Tourcoing : après le lynchage d’un policier, le débat sur les peines minimales relancé

Un policier de la BAC a été violemment agressé à Tourcoing lors d’une opération de surveillance. L’affaire provoque une onde de choc politique et remet sur le devant de la scène la question des peines minimales, que certains souhaitent voir inscrites dans la loi dès la première infraction.

La scène glace le sang. Sur une vidéo qui circule depuis mercredi soir, on distingue un policier de la brigade anticriminalité (BAC), au sol, violemment frappé par plusieurs jeunes. L’agent, en surveillance dans une affaire de vol, a été hospitalisé avec de multiples blessures.

Gérald Darmanin, ex-maire de Tourcoing et garde des Sceaux démissionnaire, a réagi dès le lendemain. Dans un message sur X, il apporte son soutien aux « courageux » policiers et annonce vouloir « poursuivre ces voyous. »

Mais le ministre ne se contente pas de dénoncer : il relance l’une de ses propositions phares, celle d’instaurer des peines minimales pour les agressions contre policiers, gendarmes, pompiers et soignants. Une idée qui, selon lui, permettrait de garantir une sanction ferme et immédiate pour ces infractions.

Vers une peine minimale dès la première infraction

Cette proposition n’est pas sans rappeler le débat sur les peines planchers, instaurées en 2007 sous Nicolas Sarkozy. À l’époque, la loi prévoyait une peine minimale obligatoire en cas de récidive pour les crimes et délits passibles d’au moins trois ans de prison. Concrètement, un récidiviste encourait au minimum un tiers de la peine maximale prévue par la loi.

Le juge pouvait certes déroger à cette règle, mais uniquement en motivant sa décision. Dans les faits, ces dérogations sont rapidement devenues majoritaires : en 2010, seuls 38 % des dossiers éligibles donnaient lieu à une peine plancher.

Dès leur mise en place, les syndicats de magistrats ont dénoncé une atteinte au principe d’individualisation des peines et une mesure inefficace sur le plan de la prévention de la récidive. En 2014, le gouvernement socialiste a abrogé les peines planchers, au nom d’une justice plus proportionnée et moins automatique.

La différence avec la proposition actuelle est de taille : les peines minimales réclamées par Darmanin s’appliqueraient dès la première infraction, et non seulement en cas de récidive. Le garde des Sceaux veut que certaines atteintes graves – violences sur policiers, pompiers, soignants – soient systématiquement sanctionnées par de la prison ferme ou une amende élevée.

Un débat qui divise encore les élus

L’ex-Premier ministre François Bayrou a soutenu cette idée en juin, en appelant à « inscrire des peines minimales là où la loi prévoit des peines maximales ». À droite comme à l’extrême droite, le soutien est quasi unanime. Marine Le Pen réclame « des peines minimales pour effacer la culture de l’excuse et de la récidive ».

À gauche, en revanche, de nombreuses voix s’inquiètent d’un retour à une justice plus automatique, qui réduirait la liberté d’appréciation des magistrats. Elles redoutent également un impact direct sur la surpopulation carcérale, déjà à un niveau record. Au 1er mai, la France comptait 83 681 détenus pour seulement 62 570 places disponibles, un record absolu. Les syndicats pénitentiaires dénoncent des conditions de détention dégradées et préviennent qu’un durcissement systématique des peines pourrait aggraver la situation.

 

Avec le rachat de son nouveau poulain, Rodolphe Saadé se lance à l’assaut aux réseaux sociaux

Le patron de CMA-CGM continue d’étendre son empire médiatique. Au cours de ces trois dernières années, le groupe a fait l’acquisition de BFM-TV, RMC et les chaînes de la TNT RMC Découverte et RMC Story à Altice ou encore le groupe La Provence. Il s’attaque aujourd’hui à un nouveau terrain : celui des plateformes numériques.

C’est à présent chose faite. Le média de vidéos en ligne Brut fait désormais parti du groupe CMA CGM appartenant au milliardaire Rodolphe Saadé. La finalisation de son acquisition a été annoncée vendredi 12 septembre. Le pure player vient compléter la liste des autres médias notamment la chaîne BFM-TV et la radio RMC.

Début juillet dernier, la filiale avait déclaré commencer des négociations inédites dans la perspective de racheter Brut, dont il était déjà actionnaire. Au délà des chaines télévisées et radios, CMA Media possède également les titres de presse La Tribune et La Tribune Dimanche, La Provence et Corse Matin. En parallèle, la société est actuellement en cours d’acquisition de la chaîne de télévision Chérie 25, propriété du groupe Chérie 25.

