Les Français pessimistes : nouvelles préoccupations électorales

À quelques mois de la présidentielle de 2027, l’avenir s’impose comme une importante préoccupation électorale. Climat, pouvoir d’achat, santé, éducation ou encore insécurité : près de neuf Français sur dix se disent pessimistes pour les générations futures. Mais cette inquiétude massive traverse-t-elle tous les camps politiques de la même manière ?
Près de neuf Français sur dix se disent pessimistes pour l’avenir de leurs enfants, selon une enquête ICI avec Odoxa.©Pixabay

Le chiffre interpelle. Selon une enquête ICI avec Odoxa publiée le 23 septembre, 86 % des Français se disent pessimistes pour l’avenir de leurs enfants. Une inquiétude qui ne semble épargner aucune catégorie de la population : elle concerne aussi bien les employés et ouvriers (89 %) que les cadres (86 %), les moins de 35 ans (87 %) que les plus de 65 ans (82 %). Près de neuf Français sur dix déclarent également que l’avenir de leurs enfants pèsera dans leur choix lors de la prochaine présidentielle.

Face à ce constat, une question se pose : ce pessimisme peut-il être associé à une couleur politique ? Pour Hugo Lasserre, chef de projet à l’Ifop, le phénomène est avant tout transversal. « Quand vous êtes à 80 à 90 % de pessimisme, il est entre 80 et 90 % peu importe la sensibilité politique », explique-t-il. Même si certaines catégories apparaissent légèrement moins pessimistes, « le pessimisme reste massif partout ».

Des inquiétudes communes, des priorités différentes

Derrière le mot « pessimisme » se cachent en réalité des préoccupations très différentes. La santé arrive en tête des inquiétudes mesurées par l’Ifop (août 2026), notamment en raison de la perception d’une dégradation de l’hôpital, des déserts médicaux et de la prise en charge de la dépendance. Ces préoccupations, souligne Hugo Lasserre, « touchent tout le monde », sans véritable clivage politique.

Le pouvoir d’achat, la hausse des prix, l’inflation et le logement constituent également des sources majeures d’inquiétude. Là encore, les sensibilités politiques se retrouvent largement concernées, même si les niveaux diffèrent selon les catégories sociales. L’éducation arrive ensuite parmi les principales préoccupations. Les difficultés du système scolaire inquiètent 54 % des personnes interrogées dans l’enquête ICI-Odoxa.

C’est toutefois sur certains sujets que les différences politiques deviennent plus visibles. Le climat en est un exemple. Le dérèglement climatique constitue la première source d’inquiétude pour l’avenir, cité par 68 % des Français et par 77 % des moins de 35 ans. Pour Hugo Lasserre, cette préoccupation s’est fortement renforcée après les épisodes de canicule et les incendies de l’été. Mais elle est aussi « fortement polarisée » : davantage portée à gauche, elle ne mobilise pas les différents électorats avec la même intensité.

À droite, d’autres inquiétudes prennent davantage de place. L’immigration, par exemple, constitue une préoccupation pour environ un Français sur deux dans les données citées par l’Ifop, avec une importance particulièrement forte chez les électeurs de la droite radicale. La sécurité et la lutte contre le narcotrafic font également partie des thèmes susceptibles de structurer les inquiétudes électorales.

Un pessimisme à tempérer

Pour le politologue Min Reuchamps, il faut toutefois se méfier d’une lecture trop directe entre pessimisme et choix électoral. Il rappelle d’abord une limite méthodologique importante concernant l’enquête ICI-Odoxa : plus de 14 000 Français ont répondu en ligne, mais il ne s’agit pas d’un échantillon représentatif classique. « On ne sait pas dans quelle mesure cet échantillon est statistiquement représentatif », souligne-t-il.

Surtout, le pessimisme en lui-même reste une variable difficile à mesurer politiquement. « Le pessimisme en tant que tel, c’est pas nécessairement une variable qui était travaillée », explique le politologue. Les chercheurs s’intéressent davantage à la désaffection politique, c’est-à-dire au sentiment d’être éloigné de la décision publique.

