Législatives 2022 : quelle droite pour la 13 ème circonscription des Hauts-de-Seine ?

Du 12 au 19 juin 2022 auront lieu les élections législatives. Dans la 13ème circonscriptions des Hauts-de-Seine (Antony, Sceaux, Bourg-la-Reine, Châtenay-Malabry) le prochain scrutin porte surtout la question de l’identité et du poids de la droite dans la circonscription. Par Zino Tissier et Perla Msika.

« C’était un bon maire, il a permis de garder l’esprit village à Antony  » exprime Isabelle, 57 ans et antonienne depuis 24 ans, au sujet de Patrick Devedjian. Dans ce bastion de droite depuis 1988, c’est l’héritage de ce dernier (1944-2020) qui fait autorité. Maire d’Antony pendant près de 18 ans, il fut aussi député de la treizième circonscription des Hauts-de-Seine (92) de 1986 à 2017, d’abord sous l’étiquette du Rassemblement pour la République (RPR), puis sous les couleurs de l’Union du mouvement populaire (UMP), aujourd’hui Les Républicains ( LR )

En 2017, c’est l’une de ses héritières, Frédérique Dumas, qui récupère la 13ème circonscription des Hauts-de-Seine, mais sous l’étiquette de la majorité La République en Marche – aujourd’hui Ensemble. Un revirement pour la circonscription alors que la député sortante, ancienne des Républicains, a été adjointe au maire sous Devedjian.

Aujourd’hui sous le drapeau Libertés et territoires (LT), Frédérique Dumas fait pourtant, le choix de ne pas se représenter. Une décision, somme toute logique, pour Numa Isnard, candidat LR dans la circonscription : « Le but n’est pas de faire son procès, loin de là. Mais le fait qu’elle ne se représente pas montre bien, d’ailleurs, que c’est pas une fonction qui l’intéressait. Elle n’a pas montré d’intérêt très fort pour le terrain.» Plus qu’une question de compétences, la présente élection doit, non seulement couronner l’hériter de la droite, mais aussi définir l’identité de celle-ci dans la circonscription.

Une droite militante et en quête de renouvellement

Avec comme porte étendard, Numa Isnard, le parti Les Républicains souhaite de nouveau prendre la tête de cette 13ème circonscription. Au cœur de sa stratégie de campagne, la revendication d’une identité militante mêlée à la proximité d’un candidat issu de la société civile : « La politique ce n’est pas mon métier. Je suis avocat, mais également conseiller municipal à la mairie de Sceaux. Et à côté de cela il y a un engagement militant fort, je suis délégué jeune républicain pour la 13ème circonscription des Hauts-de-Seine, je travaille avec Véronique Bergerol qui est d’ailleurs ma suppléante. Ma candidature est dans cette logique là, c’est une candidature militante. »

https://twitter.com/numaisnard/status/1523634049696550912?cxt=HHwWgMDSvY_GhKUqAAAA

Au-delà du militantisme, le candidat LR doit faire face à une rupture de la droite dans cette circonscription. Numa Isnard devra notamment affronter le maire de Sceaux, Philippe Laurent (UDI). Un adversaire qu’il ne semble pas craindre : « Le candidat centriste – car je ne vois pas beaucoup la mention UDI sur ses tracts –  a commencé sa campagne avec la notion de  » majorité utile. »  Il a fait le choix de se rallier à des forces en présence et de la jouer stratégique. Je pense que c’est une façon de faire de la politique que les gens rejettent », faisant référence à la majorité présidentielle portée par Maud Bregeon (Ensemble.) 

Avec Maud Bregeon et Philippe Laurent, Numa Isnard est l’un des trois candidats qui peut potentiellement incarner l’héritage de droite républicaine au sein de la circonscription.  Mais le candidat de 35 ans, a conscience que l’histoire ne fait pas tout : « On ne peut pas arriver avec un héritage gaulliste et arriver en disant « nous sommes les seuls candidats légitimes«  ça serait effectivement un peu osé. Ça ne vaudrait pas grand-chose. La tradition gaulliste de la circonscription est un fait, mais on ne peut pas bâtir une reconquête de celle-ci simplement sur cela. » Surtout après l’échec des Républicains aux dernières élections présidentielles.

