Sabéra, youtubeuse voilée : « Je souhaite faire évoluer les mentalités »

Sabéra Hassanally Goulam, 27 ans, est une blogueuse et youtubeuse voilée. Son blog est sa passion, elle le considère comme « son échappatoire ». Elle partage ses connaissances, recettes de cuisine, astuces beauté et mode.

Crédits photos : sosab.fr
Crédits photos : sosab.fr

Votre blog s’adresse aux musulmanes uniquement ou avez-vous une cible plus large ?

J’aimerais inspirer les femmes qui souhaitent s’habiller de façon plus « modeste ». Ce n’est pas parce qu’on choisi d’être conservatrice qu’on ne peut pas être sociable, abordable ou avoir l’air cool ! Mon blog s’adresse aux femmes qui veulent se sentir bien dans leur peau. Je pense que la beauté de la femme est sublimée par le fait qu’elle ait conscience de ce qu’elle possède mais qu’elle décide par elle-même de ne pas tout dévoiler. Je vise une cible beaucoup plus large. Citoyenne du monde, j’aime à croire que mon message touche d’autres religions. La tolérance et le respect sont mes maîtres-mots.

Comment expliquez-vous l’essor des blogueuses et Youtubeuses voilées ?

L’identification et l’inspiration : ce sont les deux principaux arguments que l’on me donne lorsque mes abonnées commentent. Si les internautes sont présentes, c’est parce qu’elles se sont reconnues dans mon discours. Un des témoignages reçus : « Merci d’avoir dit tout haut ce que la majorité pense tout bas.» ou encore « votre témoignage est magnifique, surtout bien exprimé car nous le vivons toutes de la même manière… ».

Vous considérez-vous comme une « hijabista » ?

Si le voile permet de donner une autre image de la femme musulmane en utilisant le monde de la mode, si je me considère comme actrice du changement et que je souhaite faire évoluer les mentalités, alors oui, je veux bien me considérer comme une hijabista.

Propos recueillis par Asmaa Boussaha et Alice Pattyn

De l’hydrogène comme carburant : à la poursuite des taxis bleus

La flotte de taxis Hype arbore une carrosserie couleur "ciel" aisément identifiable
La flotte de taxis Hype arbore une carrosserie couleur « ciel » aisément identifiable

“A vélo à Paris on dépasse les taxis” chantait Joe Dassin, et pourtant, certains sont tout aussi bruyants qu’une bicyclette. Depuis le 7 décembre 2015 – et la COP21 -, une flotte de taxis fonctionnant à l’hydrogène circule dans la capitale. Mais ces taxis aux couleurs d’un ciel d’été sont quelque peu difficiles à suivre. Sur internet, on retrouve facilement le site hype.taxi. On comprend en lisant le maigre contenu, que la start-up STEP (Société de Taxis électriques parisiens) est à l’origine du projet et de la marque Hype.

Pour en savoir plus, direction le pont de l’Alma où se trouve la seule station de carburant hydrogène de la capitale. Quelques véhicules y stationnent. Sur de grands panneaux, un schéma explique aux passants le système de stockage de l’hydrogène, dont ils entendent le vrombissement. Pascal Abkadi est chauffeur de taxi : “Au niveau de la conduite c’est agréable et les clients apprécient aussi.” L’homme d’une cinquantaine d’années est très enthousiaste. “Le seul problème pour l’instant, c’est qu’il n’y a qu’une seule station pour se recharger, mais une deuxième est en construction à Orly.

Selon son partenaire Air Liquide, le fonctionnement de la start-up est “presque rentable”. Le président et fondateur de la société, Mathieu Gardies l’explique aisément : “Si on arrive à convaincre assez de financeurs qu’on sera rentables plus tard, c’est suffisant pour continuer à nous développer. Ca viendra naturellement, lorsque nous aurons plus de voiture, plus de stations pour les recharger et que les prix baisseront.”

