Pourquoi la France est-elle privée d’une fonctionnalité des AirPods 3 ?

La fonctionnalité Live Translation, annoncée avec les AirPods Pro 3 par Apple, ne sera pas disponible en France au lancement des écouteurs le 19 septembre prochain.

Apple AirPods Pro 3 models are displayed during Apple’s « Awe-Dropping » event at the Steve Jobs Theater on the Apple Park campus in Cupertino, California, on September 9, 2025. (Photo by Nic Coury / AFP)

La promesse était séduisante : traduire en direct une conversation étrangère, sans délai ni connexion Internet. Grâce aux micros des AirPods, les paroles sont captées, transmises à l’iPhone puis traduites par des modèles d’intelligence artificielle, avant d’être renvoyées dans les écouteurs. Pourtant, la fonctionnalité restera inaccessible en Europe au lancement, contrairement aux États-Unis ou à d’autres régions du monde au moment du lancement le 19 septembre.

Pour expliquer ce retard, Apple pointe du doigt le Digital Services Act (DSA). Ce règlement européen sur les services numériques, entré en vigueur en 2022 et pleinement appliqué depuis 2024, a pour objectif de mieux encadrer les grandes plateformes numériques en fixant des règles communes pour protéger les utilisateurs et garantir une concurrence plus équitable. Mais selon Romain Maulin, avocat spécialisé en droit de la concurrence, le sujet n’est pas seulement lié au DSA : « C’est surtout la question de l’interopérabilité qui explique l’absence de Live Translation ».

L’interopérabilité est la capacité pour des appareils, logiciels ou services numériques de fonctionner ensemble, indépendamment de la marque ou de l’écosystème auquel ils appartiennent. « Il faut comprendre que l’Union européenne cherche à éviter que des écosystèmes fermés capturent l’utilisateur. Si vos AirPods Pro ne fonctionnent de manière optimale qu’avec un iPhone, cela limite la concurrence. L’Europe impose donc à Apple de réfléchir à la manière dont ses appareils pourraient fonctionner avec d’autres environnements », explique-t-il. Ce principe n’est pas nouveau : l’UE a déjà contraint Apple à abandonner le chargeur Lightning au profit de l’USB-C pour des raisons similaires. Ici, il s’agit de s’assurer que des services comme la traduction en temps réel ne deviennent pas un outil de verrouillage technologique, poussant les utilisateurs à rester captifs dans l’écosystème Apple.

Du bluff dans la stratégie d’Apple ?

Le juriste souligne qu’il existe également une directive européenne sur la confidentialité des communications privées et un règlement sur l’intelligence artificielle. « Apple propose une avancée technologique forte, mais qui ne répond peut-être pas pleinement aux exigences drastiques de l’Union européenne en matière de données personnelles et d’IA ».

Pour Romain Maulin, cette confrontation dépasse la seule technique : « Il y a peut-être aussi une part de bluff de la part d’Apple. Dire : “vous, Européens, êtes privés d’une technologie révolutionnaire à cause de vos règles trop strictes” est une manière de mettre la pression sur Bruxelles ». Apple n’en est pas à son premier différend avec Bruxelles. En avril 2025, la Commission européenne lui avait infligé une amende de 500 millions d’euros pour pratiques anticoncurrentielles, assortie d’une obligation de revoir certaines de ses règles. De la même manière, les outils d’intelligence artificielle générative, disponibles dès 2024 aux États-Unis, n’avaient été déployés en Europe qu’en mars 2025 après plusieurs mois de négociations.

Alors faut-il craindre que les Européens soient durablement privés de Live Translation ? L’avocat se veut mesuré : « Apple connaît parfaitement la réglementation européenne. Ses juristes et lobbyistes participent même à son élaboration. Le marché européen n’est pas marginal : la firme y réalise une part très importante de ses ventes, notamment via son implantation en Irlande. Ce n’est donc pas un territoire inaccessible. » Le lancement différé de Live Translation illustre donc surtout une stratégie de communication offensive de la part de la firme, désireuse de montrer que la régulation européenne a un coût pour le consommateur.

Pour Romain Maulin, la conclusion est claire : « C’est simplement le prix à payer pour garantir un marché plus ouvert et éviter que des acteurs dominants ne verrouillent l’utilisateur dans leur écosystème. » Comprenez : pas de législation insurmontable, mais encore quelques mois d’attente pour les habitants du vieux continent.