Dans un communiqué, CMA Media, filiale dédiée au médias de CMA CGM, applaudit ce rachat qui fait de Brut « un acteur incontournable du paysage médiatique français, s’adressant à tous les publics et couvrant l’ensemble des canaux : presse régionale et nationale, télévision, radio et réseaux sociaux ». Contacté, le groupe n’a pas répondu à nos demandes d’interviews. 

Des piliers de Brut toujours aux manettes

Cependant, la direction du média Brut restera la même avec aux commandes Elsa Darquier, son actuelle directrice générale. Elle sera à présent sous la responsabilité de Claire Léost, directrice générale de CMA Media et anciennement en poste au groupe de magazines Prisma Media. Claire Léost devient ainsi la nouvelle présidente de Brut. Les fondateurs du média en ligne, Renaud Le Van Kim et Guillaume Lacroix, “continueront d’accompagner la stratégie de Brut en rôle de conseillers, d’après le communiqué.

Brut emploie actuellement près de 250 salariés. Contrainte ces dernières années à faire des économies, sa réorganisation est rentable depuis le dernier trimestre de 2023. Le média se distingue par son influence sur les réseaux sociaux (temps passé devant une vidéo, nombre de vues, interactions…), en particulier sur les jeunes audiences. 

« La deuxième plus grande rédaction de France »

Avec ce rachat, CMA Média devient le premier groupe media digital en France. Dans son communiqué, le groupe prévoit de cumuler « près de 25 milliards de vidéos vues sur les réseaux sociaux et le web ».

« L’intégration de Brut marque la création d’un troisième pilier stratégique au sein de CMA Media, le pôle social [réseaux sociaux], aux côtés des pôles presse et audiovisuel », a réaffirmé, CMA Media dans son communiqué. La branche médias deviendra avec cette acquisition « la deuxième plus grande rédaction de France [et la première du secteur privé] avec plus de 1 600 journalistes ».

Le Parti communiste français censurera Sébastien Lecornu en l’absence de « changement de politique »

Lors de la Fête de l’Humanité, qui débute ce vendredi, Fabien Roussel a déclaré que « sans changement de politique », les communistes censureront le nouveau Premier ministre.

Les communistes ne s’engagent pas dans une censure « a priori » du nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu mais la voteront « sans marque profonde d’un changement de politique », a déclaré vendredi le patron du PCF Fabien Roussel, qui s’est adressé à la presse lors de la Fête de l’Humanité.

« Si c’est pour passer de 44 milliards à 39 milliards d’austérité, ce n’est même pas la peine de nous appeler. J’ai dit à Sébastien Lecornu que de mêmes causes produisent de mêmes effets », a dit Fabien Roussel, qui s’est entretenu avec le nouveau Premier ministre en début de semaine.

« Des demandes sur l’augmentation des salaires »

« Je lui ai notamment fait des demandes sur l’augmentation des salaires, l’abrogation de la réforme des retraites et la diminution des aides accordées aux grosses entreprises », a déclaré le secrétaire national du PCF.

Le maire de Saint-Amand-les-Eaux, ancien député du Nord, a assuré que les communistes n’avaient « pas peur d’une dissolution », qui se rapprocherait en cas de nouvelle censure. Le groupe rassemblant les communistes et les élus ultra-marins de gauche compte 17 députés (il en faut 15 pour constituer un groupe).

Pas d’accord avec les autres formations de gauche

M. Roussel a redit que son parti ne passera pas d’accord global avec les autres formations de gauche en cas de législatives anticipées, contrairement à 2022 et 2024. »On ne supportera plus d’être traité avec 50 circonscriptions (nombre de candidats alloué au PCF en 2024, ndlr) », a-t-il assuré. »Il faut des candidatures de rassemblement construites à la base, dans chaque département, en prenant compte des rapports de force locaux, et sans parachutage », a-t-il plaidé.

Concernant les appels à la démission ou à la destitution d’Emmanuel Macron, Fabien Roussel estime qu’il s’agit d’un « saut dans le vide ». »Le RN et LFI sont obsédés par la présidentielle. Mais cela nuit à la mobilisation des salariés. Il faut un mouvement social fort et puissant, une base populaire », a-t-il estimé. Les Insoumis ont présenté une motion de destitution du président de la République à l’Assemblée, signée par 104 parlementaires, dont des communistes et des écologistes.