À Antony, plus grande ville de la circonscription, plusieurs habitants voient d’ailleurs les législatives comme le strict prolongement de leur vote à la présidentielle. «  Pour moi qui me sens  bien à Antony, les législatives incarnent plutôt le prolongement locale de l’élection présidentielle et nationale » confie Valérie Richard, 50 ans. Une position qui ne présage rien de bon pour LR, où la candidate Valérie Pécresse avait obtenu 8,55 % des voix contre 37,29 % pour Emmanuel Macron.

Maintenir la majorité dans la 13ème circonscription

Si Frédérique Dumas ne se représente pas, ses multiples aller-retours entre le parti de la majorité et ceux de la droite historique, font de la nouvelle candidate d’Ensemble, Maud Brégeon, la possible repreneuse, d’un héritage politique local aujourd’hui troublé. Le premier tour des législatives devrait, en effet, servir de curseur à l’identité politique de la circonscription. Pour plusieurs habitants, l’élection de Frédérique Dumas a témoigné d’une position politique moins ancrée à droite. C’est ce que juge  Janine, 72 ans et habitante d’Antony depuis près de 50 ans : « J’ai l’impression qu’on s’approche surtout du parti de la majorité. Ce n’est plus le fief de la droite républicaine d’autrefois » estime celle qui a voté « écolo » aux législatives de 2017.

Maud Brégeon, ingénieure dans le nucléaire et marcheuse de la première heure, s’est engagée depuis longtemps aux cotés du président Emmanuel Macron, elle a fait plusieurs apparitions lors des dernières élections notamment sur les listes des élections sénatoriales de 2017, mais également aux municipales face à Patrick Balkany à Levallois-Perret (92). Elle est, depuis les dernières présidentielles, porte parole de Renaissance, nouveau nom de la majorité. Un parti qui couve la candidate, avec de multiples soutiens  tels que ceux des ministres Bruno Le Maire, Gérald Darmanin ou encore Eric Dupont-Moretti. Quitte ou double, ces soutiens peuvent desservir Maud Bregeon, qui pour se faire une place dans l’identité politique de la circonscription, doit choisir qui sont ses principaux adversaires : la droite historique ou l’union de la gauche incarnée par la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale (NUPES).

https://twitter.com/MaudBregeon/status/1522941167138136070?cxt=HHwWjICzkYa7yaIqAAAA

La gauche en position d’« outsider » autour de la NUPES

Portée par un projet de cohabitation, la NUPES compte, quant à elle, sur sa position « d’outsider » pour équilibrer la balance politique. Représentée dans la 13ème circonscription par Brice Gaillard, elle souhaite mettre en avant l’unité de la gauche. Issu du Parti socialiste (PS), il porte son projet fondé sur trois enjeux ; « l’urgence démocratique autour de la question de la VIème République et du renforcement des pouvoirs du Parlement, le vent social avec l’augmentation des salaires et la fixation des prix des produits de première nécessité et des logements et enfin l’urgence environnementale avec l’interdiction des pesticides » explique-t-il. Brice Gaillard compte sur le succès du parti La France Insoumise aux dernières présidentielles (21,95%) pour présager de la victoire dans la circonscription.

Si la forte présence de la droite peut déstabiliser cette alliance de la gauche, Brice Gaillard a d’ailleurs rappelé que  « le bloc de gauche réalise toujours de bons score lors des élections » faisant référence aux élections départementales à Bourg-la-Reine (55,83 % pour le binôme Union à gauche). Il suppose que « la balance peut pencher », car « beaucoup de gens viennent de quartiers populaires et sont en souffrance ». En 2019, seul 9,1 % de la population de la circonscription a un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté – contre 14,5 % en France métropolitaine ( source INSEE ) Pas sûr que la candidat de la NUPES trouve donc les voix sensibles à son programme.

