La Comédie du Fol Espoir : une jeune compagnie amovible

La Comédie du Fol Espoir a présenté lundi son « Ile au Trésor » aux élèves de sixième du collège Jean Zay de Verneuil-sur-Seine. Pour cette toute jeune compagnie originaire d’Isère, avoir l’occasion de jouer dans le prestigieux théâtre Montansier est une chance… et le moyen de faire (sur)vivre leur art. 

L'Ile au Trésor, une adaptation dynamique par cette jeune troupe

L’Ile au Trésor, une adaptation dynamique par cette jeune troupe

La salle de spectacle bleu roi est sombre et vide. Un silence règne sur les lieux, brisé parfois par le résonnement des pas sur la scène grinçante. Les comédiens n’ont pas encore revêtu leurs masques et occupent, pour l’instant, le rôle de techniciens. Comme de vrais machinistes, Simon et Pierre, qui se transformeront en pirates cet après-midi, prennent soin d’éviter le mot « c-o-r-d-e » lorsqu’ils sont sur scène : encore une superstition du théâtre « qui remonte à l’époque où d’anciens marins de la Garde Royale étaient embauchés comme machinistes, raconte Pierre. Ils ont importé cette croyance… Ne jamais prononcer ce mot sur le plateau ! »

Mise en place de la scène amovible de la compagnie

Mise en place de la scène amovible de la compagnie

Bientôt prêt à embarquer sur l'Ile au Trésor de Pierre et Simon

Bientôt prêt à embarquer sur l’Ile au Trésor de Pierre et Sim

Pour la troupe, c’est l’heure d’envahir les lieux, de monter le bateau dans lequel ils embarqueront leur futur public, de hisser la grande voile rouge d’où jaillira le mystère. « La montée de rideau est toujours un moment très émouvant » chuchote Rym en regardant le rideau rouge s’élever vers le ciel de projecteurs. Rym, Simon et Pierre s’affairent, vissent leur décor, installent leurs costumes, mettent en place leurs masques, règlent leurs lumières. Sur le plancher du théâtre, la compagnie du Fol Espoir installe sa propre scène, plus petite, faite de tréteaux : « C’est Pierre et son papa qui ont construit cette scène. Les décors nous ont été prêtés par d’autres compagnies, explique Rym, reconnaissante. A présent, l’objectif est d’acquérir nos propres costumes, nos propres masques pour gagner en indépendance. »

 

Rym dispose minutieusement les costumes dans leurs coulisses improvisées

 

Le « Fol Espoir » : jouer pour tous

La Comédie du Fol Espoir est une toute jeune compagnie : elle réunit quatre jeunes comédiens d’environ 25 ans. Rym, Pierre, Simon et Sarah sont tous passés par l’Académie Internationale des Arts du Spectacle (AIDAS), une école fondée par Carlo Boso à Versailles. Ce théâtre, Rym et Simon l’ont d’abord connu en tant qu’ouvreurs, un petit job pour compenser les fins de mois difficiles lorsqu’ils faisaient leurs études. La nouvelle directrice du Montansier a entendu parler de leur premier spectacle en tant que compagnie : « nous lui avons joué quinze minutes de spectacle et elle a signé pour 4 représentations ! Banco ! » se souvient Simon. Chaque représentation est vendue pour 1400 euros. Un prix avantageux pour les directeurs artistiques, d’autant que la structure scénique a été conçue pour être adaptée à tous les terrains.

« Le but de la compagnie est de pouvoir jouer partout, surtout dans les lieux isolés. » Rym et Simon reviennent d’ailleurs de Lorraine où ils jouaient au sein d’une autre compagnie, Alegria. « Ce qui nous intéresse c’est le théâtre populaire, type Commedia dell’Arte ; faire du théâtre pour tout le monde. » « L’Ile au Trésor », jouée devant 400 élèves de sixième cet après-midi, est un spectacle pour les petits mais aussi pour les grands… « En réadaptant le roman de Robert Louis Stevenson, nous avons voulu que le spectacle soit participatif et appropriable par tous. On a glissé des références politiques ou cinématographiques qui sont clairement destinées aux adultes » racontent Pierre et Simon en chœur. La mise en scène est collective, les comédiens ont décidé de ne pas s’attribuer de rôle définitif : pour « l’Ile au Trésor », Rym s’occupe de la régie alors que pour leur deuxième spectacle, « Jeannot et Margot », écrit en s’inspirant de l’histoire d’Hansel et Gretel, Pierre est à la régie, Rym monte sur scène aux côtés de Simon et Sarah devient machiniste et habilleuse.

…et derniers conseils collectifs!

dernieres preparations

Dernières préparations…

Voici venu le temps de la dernière répétition : une « allemande », qui diffère du filage à l’italienne car il se concentre sur les déplacements quand le second vise à réciter le texte. Simon et Pierre s’échauffent la voix mais aussi le corps entre deux coups de fard à joue. Rym monte en régie pour vérifier une dernière fois les lumières.

Les enfants vont entrer, c’est l’heure d’embarquer.

un parterre d enfants pas facile à captiver

Public agité et en quantité… un challenge : les captiver !

Les cris des 400 élèves qui envahissent la salle font vibrer le lustre. Les professeurs réclament le silence… sans succès. En classe de français, les enfants ont été préparés à assister à cette représentation théâtrale de « l’Ile au Trésor » mais pour l’instant, c’est plus l’heure de la récré.

Jusqu’à ce que deux bonhommes en costumes blancs envahissent la salle : mi-chœur, mi-pirates, Pierre et Simon viennent avertir les enfants qu’ils vont assister à une histoire de trésor, de pirates mais surtout de gags… Silence. Les trois coups sont frappés. Les enfants ont les yeux scotchés à la scène. Pendant un peu plus d’une heure, Pierre et Simon vont les tenir en haleine, incarnant à eux deux plus de quinze personnages. Parfois, le débordement pointe son nez lorsque les enfants sont sollicités : le brouhaha se remet en place, chacun voulant donner son avis, participer à la pièce. Si le silence est difficile à retrouver c’est que le pari de la compagnie est bel et bien réussi.

A la sortie, même les instituteurs évoquent l’envie d’un verre de rhum quand les enfants se chamaillent pour savoir si le personnage principal aurait dû vivre ou mourir.

 

Amanda JACQUEL.

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