« Il y a un vrai engoument » : à Paris, la tendance du tourisme en quad s’accélère

Arc de Triomphe, Tour Eiffel, Butte Montmartre… Les quads ont récemment fait leur apparition aux abords des lieux les plus emblématiques de la capitale. Visiter Paris sur ces engins séduit de plus en plus de touristes. Pour le moins originale, la tendance soulève cependant quelques interrogations.

La conduite d’un quad est autorisée à partir de 16 ans. Il faut être en possession du brevet de sécurité routière (BSR) ou l’ASSR (Attestation Scolaire de Sécurité Routière) au minimum. Crédits : pixels.com

« Vivez une expérience inoubliable en parcourant les rues des plus belles villes européennes telles que Paris et Barcelone, au guidon d’un quad électrique ». Telle est la promesse lisible sur le site de Quadcitytour, première entreprise à s’être spécialisé dans la location touristique de ces véhicules. Ces dernières années, les établissements dédiés à ces visites guidées insolites pullulent. Avec un prix moyen de 75 euros par personne, elles proposent aux visiteurs, accompagnés par un guide professionnel, de sillonner les sites mythiques de la capitale à travers des excursions d’environ 1h30. Tout au long du parcours, plusieurs arrêts sont organisés devant les principaux monuments comme la colonne Vendôme, l’Arc de Triomphe ou la Tour Eiffel.

« Par principe il n’y aucune interdiction des quads à circuler en centre-ville ». Maître Cadet, avocat spécialiste du droit routier.

Une pratique accessible et encadrée

« On fait toujours le choix de la sécurité avec la présence d’un professionnel accompagnateur, ça réduit aussi le risque de mauvais comportements » commence par expliquer Mario, l’un des fondateurs de Quadcitytour avant de poursuivre sur les conditions requises pour conduire ce type de véhicule. « La conduite d’un quad est autorisée à partir de 16 ans. Il faut être en possession du brevet de sécurité routière (BSR) ou l’ASSR (Attestation Scolaire de Sécurité Routière) au minimum. Le permis de conduire n’est pas obligatoire pour les quads » précise-t-il en assurant que l’activité « connaît un vrai engouement et est accessible à tout le monde ». Ces balades sur quatre roues sont également ouvertes aux enfants en tant que passagers dès l’âge de 7 ans. Ils doivent obligatoirement être accompagnés d’une personne âgée de 16 ans minimum.

« On est très à cheval sur la sécurité. On fournit à nos clients tous les équipements nécessaires comme un casque, des gants homologués et même une charlotte et du gel hydroalcoolique pour maintenir des règles d’hygiène strictes. » Pour l’entrepreneur « l’offre de vivre une expérience hors du commun » explique le succès croissant de ces balades. Si la tendance  touristique des quads s’enracine, leur arrivée dans le paysage urbain de la capitale, dérange certains citadins comme Louise.

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« Il faut établir une distinction entre les quads thermiques et ceux électriques. Les véhicules thermiques sont plus problématiques, ils sont plus bruyants et polluants », Mario, fondateur de Quadcitytour.

« C’est insupportable » répète à plusieurs reprises cette soixantenaire habitante du 8e arrondissement de Paris. « Voir tous ces quads à proximité des Champs-Elysées arriver en meute avec des touristes qui descendent n’importe où pour se prendre en photo au milieu de la place de l’étoile, qui crient ou roulent avec de la musique à fond, ça me gêne vraiment C’est que du bluff pour les réseaux sociaux. Et puis, je trouve que ça complique la circulation, déjà loin d’être fluide à Paris. Ça fait du bruit pour rien » s’agace cette parisienne.

Mario, de son côté l’assure : les quads ne devraient poser aucun problème. « En matière de circulation il n’y a aucune distinction par rapport aux scooters. Nous sommes assujettis au code de la route de la même façon » note-il. Au sujet des nuisances pointées du doigt par certains riverains, un élément doit être pris en compte.« Il faut établir une distinction entre les quads thermiques et ceux électriques. Les véhicules thermiques sont plus problématiques, ils sont plus bruyants et polluants » reconnaît-il avant d’ajouter «  le stationnement des quads en plein centre ville peut aussi s’avérer gênant comme le comportement de certains conducteurs mais cela n’a rien à voir avec les quads en soit. » Au sein de Quadcitytour, il rappelle que tous les  quads sont 100% électriques dans le but de limiter ces nuisances et l’impact écologique « aujourd’hui essentiel dans les centres urbains » d’après lui.