Cette désaffection peut avoir plusieurs conséquences. Certains électeurs peuvent se tourner vers des partis qui se présentent comme extérieurs au pouvoir, tandis que d’autres peuvent tout simplement renoncer à voter. « Si on va voter, on aura tendance à voter pour des partis qui sont vus comme anti-système », précise Min Reuchamps. Mais le sentiment inverse existe également : face à des enjeux jugés suffisamment importants, certains électeurs peuvent au contraire décider de participer davantage.

Le lien entre pessimisme et vote serait donc moins mécanique qu’il n’y paraît. « Ce qu’on sait » en sciences politiques, explique le chercheur, c’est notamment l’importance des enjeux. Un électeur préoccupé par le climat, l’éducation ou l’insécurité peut accorder davantage d’importance aux candidats qui placent ces sujets au cœur de leur programme. Mais chaque candidat se positionnant sur de nombreux thèmes, il devient difficile d’isoler une seule motivation.

« L’avenir au cœur de la présidentielle »

À l’approche de 2027, le pessimisme pourrait donc moins constituer un vote en soi qu’un terrain commun sur lequel les candidats chercheront à imposer leurs réponses. L’enquête Odoxa estime déjà que « l’angoisse généralisée fera de l’avenir de nos enfants un enjeu majeur de la présidentielle ».

Près de neuf Français sur dix déclarent que cet avenir comptera dans leur vote, dont 66 % affirment que cela comptera « beaucoup ».

Pour Hugo Lasserre, le véritable enjeu sera ainsi la manière dont chaque camp politique parviendra à répondre aux différentes inquiétudes. « On a plein de pessimistes » et les réponses peuvent varier selon les sensibilités, résume-t-il.

Le pessimisme français n’a donc pas une couleur politique unique. Il traverse les électorats, mais se décline différemment selon les préoccupations et les milieux sociaux. À l’approche de 2027, le débat pourrait ainsi moins porter sur l’existence du pessimisme que sur une question plus concrète : quelle réponse politique apporter à la peur de l’avenir ?

 

Salomé Ferté



“On a menti à la justice” : accusé de violences, Philippe Brun dénonce un « coup monté » au PS

Le député de l’Eure, Philippe Brun, a pris la parole ce mercredi matin, après avoir appris que la justice rejetait sa demande de réintégration au Parti socialiste (PS). Il avait été écarté de la primaire à venir en raison “d’accusations de violence” de la part d’une ancienne collaboratrice et fustige aujourd’hui une injustice.

Diversifier les profils en politique, c'est l'ambition de l'Ecole de  l'Engagement du Lovérien Philippe Brun - ICIPhilippe Brun, alors candidat à la mairie de Louviers, mars 2020. (Crédits images : Radio France – Noémie Lair – DR)

La justice a rejeté, ce mercredi matin, la demande de réintégration au PS de Philippe Brun, aspirant candidat à la primaire socialiste en vue de l’élection présidentielle. Il avait été écarté de la primaire en raison “d’accusations de violence” de la part d’une ancienne collaboratrice. Des accusations niées en bloc depuis le début de l’affaire. 

Serein et déterminé selon ses mots, Philippe Brun assure s’appuyer sur de nouveaux éléments publiés ce matin par Le Canard enchaîné qui contredit la version des cadres du PS. Selon l’hebdomadaire, l’appel passé à la secrétaire générale du PS par intérim, dix minutes avant la clôture du dépôt des candidatures pour la primaire socialiste, n’aurait pas été effectué par la victime présumée mais par la directrice du cabinet d’Olivier Faure. 

“Il n’y a pas d’affaire Brun mais une affaire Faure”

Philippe Brun s’est défendu de toute responsabilité dans le cadre d’une affaire dont il considère qu’elle n’a jamais existé. “C’est un coup monté”, dénonce-t-il. Le député de l’Eure s’en prend même directement à l’un des cadres du PS en la personne d’Olivier Faure : “Il n’y a pas d’affaire Brun mais une affaire Faure”, estime-t-il.

Le premier débat télévisé entre socialistes, début officieux de la primaire, aura lieu ce mercredi soir à 20h40 sur LCI. Elle réunira les cinq candidats : Olivier Faure, Raphaël Glucksmann, Jérôme Guedj, Emmanuel Maurel et Ségolène Royal. Philippe Brun, dont la demande de réintégration a été rejetée par la justice ne sera pas présent.

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, n’a pas encore réagi à ces accusations.

