Un référendum valide cet accord à plus de 70%.

23 juin 2016: les Britanniques votent « oui » au référendum sur le Brexit

Sous l’impulsion du parti anti-européen UKIP et aujourd’hui porté par le gouvernement de Theresa May, les Anglais s’engagent pour le « leave » en 2016 et décident de sortir de l’Union européenne. Un choix qui fait craindre pour la stabilité de l’accord de paix d’après l’ancien Premier Ministre Tony Blair. Le Brexit « change la symétrie des relations entre l’Irlande, le Royaume-Uni et l’Europe », a-t-il affirmé lors d’une visite à Belfast mardi. 

Colin Gruel et Clara Losi