GenZ212 : Après les manifestations, l’incertitude de la mobilisation en ligne

Le 27 septembre, le mouvement de la jeunesse marocaine GenZ212 initie des manifestations dans plusieurs villes du pays. Les manifestants demandent des réformes pour la santé et l’éducation et des mesures anti-corruption. Mais fin octobre, les manifestations s’arrêtent. Fragilisé par la répression, le mouvement s’est replié sur les réseaux sociaux.

« REJOIGNEZ NOTRE ÉQUIPE — Nous cherchons des personnes créatives et dévouées pour rejoindre l’équipe en développement de notre communauté ! » Sur le serveur Discord (plateforme de messagerie instantanée) du mouvement GenZ212, plusieurs annonces sont publiées depuis le début du mois de novembre. Le mouvement de contestation de la jeunesse marocaine cherche des monteurs vidéo, des graphistes, des développeurs, ou encore des juristes. 

Depuis l’arrêt des manifestations fin octobre, le mouvement a poursuivi sa mobilisation en ligne. Son serveur Discord, accessible à tous, compte désormais plus de 200 000 membres. Le 27 novembre, un « guide d’action et de vision du mouvement » y est publié. Le guide détaille une organisation en plusieurs équipes : médias, stratégie et modération du serveur Discord. Les objectifs annoncés : la libération des prisonniers arrêtés pendant les manifestations, l’institutionnalisation du mouvement et la poursuite des revendications sur la santé, l’éducation et la lutte contre la corruption. Né sur Discord en septembre 2025, le mouvement a ensuite organisé des manifestations dans plusieurs villes du pays, entre le 27 septembre et le 26 octobre.

Mobilisation numérique 

Si la mobilisation de terrain s’est essoufflée, « les revendications numériques continuent », observe Hamza Bensouda, responsable pédagogique de la mineure Afrique du campus de Sciences Po Paris à Reims. Ces « revendications numériques » s’expriment dans les « salons vocaux » du serveur Discord. « Plusieurs personnes s’occupent de la modération des salons vocaux. Elles organisent des débats trois fois par semaine, et ce sont les membres du mouvement qui suggèrent les thèmes à aborder », explique Piwpiw, un membre chargé de répondre aux questions posées sur le serveur, et qui souhaite rester anonyme.

Sur Discord, le mouvement GenZ212 recherche des monteurs vidéos, des graphistes, des développeurs, ou encore des juristes. Capture d’écran, 24 novembre 2025.

Parmi les revendications, la libération des détenus arrêtés pendant les manifestations occupe davantage le mouvement. Selon des chiffres communiqués le 28 octobre par le parquet marocain, 2 480 personnes, dont plus de 1 400 placées en détention, font l’objet de poursuites. Le 26 novembre, une discussion sur la situation des détenus et l’aide à leur apporter a lieu sur Discord. Le compte rendu mentionne la proposition de loi de Nabila Mounib, députée du Parti socialiste unifié (PSU), visant à accorder une amnistie générale et complète aux personnes arrêtées ou poursuivies dans le cadre du mouvement. 

La question des détenus pourrait même ramener le mouvement dans la rue, car le 3 décembre 2025, un projet de manifestations en soutien aux prisonniers était soumis au vote sur le serveur. Avec 303 voix pour et 58 contre, un faible taux de réponse compte tenu des 200 000 membres du serveur, la mobilisation est annoncée pour le 10 décembre, journée internationale des droits de l’homme.

Une colère apaisée ? 

En ligne, les revendications liées à la santé et à l’éducation n’ont pas totalement disparu, malgré l’annonce du gouvernement, le 19 octobre, de consacrer 140 milliards de dirhams (13 milliards d’euros) à l’éducation et à la santé dans le budget 2026. Une annonce qui a « largement contribué à apaiser la colère », estime Mustapha El Mnasfi, enseignant-chercheur à l’Université Moulay Ismaïl au Maroc. 