 

 

Hauts-de-Seine : La gauche veut reprendre la 11e circonscription

L’ensemble des communes qui réunit Montrouge, Malakoff et Bagneux (Hauts-de-Seine) voyait la gauche remporter les élections législatives depuis 1988. En 2017, et pour la première fois, c’est La République En Marche qui l’a emporté. Cinq ans plus tard, EELV, PCF, PS et LFI présentent une candidature commune pour tenter de renverser la situation.

Onze jours avant le premier tour des élections législatives, en ce matin de juin, Aurélien Saintoul se trouve à l’entrée du métro « Mairie de Montrouge » avec quelques autres militants pour distribuer des tracts. Sur ces derniers, on y retrouve en première page un photo montage de lui, aux côtés de Jean-Luc Mélenchon. Investi par la NUPES, Aurélien Saintoul est en concurrence avec neuf autres candidatures pour prendre la tête de la 11e circonscription des Hauts-de-Seine. Dans ce bastion historiquement ancré à gauche, l’homme figure parmi les favoris. Pourtant, en 2017, c’est Laurianne Rossi de La République en Marche qui avait remporté la 11e circonscription, un changement radical, que le candidat de la Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale (NUPES) a bien l’intention de faire oublier : « il y a une parenthèse à fermer » déclare-t-il à propos de la députée sortante.

Aurélien Saintoul a choisi des points stratégiques pour tracter. Ici, à l’entrée de la station de métro Mairie de Montrouge, sur la ligne 4.

 

Une circonscription historiquement de gauche

Agrégé de lettres classiques, Aurélien Saintoul s’est engagé auprès de Jean-Luc Mélenchon en 2009. Militant La France Insoumise depuis la première heure, il a d’abord été professeur de lettres avant de devenir assistant parlementaire et membre de l’opposition à la mairie de Montrouge. Selon lui, la victoire est possible. « En 2017, les gens pouvaient avoir des illusions quant à Emmanuel Macron, estime Aurélien Saintoul. Aujourd’hui, ils ont compris que ça n’avait pas marché. » En 2017, sept à neuf candidatures pouvaient être identifiées comme des candidatures de gauche ou écologistes. Aujourd’hui, seules 5 candidatures peuvent être perçues comme telles, notamment grâce au rassemblement de certains partis sous l’étiquette de la NUPES, ce qui augmente les chances d’Aurélien Saintoul d’accéder à l’Assemblée nationale.


L’ancrage à gauche de la circonscription encourage également le candidat. Depuis le redécoupage géographique de la circonscription en 1986 et jusqu’en 2017, tous les députés ont été des candidats du Parti Communiste Français (PCF) ou du Parti Socialiste (PS). Cela s’explique notamment par l’attachement à gauche présent dans deux des trois villes composant la circonscription, à savoir Bagneux et Malakoff. Dans ces deux villes, toutes les élections municipales de l’après-guerre ont été remportées par le Parti Communiste Français. A Montrouge, la mairie est investie par l’UDI (anciennement CNIP et UDF) depuis 1958. Mais cela ne semblait pas faire basculer les résultats des élections législatives jusqu’en 2017. « Ce sont trois villes très différentes, explique Aurélien Saintoul. Elles n’ont pas toutes les mêmes préoccupations mais il y a des sujets qui peuvent les réunir comme l’urgence écologique. » À titre d’exemple, selon l’INSEE, le revenu moyen des habitants de Bagneux en 2019 était de 2456€ par personne, contre 3431€ pour les habitants de Montrouge. Pour le candidat de la NUPES, ces villes ne sont pas irréconciliables. « Même les personnes qui vivent dans des situations plus confortables peuvent penser à ceux moins favorisés, pour l’intérêt général » argumente l’agrégé de lettres classiques. Lors du premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron était arrivé en tête à Montrouge avec 35,2% des voix, mais suivi par Jean-Luc Mélenchon avec 28,4% et Yannick Jadot avec 8,3%. Tout semble donc encore pouvoir se jouer pour le candidat de la NUPES dans la ville la plus incertaine des trois que comporte la circonscription.

