Le président iranien Massoud Pezeshkian a déclaré avoir rencontré le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei, absent de la scène publique depuis sa nomination en mars, au lendemain de la guerre qui a opposé l’Iran à Israël et aux États-Unis. Cette prise de parole intervient alors que le successeur d’Ali Khamenei continue d’alimenter interrogations et spéculations au sein du pays.
Dans une vidéo diffusée jeudi par la télévision d’État iranienne, Massoud Pezeshkian a évoqué une rencontre avec Mojtaba Khamenei, sans en préciser la date. « Ce qui m’a le plus marqué lors de cette rencontre, c’est la vision et l’approche humble et sincère du guide suprême de la Révolution islamique », a déclaré le président iranien. Depuis son accession à la tête de l’État religieux iranien, Mojtaba Khamenei n’a jamais été vu publiquement et ne s’est exprimé que par communiqués officiels.
Le fils d’Ali Khamenei a été désigné guide suprême le 9 mars par l’Assemblée des experts, quelques jours après la mort de son père dans des frappes israélo-américaines survenues au début de la guerre déclenchée le 28 février. Selon les autorités iraniennes, Mojtaba Khamenei avait lui-même été blessé lors de ces attaques. Âgé de 56 ans, il succède à Ali Khamenei, resté plus de trente ans à la tête de la République islamique après avoir pris la relève de l’ayatollah Rouhollah Khomeini en 1989.
Malgré l’omniprésence de son portrait dans les rues iraniennes, le nouveau guide suprême demeure absent de la vie publique, contrastant fortement avec la visibilité médiatique de son père. Cette discrétion nourrit les interrogations sur son état de santé, mais aussi sur sa stratégie politique dans un contexte régional toujours marqué par les tensions avec Israël et les États-Unis.
À six mois des élections de mi-mandat américaines, une décision de la Cour suprême, restreignant la portée du Voting Rights Act de 1965, relance la bataille du redécoupage électoral. Mais qu’est-ce que le gerrymandering, et pourquoi complique-t-il la démocratie américaine depuis deux siècles ?
La Cour suprême des États-Unis, 14 mars 2026. REUTERS/Will Dunham
Le 29 avril 2026, la Cour suprême des États-Unis, à majorité conservatrice, a rendu un arrêt retentissant dans l’affaire Louisiana v. Callais. Par six voix contre trois, elle a drastiquement restreint la portée du Voting Rights Act de 1965. Cette loi, adoptée dans le contexte du mouvement des droits civiques, vise à protéger le droit de vote des minorités. Désormais, aux États-Unis, un État peut tracer des cartes électorales favorisant ouvertement le Parti républicain ou le Parti démocrate, même si ces tracés affaiblissent le poids électoral des communautés afro-américaines ou hispaniques.
Dans les heures suivant l’arrêt, plusieurs gouverneurs républicains ont annoncé vouloir redessiner leurs cartes. La Louisiane a suspendu ses primaires de mai pour permettre un nouveau découpage. L’Alabama, la Caroline du Sud et le Tennessee pourraient également suivre. Pour les analystes du Cook Political Report, « nous avançons en terrain inconnu ». L’impact de l’arrêt reste difficile à mesurer : les recours vont se multiplier et les délais électoraux sont serrés. Mais, pour Thomas Ruckebusch, professeur d’histoire à l’Université de Lille et spécialiste des États-Unis, « [le gerrymandering] participe à un “chaos électoral” préoccupant ».
Les primaires des élections sénatoriales sont en cours dans plusieurs États, mais la décision de la Cour n’a pas d’effet direct sur celles-ci. En revanche, l’arrêt rebat les cartes à la Chambre des représentants. La politologue Mindy Romero résume l’ambiance : « c’est un échiquier en mouvement, à l’arrière d’un camion, sur une route de campagne cahoteuse ».
Une salamandre nommée Gerry
Le mot « gerrymandering » est vieux de plus de deux siècles. En 1812, le gouverneur du Massachusetts, Elbridge Gerry, promulgue une loi redessinant les circonscriptions sénatoriales de son État afin de concentrer les voix adverses dans quelques districts. Le contour de l’une des circonscriptions ressemblait à une salamandre : un journal satirique y vit la « salamandre de Gerry », donnant naissance au terme.
Deux cents ans plus tard, la pratique n’a pas disparu. Elle consiste toujours à redessiner les circonscriptions électorales de façon à avantager délibérément un parti. Deux techniques dominent : le cracking, qui répartit les électeurs adverses dans de nombreuses circonscriptions pour diluer leur poids, et le packing, qui les entasse dans quelques districts afin de concentrer leurs voix.
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2026 : la vague que personne n’avait prévue
Les élections de mi-mandat sont habituellement défavorables au parti du président. Depuis la fin des années 1850, sur les quarante-deux scrutins organisés, le camp présidentiel a perdu des sièges trente-huit fois. En 2026, la majorité républicaine à la Chambre est mince et, pour Donald Trump, dont la cote d’approbation plafonne à 39 % dans les sondages nationaux, les perspectives s’assombrissent.