« Les manifestations pourraient reprendre au moment où l’écart entre promesses institutionnelles et frustrations quotidiennes redeviendra insupportable », estime Younes Saoury, journaliste au sein de l’hebdomadaire marocain TelQuel.

Mais le 3 décembre, une discussion sur les « problèmes et solutions » du système de santé a lieu dans un salon vocal, signe que l’augmentation du budget n’a pas convaincu le mouvement. « Ce n’est pas la première fois que le budget de la santé et de l’éducation augmente. La question n’est pas celle des moyens, mais de la manière dont on gère l’argent public », souligne Adam Samine, un étudiant en droit de 18 ans qui a participé à plusieurs manifestations à Casablanca.

La libération des détenus arrêtés pendant les manifestations occupe désormais le mouvement. Rabat (Maroc), le 4 octobre 2025. Crédits : ABU ADEM MUHAMMED / ANADOLU / ANADOLU VIA AFP

Les manifestations arrêtées fin octobre pourraient même reprendre « au moment où l’écart entre promesses institutionnelles et frustrations quotidiennes redeviendra insupportable », estime Younes Saoury, journaliste au sein de l’hebdomadaire marocain TelQuel. Car la principale raison de l’arrêt des manifestations, le mouvement l’affirme dans son « guide d’action », ce sont les arrestations : « continuer d’envoyer un petit nombre de personnes à la « guillotine des arrestations » sous le coup du black-out médiatique actuel n’est pas un combat, mais un suicide gratuit ».

Un mouvement infiltré 

Difficile toutefois de savoir combien de personnes continuent vraiment à se mobiliser. L’utilisateur Piwpiw explique ne pas pouvoir dévoiler les effectifs des équipes organisatrices « pour des raisons de confidentialité et de sécurité ». Malgré une volonté de se structurer, l’organisation du mouvement doit encore faire ses preuves. « C’est un mouvement fragile, une « mobilisation sans organisation », nuance Mustapha El Mnasfi. Selon le chercheur, le mouvement ne peut pas dépasser le « signal d’alarme ».

Mais cette mobilisation sans leaders est précisément la marque de fabrique de GenZ212. « Ce mouvement est ancré dans les usages numériques et porté par une génération qui s’affranchit des cadres partisans ou syndicaux », observe Younes Saoury. Face aux arrestations, l’anonymat semble essentiel pour la protection des membres en ligne. Et même anonymes, les membres du serveur Discord restent prudents : « Nous ne discutons jamais des sujets sensibles sur les réseaux sociaux », explique Piwpiw.

« C’est un mouvement fragile, une « mobilisation sans organisation » », observe Mustapha El Mnasfi, enseignant-chercheur à l’Université Moulay Ismaïl au Maroc.

Sur le serveur Discord, certains membres s’inquiètent de l’infiltration du mouvement. « Si cette plateforme offre un relatif anonymat, les services sécuritaires disposent, comme dans la plupart des pays, d’outils de traçage permettant d’identifier rapidement les auteurs de contenus considérés comme sensibles », explique Younes Saoury. Pour tenter de contrôler la contestation en ligne, les autorités font « l’usage de faux profils ou d’opérations de veille renforcée », précise le journaliste. 

Le mouvement parviendra-t-il à « s’institutionnaliser » et à retourner dans la rue ? Difficile de le dire pour l’instant. « Ce qui est sûr, c’est que le sentiment de la GenZ212 est enraciné et que son expression va durer. Mais on ne sait pas encore sous quelle forme », conclut Hamza Bensouda. 

Anna Esnault-Carcuac

Séisme: L’Association des Marocains en France à Saint-Denis s’organise en urgence

À Saint-Denis, l’Association des Marocains en France (AMF) se mobilise depuis le 9 septembre dernier, pour venir en aide aux victimes du séisme. Les bénévoles collectent chaque jour des vêtements, matériel médical, orthopédique etc. Les dons affluent dans ce département où la diaspora marocaine est très présente. Reportage.

