Voyance, addiction et téléréalité  

Ils ont beau être des stars, ils ne sont pas plus protégé que les autres des risques de dépendance. Révélée au grand public par l’émission de télé-réalité «Les Marseillais», Carla Moreau est tombée dans l’addiction aux arts divinatoires. Elle a rencontré Danae, une pratiquante des «forces occultes» à seulement 17 ans, alors qu’elle cherchait à devenir célèbre. Elle aurait dépensé jusqu’à 1,2 million d’euros en quatre ans pour des services de sorcellerie.

Il y a quelques mois, l’affaire a éclaté au grand jour. Dans des messages vocaux, on peut entendre Carla Moreau jeter des « sorts » à d’autres candidats de téléréalités. La jeune femme accuse aujourd’hui Danae de l’avoir manipulée et ensorcelée. La voyante est très populaire auprès des influenceurs issus de téléréalités comme Julien Guirado, Jazz ou Anthony Matéo. Ils n’hésitent pas à promouvoir ses services dans leur story Instagram. De quoi inciter leur public, souvent jeune et influençable, à consulter. Sans vraiment prévenir sur les dangers de l’addiction.

Sur son compte Instagram, Danae poste de nombreuses photos en compagnie de stars de la téléréalité.

Lise Cloix et Inès Mangiardi 

« Tinder » électoral, playlist Spotify : les dispositifs pour faire voter les jeunes

Les élections européennes n’attirent pas les électeurs, et encore moins les jeunes de 18 à 24 ans. A chaque scrutin, ils sont de moins en moins à aller voter. Alors de nombreuses initiatives tentent d’inciter les jeunes à se rendre aux urnes. Présentation de quelques unes d’entre elles.

 

Lors des dernières élections européennes en 2014, 74% des 18-25 ans s’étaient abstenus / Crédit : Wikipédia

 

A chaque élection, c’est le même constat : le taux d’abstention bat des records, les jeunes en première ligne. Lors des dernières élections européennes en 2014, 74% des 18-25 ans ne s’étaient pas rendus aux urnes. Selon un dernier sondage Ifop, près de 77% des jeunes électeurs prévoient de s’abstenir le 26 mai prochain. « Moins d’un jeune sur quatre prévoit d’aller voter. C’est une situation désolante mais pas surprenante », estime Hervé Moritz, président des Jeunes Européens-France, interrogé par France 24. « L’enquête explique notamment que cette abstention découle d’une méconnaissance de l’idée européenne et d’une défiance à l’égard de la capacité de l’Union européenne à répondre à leurs préoccupations et aux grands enjeux mondiaux. Ils estiment que leur participation européenne ne va pas changer la société. »

Pour mobiliser les jeunes, quelques dispositifs inédits ont été mis en place. L’objectif étant de dépoussiérer l’image vieillotte et austère de l’Union Européenne, et la rendre plus attractive. Principales plateformes ciblées par ce genre d’actions : les réseaux sociaux, et les applications smartphones.

 

  • La playlist « Get Vocal, Europe ! » de Spotify

Le 9 mai dernier, le géant du streaming musical Spotify a lancé sa playlist spéciale européennes. Intitulée « Get Vocal, Europe ! », elle regroupe 28 chansons, chacune interprétée par un chanteur membre des pays de l’Union européenne. La Belgique est donc représentée par Angèle avec Balance ton quoi, et les Pays-Bas, le récent gagnant de l’Eurovision, Duncan Laurence, avec Arcade. En France, c’est le tube Djadja de la chanteuse Aya Nakamura qui a été choisi. Petit plus informationnel : la description de la playlist redirige les utilisateurs vers le site officiel des élections européennes pour savoir, entre autres, comment et où voter.

Avec cette initiative, la plateforme suédoise espère inciter les jeunes à se rendre dans les bureaux de vote. « Nous croyons fermement que l’une des meilleures façons de faire entendre votre voix est de voter », a-t-elle expliqué dans la présentation de son projet. Au total, cette playlist inédite regroupe environ 61 600 abonnés. A savoir aussi que la moitié des 100 millions d’abonnés à Spotify Premium ont moins de 30 ans.

 

https://open.spotify.com/playlist/37i9dQZF1DXaCKdTrq9uHk

 

  • Les nouvelles fonctionnalités de Snapchat

L’application de messagerie a lancé jeudi 16 mai une série de fonctionnalités spéciales élections, fruit d’une collaboration avec le Parlement européen. Les Snapchatters disposent donc de filtres et autocollants conçus pour l’occasion. Le jour de l’élection, un message viendra même alerter les utilisateurs que le scrutin est en cours, avec un lien pour les aider à trouver plus d’informations. Aussi, la fonction « Explorer » de la Snap Map – une carte permettant d’identifier où se trouve les contacts de l’utilisateur en temps réel – affichera la localisation des bureaux de vote. Une fois le bulletin déposé dans l’urne, l’utilisateur pourra ensuite afficher la mention « a voté » sur son Bitmoji, un genre d’avatar électronique.