« Le président est assez impopulaire, et c’est habituellement un indicateur assez fort de la performance du parti présidentiel lors des élections de mi-mandat », explique Thomas Ruckebusch.
La situation reste pourtant complexe pour les démocrates. Depuis son retour à la Maison-Blanche en 2025, Donald Trump a encouragé plusieurs États républicains à redessiner leurs cartes électorales. S’est ensuivie une offensive de gerrymandering sans précédent en dehors des années de recensement, afin de préserver la majorité républicaine au Congrès. La Californie et la Virginie, deux États majoritairement démocrates, ont riposté en engageant leurs propres redécoupages. La Floride a adopté en avril une carte proposée par le gouverneur Ron DeSantis, susceptible d’offrir jusqu’à quatre sièges supplémentaires aux républicains.
Cette ambivalence de l’électorat est au cœur de l’incertitude qui domine la campagne. « Les Américains sont mécontents de la situation générale et des deux partis. Pourtant, quelqu’un doit bien gagner », souligne Thomas Ruckebusch. Les sondages montrent un rejet de Donald Trump, mais pas d’enthousiasme marqué pour l’opposition démocrate. Certains électeurs, insatisfaits des démocrates, pourraient néanmoins se tourner vers eux faute d’alternative.
Depuis l’arrestation de 300 travailleurs sud-coréens sur le chantier d’une usine aux États-Unis, la tension monte entre Séoul et Washington. En Corée du Sud, l’affaire choque et fait douter de l’allié américain.
Que s’est-il passé ?
Ce mercredi, un vol charter a quitté Séoul pour les États-Unis afin de rapatrier les travailleurs sud-coréens arrêtés dans l’État de Géorgie le 4 septembre. 475 personnes, dont 300 citoyens sud-coréens avaient été arrêtées par la police de l’immigration américaine, sur le chantier d’une usine de batteries électriques Hyundai, dans la ville d’Ellabel.
Les ressortissants sud-coréens avaient été placés en détention, et Séoul avait envoyé du personnel diplomatique aux États-Unis dès le 5 septembre pour entamer des négociations.
Pourquoi cette arrestation ?
Selon les autorités américaines, les Sud-Coréens étaient en situation illégale sur le territoire américain. Au lendemain de l’arrestation, Steven Schrank, un agent du ministère américain de l’Intérieur, avait affirmé que ce raid était le résultat d’une « enquête pénale liée à des accusations de pratiques d’embauche illégales et à de graves infractions fédérales ».
Interrogé par la presse dans l’après-midi, Donald Trump a qualifié les travailleurs d’ « étrangers en situation d’illégalité » et a affirmé que la police de l’immigration « faisait simplement son travail ». Il s’agit, selon les autorités américaines, de l’opération la plus importante jamais réalisée sur un seul site dans le cadre de la campagne d’expulsions orchestrée par l’administration Trump.
De quelle usine s’agit-il ?
L’usine où l’arrestation a eu lieu est codétenue par les coréens Hyundai Motor et LG Energy Solution. Sa construction s’inscrit dans une politique d’investissements de la Corée du Sud aux États-Unis, car elle doit permettre d’y créer 8 500 emplois d’ici à 2031, dans la construction de véhicules électriques et hybrides.
Le 30 juillet, Séoul promettait d’investir 350 milliards de dollars aux États-Unis en échange d’une réduction des droits de douane, passés de 25 à 15%. En mars, Trump avait personnellement félicité Hyundai Motor pour ses promesses d’investissements, à hauteur de 21 milliards de dollars sur quatre ans.
Sous le mandat de Joe Biden, Samsung, Hyundai et LG avaient promis de débourser des dizaines de milliards pour construire des méga-usines aux Etats-Unis, notamment pour fabriquer des semi-conducteurs et des batteries. Ces secteurs nécessitant une main d’oeuvre qualifiée, Hyundai, LG et leurs sous-traitants ont fait venir leurs travailleurs pour terminer la construction de l’usine d’Ellabel.
Quelles sont les réactions en Corée du Sud ?
L’affaire préoccupe la classe politique. Le ministre des Affaires étrangères sud-coréen, Cho Hyun, s’est rendu lundi à Washington et a qualifié la détention des ressortissants sud-coréens de « situation grave ».
Le raid américain a également fait la une des médias en Corée du Sud. Le quotidien de gauche Hankyoreh s’interroge : «Est-ce ainsi que les Etats-Unis traitent un allié ?», tandis que le quotidien conservateur Chosun Ilbo évoque une « rupture de confiance ».
Enfin, une vingtaine de manifestants se sont rassemblés mardi devant l’ambassade américaine à Séoul, pour demander la libération des détenus et dénoncer la politique migratoire violente des États-Unis.
À quoi s’attendre pour la suite ?
Si l’avion de rapatriement a bien décollé mercredi matin, aucune heure de retour n’a été communiquée pour l’instant. Les autorités sud-coréennes ont averti que le vol de retour serait retardé « en raison de la situation du côté américain », sans donner plus de détail.