Avec les dizaines de taxis qu’elle doit ajouter à sa flotte prochainement, la start-up pourra mettre en ligne une application pour réserver les taxis. La société espère être rentable pour son deuxième anniversaire. Cette confiance sur le moyen terme est double. La première clef, c’est Pascal Abkadi qui nous la donne : “Du travail, il y en aura toujours pour les taxis à Paris”. Et la seconde, c’est bien sûr la promesse de “l’énergie du futur” qui doit attirer les foules en ralentissant la pollution et permettre à l’économie de la start-up de s’envoler.

Rouler à l’hydrogène : la rentabilité est pour demain

C'est avec les Kangoo Z.E H2 que l'aventure Symbio à conmencée. La voiture à évolué avec l'entreprise et les technoilogie, c'est aujour'hui une troisième généraitons d'hybrides qui est commercialisée.
C’est avec les Kangoo Z.E H2 que l’aventure Symbio à conmencée. La voiture à évolué avec l’entreprise et les technoilogie, c’est aujour’hui une troisième généraitons d’hybrides qui est commercialisée.

Maintenant installée dans le secteur de la mobilité, la société Symbio a fait le pari de la complémentarité entre hydrogène et électricité pour augmenter l’autonomie des véhicules non polluants. Son produit phare : la Renault Kangoo électrique, agrémentée d’une pile à combustible et vendue à 30.000 euros. Aujourd’hui, plus de 150 de ces véhicules circulent à travers l’Europe et en mai, l’entreprise a reçu une commande de 50 nouvelles voitures.

L’exemple de Symbio est révélateur du développement de la filière hydrogène. En 2010, c’était une activité « de Géo-trouve-tout », plaisante Bertrand Joubert, Directeur général adjoint de Symbio. Rapidement, le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) est venu leur apporter son aide en matière de recherche. Quatre ans plus tard, Michelin entre au capital de l’entreprise, apportant son assise industrielle et les économies qui vont avec. Dernière entrée au capital, Engie, en 2016, illustrant la mobilisation récente des grands acteurs de l’énergie.

« Nous sommes encore en mode start-up », explique Bertrand Joubert. L’entreprise n’est pas encore rentable. Mais l’appui des géants qui se sont penchés sur son berceau laisse entrevoir une rentabilité future. Les technologies évoluent et le coût de fabrication se rapproche de plus en plus du prix de vente des voitures. « L’horizon de la rentabilité se rapproche extrêmement vite » confirme le directeur.

Alors que manque-t-il pour que tout le monde roule à l’hydrogène ? « Nous sommes entrés dans une logique économique, c’est désormais une question de zéros sur le chéquier pour franchir le pas industriel. »  

Génération Tinder: l’amour aux temps du numérique

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Aujourd’hui, 1 Français sur 5 a déjà utilisé une application de rencontres au moins une fois dans sa vie. Flirts, choix superficiels mais aussi heureux couples formés… Malgré un rapport uberisé à la sexualité et la peur de l’engagement, les utilisateurs sont, paradoxalement, toujours à la recherche du véritable amour.

« Célibataire, 37, sérieux, épouserait gentille demoiselle ville, campagne, propriété… ». Cinquante ans plus tard, les annonces matrimoniales du Chasseur Français nous font sourire. Aujourd’hui, c’est plutôt : « Hello, tu baises ? ». Tinder, Grindr, Happn… Ce sont quelques unes de la multitude des applications mobiles de rencontres, massivement utilisées depuis quelques années.

Les couples ont toujours eu recours à une aide extérieure pour se former. L’invention de l’agence matrimoniale date du XIXe siècle. La démocratisation des annonces matrimoniales est née avec le développement de la presse, plus particulièrement du Chasseur Français. Ce magazine spécialisé dans la chasse, créé en 1885 est surtout connu pour ses dernières pages remplies de petites annonces.

Après les marieuses, les applications mobiles sont une suite logique. Leurs usages se développent : une aventure d’une nuit voire de quelques heures, une relation longue, des rencontres homosexuelles… Les applications permettent plus de liberté et remettent en question notre rapport à l’amour et à la sexualité.