Au sein des locaux de l’Association des Marocains en France situés juste en face du T1 (tram) à Saint-Denis, plusieurs sacs sont disposés les uns à côté des autres dans toute la pièce. Un sac ACTION près de l’entrée avec des vêtements pour enfant. Un autre contenant des chaussures, des sacs, des médicaments (Doliprane), brumisateurs. Sur l’un des murs de l’organisme, une liste est placardée sur laquelle on peut lire les éléments suivants : « LISTE DES PRODUITS AUTORISES : Chaises roulantes, béquilles, matériel médical, matériel orthopédique, couverture, médicaments, lits pliables, tentes »

« On ne prend plus de vêtements, c’est une consigne des autorités pour des raisons sanitaires et on nous a transmis cette liste de produits autorisés », explique David l’un des bénévoles de l’AMF.

Le collectif a été créé dans les années 60 pour venir dans un premier temps en aide aux travailleurs marocains puis l’association s’est occupée progressivement des habitants du quartier en proposant des cours de français, d’informatique, des ateliers de soutien éducatif, d’aide juridique.

« On reçoit jusqu’à 100 appels par jour »

 

Depuis le séisme, l’association s’occupe en priorité de l’organisation pour l’envoi des dons même si les activités annexes ne sont pas abandonnées.

« C’est ma fille de 14 ans qui m’a appelé pour me prévenir de ce qu’il se passait, elle était à Agadir. J’ai eu peur, vous imaginez ? Et puis à partir de cet instant, on s’est appelés entre bénévoles et le lendemain matin, on s’est réuni en cellule de crise pour s’organiser, répondre à la demande, recevoir les gens », détaille posément El Mostafa Ramsi membre historique du bureau de l’AMF.

De 10 h à 19 h, chaque jour, les membres de l’AMF reçoivent des dons sur place et répondent aux appels « on reçoit jusqu’à 100 appels par jour. Ça ne s’arrête pas, c’est impressionnant. Ce sont des personnes qui appellent pour savoir ce que l’on peut donner concrètement, dans quels locaux apporter des dons » La diaspora marocaine, très présente en France et dans le département (93), est en première ligne pour venir en aide aux sinistrés mais l’AMF est également sollicitée par des directeurs de supermarchés, des entreprises, des proviseurs, etc.

Un élan de solidarité de toutes parts

 

Aux environs de midi, une jeune femme entre dans le local et salue les trois membres présents qu’elle connaît. Silvia Capanema, conseillère départementale du canton Saint-Denis-Stains (LFI). Cette dernière souhaite donner de l’argent mais l’un des membres de l’équipe lui explique qu’une cagnotte en ligne a été lancée et qu’elle peut envoyer directement son argent sur cette cagnotte.

« J’ai été très touchée parce que j’ai une relation affective avec le Maroc, il y a beaucoup de Marocains dans le département et j’ai voulu participer à cet élan de solidarité », affirme Silvia Capanema. L’AMF est indépendante et collabore uniquement avec des associations locales au Maroc qui leur font part de leurs besoins. « On envoie directement les dons en argent à ces associations locales pour qu’elles achètent ce dont elles ont besoin. Hier, on a fait un envoi qui va directement à une engagée ! », insiste El Mostafa.

Souad Frikech Chaouih, déléguée générale de la structure, précise « l’AMF a toujours maintenu des relations de solidarité, surtout sur les questions de l’éducation et de l’entrepreneuriat des femmes avec des associations partenaires au Maroc. Dans une telle situation, il est de notre devoir, en tant que citoyen marocain et franco-marocain, de se solidariser avec les populations », déclare-t-elle.

À 13 h, les téléphones sonnent toujours autant dans les locaux. Cette fois, David reçoit un appel de Vinci construction (le groupe français spécialisé dans la construction et le génie civil). Le même cérémonial se poursuit, il note sur son ordinateur les coordonnées de la structure, sur lequel on aperçoit la très longue liste de toutes les personnes qui ont appelé l’AMF. La responsable des salariés de l’entreprise indique qu’ils souhaitent se renseigner pour proposer des dons de matériaux suite au séisme dévastateur.