Tom Keller et Elouan Brulé

Présidentielle 2027: à un an du scrutin, la multiplication des micropartis

Le nombre de petits partis lancés par des personnalités politiques a connu une forte hausse ces vingt dernières années. Au risque d’éclipser les partis traditionnels ?
Le palais de l’Elysée, à Paris. Libre de droit

À un an de l’élection présidentielle, les prétendants à l’Élysée se multiplient… et les partis aussi. Dernier en date : Bâtissons ensemble, micro-parti créé par l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne, qui a annoncé démissionner de la direction de Renaissance, jeudi 6 mai, au micro de France Inter. Si cette dernière a précisé ne pas être candidate à la succession d’Emmanuel Macron, d’autres aspirants ont, eux aussi, lancé leur propre structure. Une pratique devenue monnaie courante au point de provoquer une véritable explosion du nombre de partis politiques en France. 

Selon les chiffres de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP), cités par Libération, le paysage politique recensait 652 partis en juin 2025. Parmi les candidats déclarés ou potentiels au scrutin élyséen, six ont créé leur micro-parti. Le premier d’entre eux est François Ruffin, qui a lancé, dès 2017, son parti local Picardie debout !, avant de le rebaptiser Debout ! l’année dernière, signe que les ambitions du député de la Somme s’étendent désormais à l’échelle nationale. Chez les socialistes, les désaccords entre Bernard Cazeneuve et Olivier Faure sur l’épineuse question des alliances avec La France insoumise, ont motivé l’ancien Premier ministre à claquer la porte du parti à la rose pour fonder La Convention.

Derrière les partis, l’enjeu financier

Mais la gauche n’a pas l’apanage de la récente poussée des micro-structures politiques. À droite, où les candidatures sont également multiples, et où l’alliance avec le centre reste très incertaine, David Lisnard (Nouvelle Energie) et Xavier Bertrand (Nous France) ont longtemps cumulé leur adhésion aux Républicains à celle de leurs micro-structures respectives. L’un a fini par quitter LR en avril dernier, l’autre a réadhéré en 2021 en vue de la primaire, après quatre ans passés en dehors du parti de droite historique. Dominique de Villepin rassemble ses soutiens derrière la nouvelle bannière de La France humaniste. Du côté du bloc central, Gérald Darmanin a mis en sommeil son parti Populaires ! pour se concentrer sur son activité de ministre. Mais la campagne approche à grands pas…

Faut-il y voir le signe d’une érosion des partis traditionnels ? « Certains élus créent leur propre micro-parti pour collecter des fonds indépendamment des grandes structures politiques, tempère Christophe Fonteneau, professeur associé à l’IAE Paris-Sorbonne et expert en comptabilité, sur le réseau social LinkedIn. Cela leur permet d’avoir un contrôle plus direct sur leur financement et leurs dépenses. » Il faut dire que faire campagne sans les ressources d’un grand parti n’est pas chose aisée. Diriger sa propre structure peut donc permettre de récolter de précieux fonds en vue d’une candidature à la présidentielle. Et de faire rimer petit parti et grandes ambitions.

Rayan

Désinformation : la France veut contre-attaquer et valoriser ses atouts sur les réseaux sociaux

Face aux adversaires réactionnaires qui dégradent l’image de la France et de l’Europe, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a annoncé jeudi une intensification de la riposte informationnelle française, notamment sur TikTok.

Réuni devant des acteurs de la lutte contre la désinformation à Paris, Jean-Noël Barrot a reconnu que la France était « restée trop longtemps en retrait de la bataille des récits ». Pour y remédier, le ministre entend promouvoir des contenus valorisant les aspects positifs des sociétés française et européenne, comme l’espérance de vie ou des inégalités plus faibles, afin de contrecarrer les narratifs adverses qui, selon lui, finissent par « contaminer le débat public ».

Dans ce cadre, le ministre a annoncé le lancement d’un compte TikTok « French Response », extension du compte X éponyme créé en septembre 2025, qui compte plus de 200 000 abonnés et a adopté le ton ironique des réseaux sociaux pour répondre directement à la désinformation. Le ministère a par ailleurs défini 30 « zones de guerre informationnelle », révisées tous les six mois, dans lesquelles les diplomates français font face à des campagnes de décrédibilisation et bénéficieront désormais de services d’assistance renforcés.

Madeleine Meunier