En réponse à cette nouvelle opération le réseau social a déclaré vouloir « aider les Snapchatters à faire des choix éclairés, à faire tomber les barrières pour qu’ils remplissent leurs devoirs civiques et fassent entendre leur voix ».

 

 

Ce n’est pas la première fois que Snapchat use de son réseau pour inciter les jeunes à aller voter. Lors de l’élection présidentielle de 2017, l’application avait réalisé des mini-interviews vidéos de quatre candidats – Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Marine Le Pen, et François Fillon, attirant plus de quatre millions d’utilisateurs.

Même chose aux États-Unis en novembre dernier pour les élections de mi-mandat. « La plateforme a permis à 1,4 million de personnes de trouver leur lieu de scrutin via un partenaire à but non lucratif, Get To The Polls », précise Snapchat dans un communiqué.

De part son rôle fédérateur auprès des jeunes, Snapchat semble vouloir de plus en plus s’investir dans le domaine politique.

 

  • Un « Tinder » électoral

L’association Vote&Vous, en partenariat avec l’OFAJ et Prodemos, a lancé jeudi 16 mai un quiz pour aider les électeurs à trouver leur vote. L’originalité de celui-ci se tient dans son nom : le « Tinder des élections européennes ». 30 questions y sont posées, sur des sujets divers et variés : écologie, immigration, exportation d’armes, PMA,  aides sociales, religion… Pour répondre, trois choix s’offrent à l’utilisateur : « d’accord », « indifférent », ou « pas d’accord ».  Une fois cette partie du test terminée, il doit ensuite choisir les sujets primordiaux à ses yeux, avant que l’algorithme ne compare les réponses données aux programmes des différents partis. Le quiz donne enfin à l’utilisateur les trois partis avec qui ça « matche », soit les trois se rapprochant le plus de son opinion politique.

En utilisant le nom « Tinder », l’association entend mobiliser les plus jeunes adeptes de cette application de rencontres. Le message et la problématique sont en tout cas les mêmes : choisissez bien avec qui vous voulez passer les prochaines années…

 

  • Hugo Décrypte, le jeune youtubeur spécialisé dans la politique française

A quelques jours du scrutin, une vidéo traduite en 16 langues cartonne en ce moment sur YouTube : « L’Union européenne est-elle vraiment démocratique ? ». A l’origine de ce projet : la chaîne YouTube « Kurzgesagt » – « en bref » en allemand – de la chaîne de télévision allemande Funk. Kurzgesagt s’affirme comme une chaîne de vulgarisation de l’actualité et de la politique.

Une belle opération qui a embarqué des youtubeurs de tous les pays d’Europe. En France c’est Hugo Décrypte qui s’y est collé, avec une vidéo qui cumule aujourd’hui près de 75.000 vues.

Le jeune youtubeur de 21 ans ne s’est pas arrêté à cette collaboration. Depuis quelques mois, Hugo Décrypte a sorti des vidéos décryptage de certains programmes pour les élections européennes – LREM et Rassemblement national notamment, ainsi qu’une vidéo live de près de 2h dans laquelle il reçoit la candidate de La France insoumise, Manon Aubry. Un autre live du même genre est programmé pour le mercredi 22 mai, à 18h30, avec Nathalie Loiseau, tête de liste LREM, en invitée principale. Toutes ces vidéos cumulent près de 500.000 vues.

 

  • Les dessins-animés de « Rock the Eurovote »

L’Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ) et l’association Européens sans frontières ont quant à eux misé sur une dizaine de dessins-animés de 30 secondes pour expliquer les enjeux de l’Europe aux jeunes, lancés en février dernier. A l’origine du projet : une dizaine de jeunes talents volontaires âgés de 18 à 30 ans, rassemblés autour d’un atelier d’écriture de courts-métrages en septembre dernier à Paris. Les 10 mini dessins-animés ont par la suite été posté sur YouTube, et projeté au studio Canal+ en février.

Les thèmes de ces réalisations sont encore une fois très variés : l’Erasmus, la protection des données, ou encore les questions écologiques. Des problématiques susceptibles de mobiliser l’opinion des jeunes Européens aux élections de samedi.

 

Alice Ancelin

Le Sidaction tourne-t-il le dos aux jeunes ?

