Mali : le nouveau coup d’Etat d’Assimi Goïta met la France face à ses contradictions

En prenant le pouvoir par la force, l’homme fort de la junte malienne profite des égarements de la diplomatie française, ayant adoubé le fils d’Idriss Déby au Tchad un mois plus tôt. Une situation dont pourraient également profiter d’autres puissances étrangères, comme la Russie.

Le général Assimi Goïta lors d’une conférence de presse. @ Capture d’écran d’une conférence de presse

« Je condamne avec la plus grande fermeté ce coup de force qui s’est déroulé hier au Mali », affirmait Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères français devant l’Assemblée Nationale le 25 mai, au lendemain du putsch militaire qui a secoué le pays. En tournée en Afrique la semaine dernière, le président de la République s’est dit prêt à « prendre des sanctions ciblées sur les protagonistes ».

Cet énième coup de force – le deuxième en moins d’un an – vient mettre à mal la légitimité du processus de transition démocratique, engagé suite au coup d’Etat ayant contraint Ibrahim Boubacar Keita (dit « IBK ») à la démission, le 18 août 2020. Dans un communiqué, la diplomatie française dit partager « la priorité absolue accordée par la CEDEAO [Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest] à l’organisation de l’élection présidentielle au 27 février 2022 ».

Deux poids, deux mesures

Suite à un remaniement ministériel qui exclut deux de ses collaborateurs, le général Assimi Goïta – déjà responsable du coup d’Etat ayant fait tomber « IBK » – ordonne l’arrestation du président du gouvernement de transition Bah N’Daw et de son Premier ministre Moctar Ouane, le 24 mai. Les deux hommes seront relâchés deux jours plus tard, après avoir annoncé leur démission. Le 28 mai, Assimi Goïta prend officiellement la tête du gouvernement, confortant son statut d’homme fort du pays.

« La France est très embêtée par cette affaire. Elle ne cautionne pas cette situation, affirme Benjamin Roger, journaliste à Jeune Afrique et spécialiste de la région du Sahel. L’entourage du président de la République répétait dernièrement que le processus de transition avançait bien au Mali, tant sur le plan politique que militaire. Au final, ils se retrouvent avec un nouveau putsh, et Assimi Goïta au pouvoir, dont ils se méfiaient déjà. »

Une attitude diamétralement opposée à celle affichée lors du passage de flambeau au Tchad. Après la mort du président Idriss Déby en avril 2021 – dans des circonstances encore troubles -, son fils Mahamat Idriss Déby prend la tête du conseil militaire de transition, avec l’accord tacite de la France. « On est dans un cas typique de realpolitik, estime Benjamin Roger. Quitte à renier quelques principes, la France a considéré qu’elle avait intérêt à soutenir les Tchadiens dans la configuration actuelle ».

Le Tchad reste en effet une pièce maîtresse de la guerre contre les mouvements djihadistes dans la région. Le soutien de son armée a été crucial dans le succès de l’opération militaire qui a défait la rébellion menée par milices islamistes dans l’Azawad, au nord du Mali, en 2013. Pour Thomas Dietrich, ancien haut fonctionnaire et spécialiste des relations entre la France et les États Africains, la démarche française au Tchad n’a pas laissé de place au doute. « Nous aurions pu soutenir le président de l’Assemblée nationale tchadienne tel que c’était prévu par la constitution, mais nous avons préféré nous ranger derrière le fils de Déby. »

« Syndrome de Fachoda »

L’énième coup de force d’Assimi Goïta renvoie donc la France à ses contradictions, accentuées par le court laps de temps qui sépare la mort d’Idriss Déby et le coup d’Etat au Mali. Pour faire pression sur la junte, Emmanuel Macron a d’ailleurs menacé de retirer les troupes françaises de la région si Bamako « va dans le sens » de « l’islamisme radical ». Pour Wassim Nasr, journaliste spécialisé dans les mouvements djihadistes au Maghreb et au Sahel, ces déclarations sont à relier à « l’éventuelle étendue des concessions que pourrait faire Bamako au JNIM [Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, une organisation terroriste au Mali] ».

Pour Thomas Dietrich, le poing sur la table du président de la République symbolise « une diplomatie du mégaphone vouée à l’echec ». Même son de cloche pour Benjamin Roger, qui estime que l’opération Barkhane était déjà en phase d’évaluation par l’exécutif. « La France ne retirera jamais toutes ses troupes de la région, mais une réduction d’effectifs était effectivement dans les clous depuis quelques années déjà », affirme-t-il.