Un élan de solidarité plus que nécessaire, pour rappel le bilan est de 3000 morts et plus de 5000 blessés. Le Maroc a d’ailleurs annoncé, mercredi 20 septembre, qu’un budget de près de 11 milliards d’euros serait destiné à la reconstruction, au relogement et à la valorisation socio-économique des zones touchées par le séisme.

Les 5 avantages et inconvénients d’étudier en France pour les maghrébins

Pour les jeunes maghrébins, étudier en France n’est pas simple comme changement de vie. Il y a des avantages et des inconvénients à quitter son pays pour se former ailleurs.

  • Les démarches administratives

Il y a une nette différence entre les étudiants qui viennent étudier dans des écoles d’élites et ceux qui réalisent leur cursus dans une université moins réputée. Pour les étudiants de grandes écoles, ce sont souvent les administrations qui s’occupent des visas et autre papiers pour que l’étudiant puisse venir étudier en France. Pour ceux qui sont dans des universités publiques, c’est à la charge de l’étudiant de s’occuper de son titre de séjour. Longues et compliquées, les démarches ne sont pas facilitées par l’administration française mais elle a tout de même quelques points positifs par rapport aux administrations maghrébines. « Tout peut se faire en ligne. Pas besoin de faire la queue pendant des heures, tous les services de l’administration française sont sur internet. Ce qui n’est pas le cas en Tunisie où les administrations sont ouvertes seulement de 8h à 11h » s’exclame un étudiant en école d’ingénieur à Paris.

  • Les bourses

Au Maroc et en Tunisie, les étudiants se voient dotés de bourses pour aller étudier à l’étranger. En Algérie, certaines bourses existent mais très peu d’étudiants y ont accès. Autre exemple particulier : Karim Berrada est marocain et aujourd’hui trader au Credit Suisse à Paris. « L’Ecole Centrale de Paris a payé ma scolarité. Je n’ai donc rien déboursé, c’était l’idéal. » Certaines grandes écoles font venir des étudiants qui excellent dans un domaine et leur payent les études afin de faire valoriser leur filière.

  • Qualité de l’enseignement

Les étudiants maghrébins jugent les écoles et universités françaises de grande qualité par rapport à ce qu’ils ont dans leur pays. En Algérie et en Tunisie, les étudiants sont confrontés à des grèves et des absences d’enseignants suite au printemps arabe. Karim Berrada a été très satisfait de ses enseignants français : « Les professeurs sont très compétents et de grande qualité. On ne retrouve cela pas n’importe où. » Mohammed Andaloussi est diplômé d’un master en ingénierie à l’Université de Lorraine à Metz. « Je suis content de mon diplôme, c’est pour moi une valeur ajoutée. Je cherche du travail en France pour avoir une première expérience et trouver plus facilement du travail quand je rentrerai au Maroc. »

  • L’insertion professionnelle

Trouver un emploi est plus facile pour ceux qui sortent de grandes écoles. Les employeurs les repèrent lorsqu’ils sont encore dans l’école. Pour ceux qui sont diplômés d’une université, c’est moins évident. « L’Etat français impose des exigences quand on est étranger. Je dois obligatoirement obtenir un contrat à hauteur de mon niveau d’études. Mais c’est compliqué même pour un Français d’avoir directement une proposition de poste de cadre » déplore Mohammed Andaloussi.

  • Les jobs étudiants

L’insertion professionnelle est aussi compliqué durant les études. Certains étudiants ont besoin d’un petit boulot pour subvenir à leurs besoins. Mais leur origine peut être un obstacle à l’embauche. Lina, 24 ans, est algérienne et a postulé à plus de 53 jobs étudiants. Plusieurs employeurs refusent de la prendre pour des questions administratives. « Après m’avoir proposé un CDI, ils font marche arrière lorsqu’ils constatent que je suis algérienne. A leurs yeux, il y a trop de papiers à faire. » En effet, pour obtenir une autorisation de travail, l’employeur doit remplir un papier et le déposer à la Direction régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi. Une perte de temps aux yeux des employeurs.

Alice Pattyn et Elisa Centis

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