En distribuant les tracts devant la bouche de métro, Aurélien Saintoul lance à la volée « Votez pour les législatives ! » sans mentionner son parti ou sa propre personne. « C’est assez délicat de dire aux gens « votez pour moi » directement, avoue le candidat. Mais c’est aussi parce qu’il y a un deuxième combat dans cette élection, c’est la lutte contre l’abstention. » Ces dernières années, l’abstention n’a fait qu’augmenter dans cette circonscription pour les élections législatives. En 2002, elle s’elevait à 35% au premier tour. Ce chiffre n’a cessé d’augmenter depuis, pour arriver à 47% en 2017. « Pour former une majorité, il faut convaincre les gens » estime Aurélien Saintoul. Parmi les habitants de Montrouge, Sabrina, par exemple, ne compte pas voter le week-end prochain. « J’ai voté pour Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle mais je ne vais pas voter aux législatives, je ne vote jamais pour ces élections » explique la commerçante de 40 ans.

« On est raisonnablement confiants »

Du côté de la député sortante, Laurianne Rossi, la bataille semble loin d’être perdue d’avance. Questeure à l’Assemblée Nationale et bien placée au sein de LREM, de nombreux habitants pensent accorder une nouvelle fois leur confiance à la candidate de la majorité. « Je trouve qu’elle a été une bonne députée, qu’elle a apporté quelque chose, qu’elle a participé activement à l’Assemblée nationale confie Sylvie, 59 ans. Je ne me vois pas du tout voter pour un autre candidat et notamment celui de La France Insoumise. »

D’autres candidats, eux, souhaitent surtout porter une voix dissidente dans ces élections. C’est le cas de Dominique Broussaudier, candidate du Parti animaliste. « Honnêtement, je sais qu’il y a très peu de chance que je sois élue, a-t-elle déclaré. J’ai quand même décidé de m’investir dans cette élection pour contester l’oubli de la cause animale en politique. Et puis il faut bien que ce parti commence quelque part même s’il ne gagne pas de suite. » Selon elle, sa candidature est nécessaire faute de quoi les autres candidats ne se sentiraient pas obligés de mettre dans leur programme des mesures à propos de la cause animale.Malgré la dizaine de candidatures enregistrées dans la 11e circonscription, le candidat de la NUPES se voit déjà reprendre le bastion. « On est raisonnablement confiants confie Aurélien Saintoul. On est devant dans certains sondages. On sait que rien n’est gagné d’avance mais on peut espérer. Quand je tracte, j’ai l’impression que les gens sont réceptifs, c’est agréable. » Plus tard dans la journée, dans le centre-ville de Montrouge toujours, les habitants peuvent croiser Jules, 23 ans, et Pascal, 34 ans, en train de coller des affiches à l’effigie d’Aurélien Saintoul. Pour Jules, militant de Génération.s à l’origine, c’était évident de s’investir pour la NUPES. « Cela faisait plusieurs années que je ne m’étais pas investi en politique mais la NUPES m’a redonné envie, explique l’étudiant. En plus, on est un bon groupe à Montrouge, il y a toujours quelqu’un pour faire quelque chose. » Si les militants cherchent encore à convaincre les habitants de la 11e circonscription, certains d’entre-eux sont, au contraire, déjà derrière Aurélien Saintoul. C’est le cas de Maria, 57 ans. « J’ai toujours voté à gauche, assure-t-elle. Pour la présidentielle, j’ai regretté que les candidats ne s’unissent pas. Je ne souscrit pas à toute la politique de la NUPES, notamment sur le plan international mais en plus de ça, je trouve que Monsieur Saintoul est super, j’avais voté pour lui aux dernières municipales. » Reste à voir dans un peu plus d’une semaine, si les actions du candidat lui auront permis de reprendre ce bastion historique de la gauche dans les Hauts-de-Seine.