« J’utilise les applications pour meubler »

Benjamin est attablé dans un bar du 9ème arrondissement de Paris. Avec sa casquette rouge mise en l’envers, des lunettes à monture noire et une barbe de quelques jours, ce jeune chef de chantier est l’incarnation du Parisien branché. Il s’est inscrit sur le site de rencontres AdopteUnMec.com il y a sept ans et Tinder, il y a cinq ans. Le fonctionnement de cette appli est simple : elle fait défiler les profils des inscrits selon plusieurs critères, les plus importants étant leur sexe et la position géographique. L’utilisateur zappe ces profils en indiquant s’il les apprécie ou non. Si l’attraction est partagée, les deux inscrits sont mis en relation et peuvent commencer à échanger. Côté sécurité, seule la possession d’un compte Facebook est exigée.

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« Grâce à Tinder et autres applications, j’ai déjà dû avoir une quinzaine de relations plus longues et peut être soixante-dix aventures d’une nuit », hésite Benjamin. Pour ce Parisien, Tinder « est une manière de combler une névrose de séduction. Je peux me sentir valorisé et garder une superficialité dans la relation en même temps ».

Il n’hésite pas à profiter pleinement des opportunités qu’offre l’application. « Je vois souvent plusieurs filles en même temps, ce ne sont pas des relations explicitement monogames ». Mais il se sert de cet outil surtout par nécessité. « Si je pouvais m’en passer, je m’en passerai. Je préfère cent fois prendre un verre dans la vraie vie que de parler derrière un écran ! »

Découvrez le témoignage de Benjamin:


Pour Nicole Beauchamp, psychanalyste, le nombre très élevé des aventures d’une nuit auxquelles s’adonnent les utilisateurs s’inscrit dans une logique de protection de soi-même : « C’est une défense contre les émotions, la peur d’engagement et du désir ».

Valentin, 22 ans, est étudiant en communication visuelle. Il allume sa cigarette entre deux gorgées de café. Depuis cinq ans, il utilise régulièrement Grindr, application basée sur les principes similaires à ceux de Tinder, spécialisée dans les rencontres gay. Grindr met en relation des utilisateurs surtout pour des rencontres à objectif clairement défini : le sexe. Chaque profil comporte une photo, une description et le statut VIH.

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Habituellement, après un échange de messages sur l’application, cet étudiant rencontre ses partenaires directement chez eux ou chez lui. « Je ne fais jamais de ‘dates’, ça me fait trop peur. On discute, mais soit chez moi, soit chez lui, au bord du lit ».

Malgré son côté désenchanté, le jeune homme rêve de trouver une âme sœur. « Bien sûr que je cherche l’amour. Les applications sont là pour meubler entre temps ». Mais il ne se fait pas d’illusion quant à la possibilité de le trouver sur internet : « J’ai du mal à me projeter avec une personne rencontrée sur l’appli. Si elle est plus facile d’accès pour moi, c’est qu’elle l’est aussi pour les autres ». Sa dernière vraie histoire amoureuse a duré six mois et s’est achevée à cause de manque de confiance entre les deux partenaires. « Je sais qu’il allait sur des sites de rencontre, des applications… ».

La désillusion amoureuse

Les applications permettent de rencontrer plus de gens, plus rapidement, à côté de chez soi. Pour Pauline, lobbyiste, inscrite sur Tinder depuis un an, l’utilisation de l’appli a changé sa vision de l’amour. « Je suis devenue plus pessimiste. Forcément, quand on rencontre plus de gens, on est plus souvent confronté à la déception ». Elle adopte donc une attitude pragmatique : ne pas s’attendre à une rencontre extraordinaire pour ne pas être déçue. « Tinder c’est un peu comme la vie, tu ne sais pas dans quelle direction évoluera ta relation ».

L’utilisateur peut y découvrir la personne, sans même avoir à la rencontrer dans le réel. Blond(e), brun(e), taille, profession… Sur les applis, on retrouve toutes sortes de critères. Mais que reste-t-il à découvrir de l’autre ? François Charvin, psychanalyste, répond : « Il ne peut y avoir de rencontre si l’on connaît tout de la personne avant ». Peut être est-il mieux d’en savoir moins quitte à être déçu ensuite.