Vingt-cinq ans après sa création, le Sidaction poursuit sa prévention et son appel aux dons via des campagnes publicitaires. Aujourd’hui, 31% des jeunes estiment avoir moins de risques que les autres d’être contaminés. Le Sidaction manque-t-il de visibilité auprès de ce public ?

 « N’oublions pas que le virus du SIDA est toujours là » : c’est le message du Sidaction, diffusé cette année dans le métro et les médias. Cette campagne peut sembler destinée aux jeunes. Ils sont nés lorsque la trithérapie, le traitement qui combat le VIH, est arrivée en France, et peuvent donc parfois avoir l’impression que le Sida n’est plus important. En réalité, cette campagne vise les adultes d’une cinquantaine d’années. Florence Thune, directrice générale du Sidaction, explique qu’ils  « ont vécu les débuts de la maladie et face à l’avancée de la recherche, ils oublient que le virus est toujours là ». En effet, une étude de Santé publique France dévoile que 20% des Français qui ont découvert leur séropositivité en 2016 avaient plus de 50 ans.

Léonie, Max, Salomé et Anouk sont en Première au Lycée Turgot, dans le 3ème arrondissement de Paris. Aucun d’eux n’a vu passer la campagne de prévention du Sidaction. S’ils ont entendu parler du Sidaction et du Sida, c’est grâce au film « 120 battements par minute », réalisé par Robin Campillo et primé au Festival de Cannes en 2017. Pour Salomé, les seuls moments où elle entend parler du Sida, c’est à la télévision ou dans les films. Elle admet : « C’est vrai qu’aujourd’hui, on peut vivre avec, donc c’est chiant oui, mais c’est moins grave ». C’est ce contre quoi le Sidaction se bat actuellement : l’invisibilisation de la maladie.

Les jeunes ne sont pas la cible…

Si les jeunes ne voient pas les campagnes du Sidaction, c’est aussi parce qu’ils ne s’informent pas de la même manière que leurs aînés. Ils sont beaucoup à délaisser la télévision pour les réseaux sociaux. Si le Sidaction a du mal à s’adapter, c’est aussi un choix de leur part. « Nous visons les quinquagénaires parce qu’ils sont susceptibles de faire des dons, mais on essaie quand même d’être plus présents sur les réseaux sociaux. On fait parfois appel à des youtubeurs pour faire passer des messages. Malgré tout, une vidéo génère des vues, mais pas des dons », explique Florence Thune. Les campagnes du Sidaction sont destinées à récolter des dons dans l’immédiat, plutôt qu’à faire de la prévention. Cette vision à court terme empêche donc de toucher les jeunes.

… Et pourtant, ils restent mal-informés

Un manque d’accès à l’information ressort d’un sondage mené par le Sidaction cette année. 23% des jeunes interrogés s’estiment mal informés sur le VIH, soit une augmentation de 12 points par rapport à 2009. Au lycée de Turgot, aucun ne se sentait capable d’expliquer clairement ce qu’est le sida. S’ils ont des cours sur la sexualité, ils les jugent « inutiles ». Léonie explique « cette année par exemple, on devait aller au planning familial, mais ça n’a jamais eu lieu, la personne qui devait nous accueillir était malade. » En effet, 73% des jeunes estiment que l’Education Nationale n’en fait pas suffisamment en matière d’information sur le VIH. Pourtant, c’est elle qui  demande aux enseignants de biologie de faire de la prévention du sida depuis 1988. Florence Thune en a conscience : « Si les professeurs donnaient réellement les trois heures d’éducation sexuelle, ça serait beaucoup plus simple. Mais ça n’est pas non plus évident de parler de sexualité avec son professeur. »

Que ce soit à l’école ou dans l’espace publique, les jeunes entendent moins parler du sida que dans les années 1990 et ont donc l’impression qu’il est moins présent. Léonie ne «  se sent pas concernée », « j’ai l’impression que c’est un mythe le sida, que c’est un truc qu’on n’attrapera jamais ». Max lui rétorque « ouais, jusqu’à ce que tu l’aies ». A 17 ans, Max avoue avoir déjà eu peur d’être contaminé, suite « à des rapports sexuels avec des corps pas très propres ».

Si l’usage du préservatif s’est banalisé, certain restent réticents. « Moi la capote, ça me casse les couilles » exprime Max, de façon catégorique. Salomé, elle, explique vouloir l’utiliser avec son copain, mais « ça le gêne, il me dit que  ça le saoule et qu’il ne sent rien. Du coup il l’enlève. Mais je vais bientôt prendre la pilule ». Un silence s’installe. « Ah oui, c’est vrai que ça ne protège pas. »

Camille Kauffmann