Ce genre d’ultimatum n’est pas sans risque : bousculant les acteurs locaux, la diplomatie française peut les pousser dans les bras des puissances étrangères lorgnant sur la région. Déjà présente en Centrafrique voisine pour combattre la rébellion qui menace le président Faustin-Archange Touadéra, la Russie est réputée proche de Sadio Camara, l’un des deux militaires écartés dans le dernier remaniement ministériel au Mali. Une manifestation avait d’ailleurs lieu le 27 mai à Bamako devant l’ambassade de la Russie, afin de soutenir les putchistes et réclamer que Moscou supplante Paris au Mali.

Un constat à nuancer pour Thomas Dietrich. « La France est dans un syndrome de Fachoda, sauf que cette fois-ci on ne lutte plus contre les Anglais, mais contre les Russes, analyse-t-il. Il n’y a pas de plan russe pour remplacer la France au Sahel, mais on attribue aux russes les propres défaillances de notre diplomatie. » De plus en plus actives dans la région – militairement ou simplement économiquement – la Russie, la Chine et la Turquie sont en embuscade de Paris afin de faire valoir leurs intérêts. Reste à savoir si la diplomatie française saura s’adapter à cette nouvelle donne géopolitique.

Mehdi Laghrari

Le Haut Karabakh, théâtre d’une possible « Guerre Froide » russo-turque

Le 11 novembre, la Russie et la Turquie ont signé un mémorandum sur la création d’un centre commun pour l’observation du cessez-le-feu dans le Haut Karabakh. Alors que les relations entre les deux pays sont encore marquées par les désaccords sur le conflit syrien, la gestion double de ce territoire du Caucase n’assure en aucun cas l’apaisement des liens russo-turcs.

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan prévoient une gestion commune du cessez-le-feu dans le Haut Krabakh
Sergei Ilnitsky / POOL / AFP 

« La Turquie et la Russie travailleront ensemble dans le cadre de cette mission de paix. » C’est ce qu’a annoncé le Président Turc Recept Tyyip Erdogan devant le Parlement turc à l’occasion de la mise en place d’un observatoire commun avec la Russie pour la gestion du cessez-le-feu entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie, décidé lundi 9 novembre. Mais rien n’indique que cette collaboration réchauffe les relations entre les deux géants. « On n’est pas dans un schéma de nouvel « équilibre géopolitique  » explique le journaliste spécialiste du Moyen-Orient Tigrane Yégavian. « On est dans un schéma d’alliance tactique. »

Des intérêts divergents

La Russie, tout comme la Turquie, espère « être maître du jeu caucasien » indique le journaliste. Et leurs intérêts et leurs alliés dans la zone diffèrent largement : Ankara, qui a déployé un soutien militaire majeur à Bakou depuis septembre dans le conflit l’opposant à l’Arménie « veut un grand Azerbaidjan ». Alors que les deux pays la même langue et la religion, le ministre turc de la Défense avait même déclaré cet été que « les relations entre la Turquie et l’Azerbaidjan sont celles de deux pays, mais un seul peuple ». Le cessez-le-feu, bien que placé sous l’égide russe, représente donc une opportunité pour la Turquie de « mettre un pied dans le Caucase » et de contrôler les voies d’accès de cette région riche en gaz. En effet, l’accord stipule l’ouverture d’une voie d’accès entre la région azerbaidjanaise du Nakhitchevan, frontalière de la Turquie, et le reste du territoire de l’Azerbaidjan. Quant à la Russie, membre du groupe d’interposition de Minsk, elle « ne veut pas perdre son pré carré qu’est le Caucase ». Proche de l’Arménie, Moscou a d’ailleurs envoyé, dès l’annonce du cessez-le-feu, des troupes militaires pour assurer le maintien de la paix sur le territoire disputé. Un moyen pour le pays d’imposer sa force militaire dans les trois Etats du Caucase du Sud (Géorgie, Arménie, Azebaidjan).

La gestion du Haut Karabakh, « zone de friction entre deux blocs stratégiques » ne serait donc pas forcément synonyme de rapprochement entre la Russie et la Turquie, dont les relations pâtissent aussi de récents affrontements à Idlib en Syrie. Pour Tigrane Yégavian, le Haut Karabakh pourrait bien devenir « le territoire d’une nouvelle Guerre Froide entre ces deux puissances qui sont les seules à avoir les moyens de se déployer ».