Avant que Pauline ne décide de rencontrer un homme dans la vraie vie, il doit répondre à un certain nombre de critères sur l’application. S’il écrit avec des fautes d’orthographe, n’utilise pas de formules de politesse, si dans ses photos il n’y a que des selfies, pour Pauline, c’est éliminatoire. Tout comme le garçon qui l’a contactée il y a plusieurs jours en commençant la conversation par le charmant : « Hello, on baise ? ».

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Les applications ont déplacé le terrain de la drague. Ce n’est plus dans la rue, dans des bars, des boîtes de nuit que l’on rencontre des gens. Aujourd’hui, c’est l’espace virtuel qui offre le plus de possibilités. « Quand je sors avec mes potes, je ne cherche pas à parler à des filles, j’ai internet pour ça », explique Benjamin. Les applications accompagnent leurs utilisateurs partout, sans limiter les moments de drague à un temps précis, jusqu’à en devenir des passe-temps, voire des addictions. Sur le téléphone de Valentin, Grindr reste très souvent allumé. « Quand je bosse, je me connecte, je vois ce qui se passe… Parfois ça devient une drogue, surtout quand t’as très envie de trouver quelqu’un ».

Benjamin:


Les applications permettent aussi d’économiser le temps. « Les rencontres en ligne se caractérisent par une explicitation des intentions amoureuses et sexuelles. Elles accélèrent l’enchaînement des évènements », analyse la sociologue Marie Bergström.

« Je fais toujours un tri drastique sur les meufs avant de les rencontrer, ça me permet de ne pas perdre mon temps », avoue Benjamin. Une sélection poussée parfois aux extrêmes. « Je me rends compte qu’il m’arrive de zapper des mecs pour des raisons complètement ridicules, par exemple quand je n’aime pas leur prénom… », constate Pauline. « C’est vraiment une logique de supermarché », explique cette blonde aux yeux bleus.

La grande force de l’application, pour Benjamin, c’est de mettre en contact des personnes qui ne se seraient pas rencontrées autrement, dans la vraie vie. Le jeune homme apprécie le fait de pouvoir élargir ses horizons en rencontrant des femmes venant d’univers différents du sien. « C’est un super moyen de faire connaissance avec des gens que je n’aurais jamais croisés. Parmi les filles que j’ai rencontrées sur Tinder, certaines sont devenues de vraies amies ».

« L’amour n’a pas de règle »

Histoires d’un soir, rude sélection, zapping des profils… Dans cet univers virtuel de relations rapides, peut-on encore trouver son âme sœur ? « L’amour n’a pas de règle et le coup de foudre existe ! » assure la psychanalyste Nicole Beauchamp.

Aude, 29 ans, responsable de boutique, en est la preuve. Elle s’est inscrite sur Tinder il y a quatre ans pour oublier sa relation précédente. Depuis plus d’un an, elle partage sa vie avec Mathieu. Ils se sont rencontrés grâce à l’application. « En février 2016 j’avais repéré ses photos. Ça se voyait que c’était un gentil », raconte la jeune femme aux grands yeux verts. Après plusieurs rendez-vous, ils ont décidé de se mettre ensemble.

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Les photos sont un grand critère de choix sur les applications de rencontre. « Juste en les regardant, on peut sentir ce que cherche le mec en face. Les selfies, les lunettes de soleil, tout ça est mauvais signe. Les photos de Mathieu étaient prises par ses potes, pendant les vacances. J’ai eu un bon feeling ».

Découvrez le témoignage d’Aude:


Certains considèrent que les applications encouragent l’infidélité. Une fois en couple, l’utilisateur serait toujours tenté d’aller voir ce qu’il y a ailleurs. La psychanalyste Nicole Beauchamp rassure : « Les applications facilitent les choses mais l’infidélité a toujours existé. Quand on a envie de tromper, on trouve toujours un moyen de le faire ». Aude fait la même analyse. « L’infidélité ? Si tu veux tromper il n’y a pas que Tinder. Je ne me sens pas menacée dans mon couple par les applications, comme je ne me sens pas menacée par une jolie fille dans un bar ».

Aujourd’hui, le couple commence à parler d’emménagement. Aude n’hésite pas à se projeter avec Mathieu en glissant dans la conversation que d’ici trois ans ils aimeraient bien quitter la capitale ensemble.

Malgo Nieziolek


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