Pascal, au premier plan, et Jules, militants NUPES se mobilisent à Montrouge.

Marine Allain et Dylan Berrached

Législatives 2022 : au marché de Rueil-Malmaison, des électeurs méfiants

A l’approche des élections législatives, les candidats de la 7ème circonscription des Hauts de Seine (Rueil-Malmaison, Saint Cloud et Garches) se sont retrouvés au marché de Rueil-Malmaison ce mardi 31 mai. L’occasion de convaincre des habitants pas toujours réceptifs.

Mardi 31 mai. Le soleil surplombe la place Jean Jaurès, il est 10h30. Les habitants de Rueil-Malmaison se sont donnés rendez-vous comme chaque semaine en ce jour de marché. Cette fois, de nouvelles personnes sont présentes. Tracts sous le bras et gilet vert foncé sur les épaules, Christophe Mandereau aborde les passants avec un large sourire. Déclaré comme candidat libre, l’homme d’une cinquantaine d’année est écologiste mais n’est affilié à aucun parti. Natif de Rueil-Malmaison, il souhaite mettre en avant son ancrage territorial : “Ce n’est pas en parachutant quelqu’un sur place qu’on fait de la politique. Ça fait des mois que je prépare cette candidature. Avec ou sans étiquette j’avais la détermination d’y aller”. Arrivé sur la place en vélo, Christophe Mandereau tracte aux côtés de sa fille lycéenne : En étant libre de parti, c’est clair qu’il y a moins de moyens humains et financiers”. David contre Goliath. 

Car ici, nombreux sont les adversaires de taille. La 7ème circonscription des Hauts-de-Seine peut compter sur des habitants relativement aisés qui votent traditionnellement à droite. En 2017, c’est le candidat LREM, Jacques Marilossian qui l’a emporté avec 57,81% des voix face à Eric Berdoatti des Républicains. Pierre Cazeneuve, candidat LREM, espère le même résultat. Pour ce conseiller municipal de la ville de Saint-Cloud et adjoint au Chef de Cabinet d’Emmanuel Macron, l’enjeu est simple : Il faut donner au président de la République une majorité solide pour qu’il puisse continuer de transformer le pays.” C’est aussi ce que souhaite sa sœur, Marguerite Cazeneuve, une ancienne conseillère de Jean Castex qui a également travaillé pour le cabinet McKinsey. Le père de famille, Jean René Cazeneuve, est aussi engagé pour LREM dans le Gers où il est candidat à sa réélection. La politique chez les Cazeneuve est en effet une affaire de famille.

Que ce soit à Garches, Saint-Cloud ou Rueil-Malmaison, Emmanuel Macron est arrivé en tête du premier et second tour à l’élection présidentielle mais la partie n’est pourtant pas jouée d’avance. L’adversaire principal de Pierre Cazeneuve c’est bien lui : Xabi Elizagoyen. Pour l’encarté LR, la considération locale peut faire la différence : Les gens je les connais et ils me connaissent aussi. J’ai toujours privilégié la proximité et l’écoute. Je suis convaincu que les Rueillois, les Garchois et les clodoaldiens ne voteront pas de la même manière qu’en 2017. En 2017 il y avait l’effet nouveauté”. Le candidat est soutenu par les trois maires de la circonscription : “Ils me soutiennent parce qu’ils me connaissent et qu’ils savent que je vais faire avancer les dossiers”. L’entrain du candidat LR a toutefois du mal a s’exporter.

