« Il est trop tôt pour se déclarer candidat » : Raphaël Glucksmann réaffirme son opposition à une primaire de la gauche

Raphaël Glucksmann a déclaré ce matin sur France 2 qu’il est « bien trop tôt pour se déclarer candidat à la présidentielle ». Toujours hostile à une primaire à gauche, l’eurodéputé a ajouté que la gauche « non-mélenchoniste sera suffisamment adulte pour désigner le meilleure candidat ».

« Ce qui m’obsède, c’est que la ligne politique que je porte soit capable de gagner l’élection présidentielle », a affirmé Raphaël Glucksmann ce matin sur France 2. L’eurodéputé a par ailleurs réaffirmé son opposition à une primaire de la gauche. Une démarche qui était défendue la veille dans un meeting à Paris par ses partisans comme Clémentine Autain ou François Ruffin. Il a défendu la démarche de « rassemblement » initiée par une quarantaine d’élus de la gauche et des écologistes, dont le patron des députés PS Boris Vallaud et l’écologiste Yannick Jadot. Dans ce rassemblement, « on se met d’accord sur le fond (du projet), ensuite on crée une équipe et on désigne le candidat ou la candidate la mieux placée (…) Et on sera suffisamment adulte pour qu’il y en ait qu’un ou une », a-t-il affirmé.

Le coprésident de Place Publique est le mieux placé selon les sondages pour porter une candidature de centregauche. Il a également jugé « parfaitement normale » la candidature du leader insoumis, Jean-Luc Mélenchon, « parce qu’en fait, nous incarnons des lignes totalement différentes ».



« Je suis en désaccord avec la ligne actuelle » : Elisabeth Borne annonce se retirer de la direction de Renaissance

Dans une interview sur France Inter ce matin, l’ancienne Première ministre a annoncé se retirer de la direction de Renaissance. Elle a exprimé son désaccord concernant la ligne actuelle du parti. Elle reste néanmoins adhérente.

« J’ai décidé de démissionner du Conseil national de Renaissance » a affirmé Elisabeth Borne ce matin sur France Inter. Elle quitte désormais le bureau exécutif du parti mais reste néanmoins adhérente. Son annonce survient alors que Gabriel Attal active sa campagne en vue de la présidentielle en multipliant les déplacements.

L’ancienne Première ministre a d’ailleurs exprimé son « désaccord avec la ligne actuelle du parti », en regrettant que celle-ci ne soit « pas forcément débattue en interne ». Elisabeth Borne envisage alors de se consacrer davantage à son nouveau parti « Bâtissons ensemble », qui a vocation à « rassembler au-delà des partis », a-t-elle déclaré.



Le Parti communiste français censurera Sébastien Lecornu en l’absence de « changement de politique »

Lors de la Fête de l’Humanité, qui débute ce vendredi, Fabien Roussel a déclaré que « sans changement de politique », les communistes censureront le nouveau Premier ministre.

Les communistes ne s’engagent pas dans une censure « a priori » du nouveau Premier ministre Sébastien Lecornu mais la voteront « sans marque profonde d’un changement de politique », a déclaré vendredi le patron du PCF Fabien Roussel, qui s’est adressé à la presse lors de la Fête de l’Humanité.

« Si c’est pour passer de 44 milliards à 39 milliards d’austérité, ce n’est même pas la peine de nous appeler. J’ai dit à Sébastien Lecornu que de mêmes causes produisent de mêmes effets », a dit Fabien Roussel, qui s’est entretenu avec le nouveau Premier ministre en début de semaine.

« Des demandes sur l’augmentation des salaires »

« Je lui ai notamment fait des demandes sur l’augmentation des salaires, l’abrogation de la réforme des retraites et la diminution des aides accordées aux grosses entreprises », a déclaré le secrétaire national du PCF.

Le maire de Saint-Amand-les-Eaux, ancien député du Nord, a assuré que les communistes n’avaient « pas peur d’une dissolution », qui se rapprocherait en cas de nouvelle censure. Le groupe rassemblant les communistes et les élus ultra-marins de gauche compte 17 députés (il en faut 15 pour constituer un groupe).

Pas d’accord avec les autres formations de gauche

M. Roussel a redit que son parti ne passera pas d’accord global avec les autres formations de gauche en cas de législatives anticipées, contrairement à 2022 et 2024. »On ne supportera plus d’être traité avec 50 circonscriptions (nombre de candidats alloué au PCF en 2024, ndlr) », a-t-il assuré. »Il faut des candidatures de rassemblement construites à la base, dans chaque département, en prenant compte des rapports de force locaux, et sans parachutage », a-t-il plaidé.

Concernant les appels à la démission ou à la destitution d’Emmanuel Macron, Fabien Roussel estime qu’il s’agit d’un « saut dans le vide ». »Le RN et LFI sont obsédés par la présidentielle. Mais cela nuit à la mobilisation des salariés. Il faut un mouvement social fort et puissant, une base populaire », a-t-il estimé. Les Insoumis ont présenté une motion de destitution du président de la République à l’Assemblée, signée par 104 parlementaires, dont des communistes et des écologistes.