Une pratique légale 

« Par principe il n’y aucune interdiction des quads à circuler en centre-ville. Ils sont considérés comme des véhicules terrestres à moteur. Comme les autres véhicules, ils doivent être homologués route et doivent disposer d’une assurance, d’une plaque d’immatriculation et d’une carte grise valide »explicite Maître Cadet, avocat spécialiste du droit routier. « L’éventuel problème se trouve au niveau des nuisances sonores des quads thermiques. Ces-derniers peuvent faire l’objet de verbalisation au motif de leur caractère trop bruyant qui vont de paire avec une conduite inappropriée de certains touristes » observe le juriste qui souligne par ailleurs que « ces véhiculent restent tout de même peu adaptés aux voiries urbaines ». 

Ana Escapil-Inchauspé

Sortie du film McWalter : YouTube fait son cinéma

La sortie du film McWalter, du célèbre YouTuber Mister V, ce vendredi 12 septembre sur Prime Video, ajoute une nouvelle ligne au palmarès des créateurs de contenu sur grand écran. Un modèle qui s’intensifie et qui bouscule l’écosystème d’un cinéma en pleine transition.

 

Mister V, Squeezie, InoxTag ou encore Michou, ces stars de YouTube aux millions d’abonnés sont tous passés par le grand écran ces derniers mois. Le dernier en date, McWalter, film du créateur de contenu Mister V, Yvick Letexier de son vrai nom, qui sort ce vendredi 12 septembre sur la plateforme de streaming Amazon Prime Video.

McWalter, personnage parodique d’un agent secret déjanté, était jusqu’à présent mis en scène sur YouTube par Mister V, dans plusieurs vidéos éponymes. Le membre des services secrets, qui s’est imposé comme une référence sur YouTube, est maintenant propulsé au cinéma aux côtés d’acteurs bien connus du public français tels que Géraldine Nakache et Vincent Dedienne.

Ce film, réalisé par Simon Astier, petit frère d’Alexandre Astier, s’inscrit dans une dynamique plus globale entre les créateurs de contenu sur internet et le cinéma. “Ces dernières années de nombreux Youtubeurs ont tenté d’exporter leur image au cinéma. C’est un moyen pour eux de continuer à professionnaliser leur milieu, qui a aujourd’hui plus de moyens, mais également de continuer à fidéliser une communauté déjà très engagée, en plus de gagner en crédibilité”, explique Alix Benistant, enseignant-chercheur en sciences de l’information et de la communication, spécialiste des processus d’industrialisation de la culture.

Une aubaine pour les plateformes de streaming

Les plateformes de streaming, et en particulier Amazon Prime Video, profitent de ce mouvement des Youtubeurs vers le grand écran. Une stratégie bien réfléchie et qui est au coeur de la guerre des plateformes, selon Alix Benistant : “L’objectif est d’avoir du contenu original et différenciant, qui amène un public difficile à cibler avec d’autres canaux. Ce sont aussi des productions qui coûtent souvent moins cher et qui ont un fort potentiel de rentabilité.” “C’est aussi un pari sur des stars de demain”, ajoute-t-il.

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La chronologie des médias est mise à l’épreuve

Si les films et séries des créateurs de contenu sur internet sont régulièrement distribués par des plateformes de streaming, il y a aussi régulièrement des avant-premières au cinéma, qui demandent alors des cabrioles juridiques, ou des dérogations, pour s’assurer du respect de la chronologie des médias en vigueur en France.