Le 10 septembre, un avion de la compagnie Korean Air a décollé depuis Séoul pour rapatrier les 300 travailleurs arrêtés aux États-Unis. Crédits : YONHAP / AFP.
Pour Séoul, un des enjeux de la négociation serait d’obtenir que les travailleurs quittent les États-Unis dans le cadre d’un départ volontaire plutôt que d’une expulsion. Un point que le ministre Cho Hyun devait aborder mercredi matin avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio.
De son côté, Donald Trump a publié lundi un message sur son réseau Truth Social pour rassurer les entreprises étrangères : «Vos investissements sont les bienvenus, et nous vous encourageons à faire venir LÉGALEMENT vos collaborateurs les plus brillants, dotés d’un grand talent technique, afin de créer des produits de classe mondiale.»
Coup dur pour Boeing, le géant de l’aviation américaine. Vendredi 13 septembre 2024, les salariés de la firme concurrente d’Airbus ont voté largement pour une grève à effet immédiat, dans une usine de Seattle aux États-Unis, berceau de l’entreprise depuis 1916. La raison? Un désaccord sur leur nouvelle convention collective qui n’avait pas été changé depuis 2008.
Le syndicat de machinistes de Boeing, situé à Seattle, a décidé de se mettre en grève, vendredi 13 septembre 2024. LUC OLINGA / AFP.
La situation ne semble pas s’améliorer pour l’avionneur américain Boeing. À Seattle, sur la côte ouest des États-Unis, le syndicat des machinistes a voté une grève à effet immédiat avec une écrasante majorité: 96 %. Cette décision n’est pas sans justifications et trouve ses racines dans les négociations salariales découlant d’une nouvelle convention de la direction. Cela faisait 16 ans que cette dite convention n’avait pas été changée, date à laquelle la dernière grève a eu lieu durant 57 jours.
Un grand syndicat
À l’origine de ce mouvement social, le syndicat des machinistes IAM-District 751 (Association Internationale des Machinistes), comptant environ 33.000 membres dans la région de Seattle: « Nous ferons grève à minuit (heure locale) », annonce le syndicat dans une publication sur leur compte X (Twitter).
Il y a quelques semaines, l’IAM réclamait une augmentation des salaires d’au moins 40 % sur l’espace de trois ans, ainsi que de meilleurs avantages, notamment sur les retraites. D’après Jon Holden, président du syndicat, les salaires « stagnent depuis des années, malgré une inflation massive ».
Sous la menace d’une grève depuis plusieurs mois, l’avionneur et le syndicat avaient pourtant trouvé un accord quant à cette nouvelle convention collective en début de semaine. IAM-District 751 réclamait 40 % de hausse des salaires, la direction avait décidé qu’elle serait de 25 %. Jon Holden s’était d’ailleurs félicité de ces négociations, « c’est le meilleur contrat que nous n’ayons jamais eu ».
Boeing dans la tourmente
Ces efforts n’ont pas convaincu les machinistes qui ont rejeté cette convention à une majorité écrasante de 94.6 %. Cette décision est un coup dur pour Boeing, la grève va entraîner la fermeture de deux grandes usines de la firme dans la région de Seattle. Contacté, le siège de Boeing France n’a pas souhaité en dire plus sur la suite des événements. Quelques heures après le vote des salariés, le groupe Boeing, au travers d’un communiqué, assure entendre les réclamations: « Le message a été clair (…). Nous restons déterminés à rétablir nos relations avec nos employés et le syndicat, et nous sommes prêts à retourner à la table des négociations pour parvenir à un nouvel accord. »
Bien « qu’engagés » dans la négociation, les jours à venir sont encore incertains pour le géant de l’aviation déjà dans la tourmente
Jon Holden, le président du syndicat des machinistes IAM-District 751, jeudi 12 septembre 2024. JASON REDMOND / AFP.
L’affaire des 737 MAX
En plus de la grève massive, l’affaire de son modèle phare, le 737 MAX, ne fini de faire parler de lui avec les différentes affaires, l’une des dernières en date, l’incident début janvier sur un 737 MAX d’Alaska Airlines qui avait perdu une porte en plein vol.
Autorisé à voler en 2017 par le régulateur américain de l’aviation, le 737 MAX devait faire la fierté de Boeing. Le premier accident sur ce modèle intervient l’année d’après, en 2018, avec le crash d’un Boeing de la compagnie Lion Air faisait 189 morts. La flotte des 737 MAX est par la suite clouée au sol pendant plusieurs mois dans le monde entier. Tous ces déboires ont précarisé la situation financière du constructeur, en concurrence directe avec Airbus, dont la réputation ne cesse de chuter.
Selon les analystes de TD Cowen, banque d’investissement américaine, une grève de 50 jours priverait Boeing de 3 à 3.5 milliards de dollars de liquidités et aurait un impact de 5.5 milliards sur le chiffre d’affaires. Dans les échanges électroniques avant l’ouverture de la Bourse de New York vendredi, le titre du constructeur chutait d’ailleurs de près de 4 %.