Fabien Roussel a par ailleurs redit qu’il n’entendait pas participer à la primaire de la gauche souhaitée par Olivier Faure (PS), Marine Tondelier (Ecologistes) et les anciens Insoumis François Ruffin et Clémentine Autain pour 2027.

Mobilisations du 10 septembre : comment la presse étrangère les a-t-elle vécues ?

Alors que Sébastien Lecornu prenait ses fonctions de Premier ministre à Matignon, le reste de la France était traversé par une vague de contestation générale. L’expression d’une colère que nos confrères des médias européens ont regardée avec recul et pondération.

Pendant une journée, on ne parlait presque plus que de cela. Le mouvement « Bloquons tout » s’est propagé partout en France dans la journée du 10 septembre, réunissant un total de 175 000 personnes, selon le ministère de l’Intérieur, dont 473 interpellées. Cela n’est pas passé inaperçu aux yeux de nos voisins européens, habitués aux coups de sang des Français.

« C’est toujours facile de raconter une contestation populaire en France car les Espagnols connaissent la réputation contestataire des Français », s’amuse Antonio Delgado Palacios, correspondant à Paris pour la radio espagnole RNE, auprès de CelsaLab.

Selon lui, c’est ce qui a contribué à la couverture médiatique intense de cette journée : « S’il n’y avait pas eu les manifestations mais uniquement la passation à Matignon, cela aurait été beaucoup plus difficile à vendre. »

Des manifestants aux profils similaires

« Les protestations françaises réunissent enseignants, Gilets jaunes et étudiants », titrait le quotidien britannique The Guardian quelques heures après la fin de la manifestation à Paris. Dans la capitale et à Montreuil, tous les participants interrogés par la journaliste Angelique Chrisafis partagent un trait commun : ils sont jeunes.

« C’est ce qui m’a frappé, nous confie Richard Werly, correspondant pour le média suisse Blick, c’est cette jeunesse déçue qui se sent trahie par Emmanuel Macron. » Avec cette prépondérance de manifestants « jeunes », cette journée se distingue des mouvements précédents, encore frais dans les mémoires des Européens, tels que les Gilets jaunes qui avaient rassemblé des protestataires de plusieurs classes socio-culturelles.

« Ce n’est pas l’aube d’un mouvement social qui pourrait dégénérer et bloquer la France », observe ainsi Richard Werly. Un avis partagé par Antonio Delgado Palacios : « Le mouvement d’hier n’est pas universel, il est plutôt de gauche, mais c’est le fruit d’un mécontentement généralisé. »

Né au printemps sur les réseaux sociaux, le mouvement citoyen « Bloquons tout » a émergé sur les bases d’un « ras-le-bol » de nombreux Français face à la situation politique et économique du pays. Le 10 septembre, des cortèges de manifestants demandaient la démission d’Emmanuel Macron.

Loin des yeux, proches du cœur

Si cette journée de mobilisation semble marquée du sceau de la revendication à la française, elle n’est pas totalement sans rappeler les maux de la vie politique à l’étranger. « Les cycles politiques ne sont pas identiques entre la France et l’Espagne, mais il y a des récits parallèles », estime Antonio Delgado Palacios. D’après ses observations, les médias hispaniques « utilisent l’exemple de François Bayrou pour critiquer le Premier ministre Pedro Sanchez qui n’a pas non plus de majorité à l’Assemblée mais ne proposerait jamais un vote de confiance ».

En Suisse, les récents évènements suscitent surtout l’incompréhension. « On n’arrive pas à comprendre comment quelqu’un comme Emmanuel Macron, qui a une bonne réputation, apparaît comme intelligent, peut être autant détesté. »

Pour lui, c’est d’ailleurs cette « détestation » du président français qui est au cœur des revendications du 10 septembre. Mais le journaliste ne craint pas que cette colère s’exporte : « Contrairement à la France, le système présidentiel suisse fait qu’il n’y a pas de polarisation de la colère autour d’un personnage. »

Bien qu’elle n’ait pas été organisée par des institutions syndicales, le mouvement « Bloquons tout » a tout de même été relayé par la CGT, Solidarités et FSU ainsi que des élus de gauche et d’ultra-gauche. Une intersyndicale (UNSA, CFDT, CGT, FO, CGC, CFTC, Solidaires, FSU) appelle désormais à « une journée nationale de grève et de manifestations » le 18 septembre prochain pour montrer son désaccord avec les mesures du budget 2026 qu’elle juge « inacceptables ».

Comprise ou non par les pays européens, cette journée « est un rappel de la distance entre la classe politique et la rue », conclut Antonio Delgado Palacios.

 

Domitille Lefebvre