En effet, un film qui sort en salle au cinéma, ne sera disponible en DVD que 4 mois après sa sortie. L’échéance varie ensuite en fonction des accords signés avec le CNC. Elle monte à 6 mois pour les chaînes payantes telles que Canal+, 15 mois pour Netflix, et 17 mois pour Amazon Prime Video. “Lorsque InoxTag organise une soirée, dans un grand nombre de cinéma en France, pour l’avant-première de son long-métrage sur son aventure vers l’Everest, il n’est pas censé pouvoir le diffuser sur YouTube le lendemain. Il a donc eu droit à une dérogation, qui a agacé dans le monde du cinéma. Beaucoup de producteurs estiment que ce traitement de faveur n’est pas juste pour la concurrence, alors que l’économie du cinéma n’est déjà pas en grande forme”, affirme Alix Benistant. “En revanche, cela modifie également les pratiques, et montre que des jeunes, souvent difficiles à cibler, peuvent venir et payer une place de cinéma alors même que le contenu est disponible en ligne, souvent pour soutenir leur YouTubeur préféré”, ajoute-t-il.

Hugo Duport

Rougeole : les nourissons plus vulnérables aux formes graves

 

 

 

 

Crédit : Pixabay

 

Santé publique France a annoncé jeudi 11 septembre avoir recensé 828 cas de rougeole en 2025, contre 483 en 2024. Les nourrissons et jeunes enfants de 1 à 4 ans, sont les plus concernés par les formes graves, malgré l’obligation vaccinale, instaurée en 2018. 

Les cas de rougeoles ont fortement augmenté en France en 2025. Dans un rapport publié le jeudi 11 septembre, Santé publique France déclare avoir recensé plus de 800 cas depuis le début de l’année, soit plus de 300 cas de plus que l’an dernier. Une épidémie qui touche en particulier les nouveaux-nés.

Cette maladie infectieuse virale se manifeste par une éruption cutanée, une toux, de la fièvre, une grande fatigue et une conjonctivite. La rougeole peut entraîner des complications, comme une atteinte pulmonaire virale, et pour un cas sur mille, une encéphalite, complication nerveuse pouvant être mortelle.

Les nourrissons non-vaccinés présentent plus de risque de contracter des formes graves de la rougeole que le reste de la population. La vaccination est obligatoire depuis 2018 pour les enfants. Une première dose doit être injectée à 12 mois et une seconde trois à six mois plus tard.

Une vaccination insuffisante pour protéger les enfants

Certains parents, conscients du danger, ne repoussent pas le vaccin. Hélène, est maman d’un bébé de quelques mois : « Je fais tous les vaccins obligatoires, et même ceux qui ne le sont pas, en temps et en heure. Je n’ai pas d’appréhension particulière« , affirme-t-elle. Elle-même est vaccinée contre la rougeole.

D’autres sont plus méfiants : « On ne sait jamais vraiment ce qu’ils mettent dans les doses« , considère Laureline, mère d’un petit garçon de 2 ans et d’une fille de 2 mois. Son fils a reçu les deux doses obligatoires sans ressentir aucun symptôme. Cependant, Laureline n’est pas vaccinée contre la rougeole et ne prévoit pas de le faire.

Un parent non-vacciné représente un risque de contamination pour un enfant de moins d’1 an. Pierre Bakhache, membre de la commission de néonatologie du Syndicat national des pédiatres français, rappelle qu’il est « très fortement recommandé aux adultes et aux adolescents non-vaccinés de recevoir une dose « . Selon l’Organisation mondiale de la santé, la vaccination de 95 % de la population, tout âge compris, permettrait d’éviter la propagation de la maladie.

Pierre Bakhache affirme que l’Europe reste légèrement dessous de cette recommandation, avec environ 93 % de taux de vaccination : « Des préjugés continuent de circuler sur les réseaux sociaux, comme l’idée erronée que le vaccin provoquerait l’autisme ou que la rougeole ne serait qu’une maladie bénigne », explique-t-il.

Avancer la première dose obligatoire ?

La vaccination de la mère en particulier permet de transmettre des anticorps à l’enfant durant la grossesse. Cependant, Pierre Bakhache précise qu’il n’est pas encore possible de savoir si ces anti-corps sont efficaces dans l’organisme du bébé pendant les douze premiers mois de sa vie : « l’immunité développée par les mères non vaccinées est souvent plus longue. Il faudra peut-être dans les années avancer la première dose obligatoire », déclare-t-il. 

Aujourd’hui, les enfants de moins d’1 an contaminés peuvent être vaccinés dans un délai de deux à trois jours avant l’arrivée des symptômes. Il est ensuite recommandé d’administrer deux doses de rappel un an plus tard.

 

Fatou-Laure Diouf