Fabien Roussel a par ailleurs redit qu’il n’entendait pas participer à la primaire de la gauche souhaitée par Olivier Faure (PS), Marine Tondelier (Ecologistes) et les anciens Insoumis François Ruffin et Clémentine Autain pour 2027.

Pourquoi la France est-elle privée d’une fonctionnalité des AirPods 3 ?

La fonctionnalité Live Translation, annoncée avec les AirPods Pro 3 par Apple, ne sera pas disponible en France au lancement des écouteurs le 19 septembre prochain.

Apple AirPods Pro 3 models are displayed during Apple’s « Awe-Dropping » event at the Steve Jobs Theater on the Apple Park campus in Cupertino, California, on September 9, 2025. (Photo by Nic Coury / AFP)

La promesse était séduisante : traduire en direct une conversation étrangère, sans délai ni connexion Internet. Grâce aux micros des AirPods, les paroles sont captées, transmises à l’iPhone puis traduites par des modèles d’intelligence artificielle, avant d’être renvoyées dans les écouteurs. Pourtant, la fonctionnalité restera inaccessible en Europe au lancement, contrairement aux États-Unis ou à d’autres régions du monde au moment du lancement le 19 septembre.

Pour expliquer ce retard, Apple pointe du doigt le Digital Services Act (DSA). Ce règlement européen sur les services numériques, entré en vigueur en 2022 et pleinement appliqué depuis 2024, a pour objectif de mieux encadrer les grandes plateformes numériques en fixant des règles communes pour protéger les utilisateurs et garantir une concurrence plus équitable. Mais selon Romain Maulin, avocat spécialisé en droit de la concurrence, le sujet n’est pas seulement lié au DSA : « C’est surtout la question de l’interopérabilité qui explique l’absence de Live Translation ».

L’interopérabilité est la capacité pour des appareils, logiciels ou services numériques de fonctionner ensemble, indépendamment de la marque ou de l’écosystème auquel ils appartiennent. « Il faut comprendre que l’Union européenne cherche à éviter que des écosystèmes fermés capturent l’utilisateur. Si vos AirPods Pro ne fonctionnent de manière optimale qu’avec un iPhone, cela limite la concurrence. L’Europe impose donc à Apple de réfléchir à la manière dont ses appareils pourraient fonctionner avec d’autres environnements », explique-t-il. Ce principe n’est pas nouveau : l’UE a déjà contraint Apple à abandonner le chargeur Lightning au profit de l’USB-C pour des raisons similaires. Ici, il s’agit de s’assurer que des services comme la traduction en temps réel ne deviennent pas un outil de verrouillage technologique, poussant les utilisateurs à rester captifs dans l’écosystème Apple.

Du bluff dans la stratégie d’Apple ?

Le juriste souligne qu’il existe également une directive européenne sur la confidentialité des communications privées et un règlement sur l’intelligence artificielle. « Apple propose une avancée technologique forte, mais qui ne répond peut-être pas pleinement aux exigences drastiques de l’Union européenne en matière de données personnelles et d’IA ».

Pour Romain Maulin, cette confrontation dépasse la seule technique : « Il y a peut-être aussi une part de bluff de la part d’Apple. Dire : “vous, Européens, êtes privés d’une technologie révolutionnaire à cause de vos règles trop strictes” est une manière de mettre la pression sur Bruxelles ». Apple n’en est pas à son premier différend avec Bruxelles. En avril 2025, la Commission européenne lui avait infligé une amende de 500 millions d’euros pour pratiques anticoncurrentielles, assortie d’une obligation de revoir certaines de ses règles. De la même manière, les outils d’intelligence artificielle générative, disponibles dès 2024 aux États-Unis, n’avaient été déployés en Europe qu’en mars 2025 après plusieurs mois de négociations.

Alors faut-il craindre que les Européens soient durablement privés de Live Translation ? L’avocat se veut mesuré : « Apple connaît parfaitement la réglementation européenne. Ses juristes et lobbyistes participent même à son élaboration. Le marché européen n’est pas marginal : la firme y réalise une part très importante de ses ventes, notamment via son implantation en Irlande. Ce n’est donc pas un territoire inaccessible. » Le lancement différé de Live Translation illustre donc surtout une stratégie de communication offensive de la part de la firme, désireuse de montrer que la régulation européenne a un coût pour le consommateur.

Pour Romain Maulin, la conclusion est claire : « C’est simplement le prix à payer pour garantir un marché plus ouvert et éviter que des acteurs dominants ne verrouillent l’utilisateur dans leur écosystème. » Comprenez : pas de législation insurmontable, mais encore quelques mois d’attente pour les habitants du vieux continent.