Quand la solidarité passe devant la justice

En France, l’accueil des migrants reste une question clivante : depuis plusieurs mois, les cas où la solidarité est considérée comme un délit se multiplient.

Depuis l’abrogation en 2012 du « délit de solidarité », la loi autorise à porter secours aux étrangers en détresse, mais pas de les aider à entrer ou circuler en France. Dès lors, ceux qui ont « facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irrégulier d’un étranger en France » encourent cinq ans de prison et 30 000 euros d’amende. C’est ce que risque Laurent Caffier, un nettoyeur industriel, accusé d’avoir stocké chez lui des barques ayant permis de faire traverser des exilés entre Boulogne et l’Angleterre.

Même si la loi prévoit une « immunité humanitaire », qui exempte de poursuites ceux qui portent assistance à un étranger sans but lucratif, la justice lui reproche quand même son « aide au séjour irrégulier. » Laurent Caffier assume et revendique totalement la nécessité de ses actes, devenant ainsi l’une des figures emblématiques de la « délinquance solidaire ».

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Léa Duperrin, Julien Percheron

Ces bénévoles qui aident les migrants

Alors que la France tente de décourager l’arrivée de migrants, des Français choisissent au contraire de les aider et s’engagent en leur faveur, quitte à se mettre dans l’illégalité. Qui sont ces bénévoles ? Leurs motivations sont diverses. Mais une cause les rassemble : pallier l’absence de politiques d’accueil. Portraits croisés de cinq volontaires qui ont choisi de s’engager et entendent bien changer la donne.

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Sabéra, youtubeuse voilée : « Je souhaite faire évoluer les mentalités »

Sabéra Hassanally Goulam, 27 ans, est une blogueuse et youtubeuse voilée. Son blog est sa passion, elle le considère comme « son échappatoire ». Elle partage ses connaissances, recettes de cuisine, astuces beauté et mode.

Crédits photos : sosab.fr
Crédits photos : sosab.fr

Votre blog s’adresse aux musulmanes uniquement ou avez-vous une cible plus large ?

J’aimerais inspirer les femmes qui souhaitent s’habiller de façon plus « modeste ». Ce n’est pas parce qu’on choisi d’être conservatrice qu’on ne peut pas être sociable, abordable ou avoir l’air cool ! Mon blog s’adresse aux femmes qui veulent se sentir bien dans leur peau. Je pense que la beauté de la femme est sublimée par le fait qu’elle ait conscience de ce qu’elle possède mais qu’elle décide par elle-même de ne pas tout dévoiler. Je vise une cible beaucoup plus large. Citoyenne du monde, j’aime à croire que mon message touche d’autres religions. La tolérance et le respect sont mes maîtres-mots.

Comment expliquez-vous l’essor des blogueuses et Youtubeuses voilées ?

L’identification et l’inspiration : ce sont les deux principaux arguments que l’on me donne lorsque mes abonnées commentent. Si les internautes sont présentes, c’est parce qu’elles se sont reconnues dans mon discours. Un des témoignages reçus : « Merci d’avoir dit tout haut ce que la majorité pense tout bas.» ou encore « votre témoignage est magnifique, surtout bien exprimé car nous le vivons toutes de la même manière… ».

Vous considérez-vous comme une « hijabista » ?

Si le voile permet de donner une autre image de la femme musulmane en utilisant le monde de la mode, si je me considère comme actrice du changement et que je souhaite faire évoluer les mentalités, alors oui, je veux bien me considérer comme une hijabista.

Propos recueillis par Asmaa Boussaha et Alice Pattyn