« Poutine préfère traiter avec Erdogan qu’avec les Occidentaux »

Mais l’observation commune du cessez-le-feu entre l’Arménie et l’Azerbaidjan serait aussi une chance pour Ankara et Moscou de « faire bloc » face au reste du monde occidental: « ils partagent tous deux un rejet de l’Occident, des Etats-Unis. Ils sont dans une même posture opportuniste » souligne le spécialiste du Moyen-Orient. « Poutine préfère traiter avec Erdogan qu’avec les Occidentaux. » L’alliance pourrait donc bousculer les équilibres géopolitiques, d’autant plus que « les Etats-Unis se sont retirés du Caucase », et que l’intervention des Européens dans le conflit est restée limitée.

Colette AUBERT

 

 

 

Le nouveau président de l’Agence antidopage nommé ce mardi 14 mai

L’actuel président de l’agence mondiale antidopage, le britannique Craig Reedie, en place depuis 2014, cède sa place ce mardi 14 mai à Montréal.
Assemblée générale de l’Agence mondiale anti dopage. / Crédit : Andy Miah, Flickr, Creative Commons

Craig Reedie, président de l’agence mondiale antidopage depuis 2014, termine son mandat à Montréal. Deux candidats pourraient prendre la succession de l’ancien joueur britannique de badminton.

Deux inconnus du grand public

Candidat à sa succession, l’ancien athlète de 34 ans Witold Banka, spécialiste du 400 m et ministre des Sports et du Tourisme en Pologne est opposé à Marcos Diaz, 44 ans, ancien nageur en eau libre et vice-ministre des Sports en République Dominicaine. Tous les deux sont membres du comité exécutif de l’agence, l’organe décisionnel et font partie des représentants gouvernementaux. Pour rappel, l’agence se divise en deux pôles avec d’un côté le mouvement sportif international, qui comprend le CIO et les fédérations, et de l’autre les gouvernements. Ces deux piliers se partagent la présidence à tour de rôle. 

Une campagne politique agitée

Il y a un an, la campagne a été agitée par un scandale de dopage institutionnel en Russie. Une ex-prétendante à la présidence, l’actuelle vice-présidente de l’agence mondiale antidopage, Linda Helleland, avait fortement critiqué les faiblesses de l’agence face à Moscou, ainsi que son manque d’indépendance vis-à-vis du CIO. En septembre dernier, elle s’était opposée à la levée des sanctions de l’agence contre la Russie. Largement soutenue par les pays anglo-saxons, États-Unis en tête, Linda Helleland a été finalement battue par Witold Banka lors d’un scrutin organisé au sein des pays du Conseil de l’Europe (28 voix contre 16). Les observateurs ont constaté une victoire du conservateur polonais grâce au soutien des pays d’Europe de l’est. Les choses semblent s’être apaisées durant le mandat de Craig Reedie. Les candidats à sa succession se sont tous deux engagés à poursuivre les actions qu’il a entreprises.

« Ça se joue beaucoup en coulisses, c’est une campagne de réseaux, d’alliances, comme souvent dans le domaine du sport international« , rapporte à l’AFP Fabien Ohl, professeur à l’Institut des sciences du sport de Lausanne. Les deux candidats doivent être départagés lors d’une réunion des représentants des gouvernements mardi à Montréal. Si aucun consensus ne se dégage, un vote sera organisé, chaque continent ayant un nombre de voix déterminées : cinq pour l’Europe, quatre pour l’Amérique, quatre pour l’Asie, trois pour l’Afrique, deux pour l’Océanie.

C’est la dernière fois que le président de l’agence antidopage sera désigné selon le principe de présidence tournante entre mouvement sportif et gouvernements. A partir du prochain mandat, en 2022, il s’agira d’un président indépendant.

Simon Tachdjian

La Turquie accuse le régime syrien de sabotage

Le président turc et le président russe lors du sommet de Sochi, en 2018. / Crédit : The Russian Presidential Press and Information Office.

Ankara accuse le coup. Lundi soir, le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est entretenu au téléphone avec son homologue russe Vladimir Poutine. Il accuse le régime de Bachar Al-Assad de « saboter » la coopération turco-russe dans le pays, a annoncé la présidence russe. Cette entrevue intervient après une offensive de l’armée syrienne qui a fait 42 morts en 24 heures dans la région d’Idleb, pourtant zone de désescalade sous protection turque. Le régime syrien affirme de son côté que ces offensives se font dans le cadre de la lutte anti-terroriste.

Audrey Dugast