Autriche : l’écologiste Alexander Van Der Bellen élu président in extremis face à l’extrême-droite

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Alexander Van Der Bellen (à gauche) est le nouveau président de l’Autriche.

L’Autriche pouvait élire, dimanche, le premier responsable d’extrême-droite à la tête d’un État européen. C’est finalement lundi que s’est joué le résultat du deuxième tour de l’élection présidentielle, tellement serré qu’il a fallu attendre le dépouillement des votes par correspondance pour connaître le nom du vainqueur. Le candidat du FPÖ, Norbert Hofer, donné favori des sondages, s’est finalement incliné in extremis face à l’indépendant Alexander Van Der Bellen, soutenu par les Verts. Un répit pour l’Europe.

Circonscription par circonscription, l’Autriche attendait de connaître son sort.  Dimanche soir, le candidat du parti d’extrême-droite FPÖ, Norbert Hofer, arrivait en tête du second tour de l’élection présidentielle, avec 51,9% des voix. Soit 144 000 voix d’écart environ avec Alexander Van Der Bellen, candidat indépendant soutenu par le parti écologiste.

Un score insuffisant pour être déclaré vainqueur avant le décompte des plus de 700 000 bulletins par correspondance, traditionnellement favorable au vote de gauche, égrené ce lundi. Au fur et à mesure du dépouillement des votes par correspondance de ces entités électorales, Alexander Van Der Bellen regagnait du terrain, grignotait son retard. A 16h, l’élection semblait basculer.

Au final, 31 000 voix seulement (50,3% des voix), dans ce pays de 8,6 millions d’habitants où le taux de participation était supérieur à 70% pour ce deuxième tour, ont permis à Alexander Van Der Bellen de l’emporter.

 

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Norbert Hofer était pourtant arrivé largement en tête à l’issue du premier tour de la présidentielle, avec plus de 35%  des voix, contre seulement près de 20% pour son rival écologiste. Il n’a pas attendu l’annonce officielle des résultats par le Ministre de l’intérieur pour reconnaître sa défaite, annonçant la volonté de poursuivre le combat de son parti jusqu’à une investiture politique.

Exit donc la perspective d’un bouleversement du paysage politique autrichien. Norbert Hofer, vice-président du Parlement et n°3 du FPÖ, avait promis de « présidentialiser » la fonction de président du pays. Au programme : les potentielles révocation du gouvernement, dissolution du Parlement et convocation de législatives anticipées, une menace qui aurait pu porter à la chancellerie un représentant d’extrême-droite plus tôt que prévu (les législatives sont prévues pour 2018). Hofer entendait également avoir son mot à dire sur plusieurs traités internationaux ou européens, notamment pour limiter l’immigration de façon drastique.

Une présidence a priori protocolaire

Avec l’élection d’Alexander Van Der Bellen, la fonction présidentielle devrait garder un rôle essentiellement protocolaire.

L’ex-porte-parole des Verts a promis d’opposer au nationalisme d’Hofer son projet d’une société multiculturelle. Le candidat des catégories aisées, des intellectuels, des artistes, des féministes et des minorités ne pourra vraisemblablement pas, eu égard à sa fonction, imposer ses vues libérales en matière économique. Il a cependant « promis de ne pas apposer sa signature à un éventuel traité de libre-échange transatlantique« , note Peter Filzmaier, professeur de science politique à l’université du Danube. Son défi sera désormais de rassembler « deux Autriche » : l’une, rurale et ouvrière ayant voté majoritairement pour Hofer, l’autre plus aisée et urbaine l’ayant plébiscité.

  La victoire de cet ancien professeur d’économie de 72 ans n’était pourtant pas actée d’avance. Austère, peu à l’aise sur les réseaux sociaux, presque mou, cet enfant de réfugiés marchait sur des œufs. D’une part, ne pas invoquer la haine des élites et du système, le thème privilégié de son adversaire. D’autre part, ne pas diaboliser l’extrême-droite, alors que les thèmes anti-islam et anti-immigration se revendiquent désormais ouvertement parmi les Autrichiens. Ne pas apparaître non plus comme le candidat de l’étranger dans un pays où 60% de la population estime que le pays n’a pas la capacité d’accueillir plus de réfugiés.

Trop libéral pour les Verts, il a du lancer sa candidature en tant qu’indépendant, sans obtenir non plus le soutien officiel des partis social-démocrate et conservateur traditionnels au deuxième tour. Même pour marquer leur opposition à Hofer, les différents courants de la gauche ne sont pas parvenus à s’unir. Ni à rassembler les citoyens contre le danger représenté par l’extrême droite : hier, trois manifestations anti-Hofer n’ont réuni que 1200 participants au total à Vienne. « Beaucoup trop peu de gens se sont mobilisés« , regrettait Margareta, l’une des militantes. « Les Autrichiens ne prennent pas assez le sujet au sérieux« .

Norbert Hofer avait tout pour séduire

A l’inverse, Norbert Hofer avait, lui, tout pour séduire. Cet ingénieur de 45 ans (le seul candidat ne dépassant pas la cinquantaine) s’est forgé une image d’homme honnête et proche du peuple. 30% de ses électeurs disent d’ailleurs avoir voté pour lui parce qu’il est « jeune et dynamique », selon un sondage Public Opinion Strategies. Celui qui reste manipulé par le président du FPÖ Heinz-Christian Strache, selon ses détracteurs, est néanmoins l’architecte de la normalisation d’un parti ouvertement antisémite et xénophobe il y a encore une décennie. Désormais, le FPÖ se focalise sur son combat contre l’islam, l’immigration et l’Europe, des thèmes largement banalisés dans l’opinion publique autrichienne. Ce candidat anti-système pouvait aussi compter sur la crise de la représentativité (du fonctionnement des institutions) à l’œuvre en Autriche, où les partis social-démocrate et conservateur se sont partagés le pouvoir depuis la seconde guerre mondiale.

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Norbert Hofer (à droite) est passé à deux doigts d’être le premier chef d’Etat européen d’extrême-droite.

L’Europe respire

Et pourtant, c’est bien Alexander Van Der Bellen qui a été élu. De quoi rassurer Jean-Claude Juncker, qui avait exprimé sa crainte de « voir la droite pure et dure et l’extrême droite » l’emporter, et François Hollande, qui a « félicité chaleureusement » le nouveau président pour sa victoire. La direction du pays le plus riche sur la route des Balkans par l’extrême droite aurait peut-être définitivement fait franchir le palier manquant aux groupes de ce mouvement à l’échelle européenne, qui ne gouvernent jusqu’ici que partiellement par coalition (comme en Finlande). Mais pour combien de temps ? L’élection du chancelier autrichien se profile pour 2018, alors que l’extrême droite a séduit la moitié de la population du pays. Qu’en sera-t-il dans deux ans ? « Encore une arrivée de migrants et un attentat, et nous serons au pouvoir en 2018 », prédit Paul, militant du FPÖ …

Douglas De Graaf

 

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