Des habitants peu enthousiastes

A quelques mètres de l’entrée du marché, les commerçants ne semblent pas partager cet enthousiasme. Un boucher de 31 ans raconte les problématiques du marché : “Ici on a un gros problème pour la remballe. Avant on pouvait descendre sur le boulevard Marechal Foch, ca fluidifiait le flux de véhicules. Aujourd’hui, on ne peut plus. On est obligé de sortir par la rue de la réunion. Quand il fait chaud, on a besoin de mettre les matières premières fraîches dans des camions réfrigérés tout de suite. On a beau leur expliquer ils n’en ont rien à secouer”. La semaine dernière, TF1 a réalisé un reportage sur le plus beau marché de France. Ce boucher était sur place comme beaucoup de politiciens et en garde un goût amer : « C’était beau, il y avait des ballons et tout. Mais une fois qu’ils sont partis il n’y avait plus rien”. Un peu plus loin, un couple de vendeurs de vêtements s’indigne : “Nous sommes très déçus de tout. Ils nous emmerdent plus qu’autre chose car ils récupèrent des gens qui se retrouvent devant les stands”. Voter aux élections législatives parait abstrait pour beaucoup. Certains se rendront toutefois aux urnes sans grandes convictions : “J’irai voter par obligation citoyenne” souffle une gérante d’un stand de fromage. 

Du côté des clients, même son de cloche. Assis, un café à la main, Christian, 39 ans, est catégorique : “Il faut se démerder soi-même. Je crois en moi, pas à la politique”. Certains comptent bien voter aux prochaines élections. Hélène, une Rueilloise quinquagénaire, a donné sa voix à Anne Hidalgo lors de la présidentielle et souhaite voter aux législatives “pour faire opposition à Emmanuel Macron”. 

La parti qui souhaite justement faire face au président nouvellement élu est bien la NUPES. Dans la 7ème circonscription des Hauts-de-Seine, c’est le candidat Sandro Rato qui la représente. Pour cet étudiant à la faculté de Nanterre, atteindre le second tour sera une tâche ardue tant le territoire est ancré à droite, d’autant plus que le candidat n’est pas implanté dans le territoire : “Je ne viens pas de cette circonscription mais étant donné que c’est une élection nationale, elles [les circonscriptions] ont été réparties entre les différents candidats des différents partis. Je ne suis tout de même pas étranger à ce département. Je ne suis pas habitant mais je suis engagé et ça ne doit pas m’attirer de critiques de parachutage”, se défend-il. Cela n’est pas du goût de David qui hésite à voter NUPES aux élections législatives. Il avait été a été déçu par la gauche lors de l’élection présidentielle : “Attendre qu’ils aient perdu pour s’unir aux législatives… Il fallait le faire avant…La politique, c’est toujours pareil de toute façon”.

A quelques jours des élections, l’abstention sur déterminante.

Yoanna Shirel Herrera Santos et Antoine Gallenne

 

 

À Nanterre et Suresnes, la lutte de la Nupes pour convaincre les électeurs

Lors des précédentes élections législatives en 2017, la gauche a perdu pour la première fois depuis 2002. Cette année, Sabrina Sebaihi, candidate de la Nupes, et ses équipes de campagne redoublent d’effort pour convaincre et refaire basculer Nanterre et Suresnes de leur côté.

À Suresnes ce mercredi 1er juin, quelques affiches de campagne sont déjà présentes sur les panneaux d’affichage électoraux près de la mairie. Celles de “la candidate d’Emmanuel Macron”, Isabelle Florennes, députée sortante ; de Florence Muller, candidate du parti Reconquête d’Éric Zemmour ; mais aussi de Sabrina Sebaihi, choisie pour représenter la Nupes (Nouvelle union populaire, écologique et sociale) aux élections législatives. Dans la ville voisine, Nanterre, la situation est bien différente. Les affiches de la candidate de la Nupes sont les plus nombreuses, et rares sont les autres candidats à apparaître sur les murs ou les panneaux d’affichage aux alentours du centre-ville.

Pendant quinze ans, la 4e circonscription a été un bastion de la gauche : jusqu’en 2017, c’est Jacqueline Fraysse, figure emblématique du Parti communiste français, qui représentait les villes de Nanterre et Suresnes à l’Assemblée nationale. Mais en 2017, c’est Isabelle Florennes, la candidate du MoDem soutenue par La République en Marche d’Emmanuel Macron, qui est élue députée. Un coup dur pour la gauche qui, pour ces nouvelles élections législatives, espère reprendre la circonscription en main. 

C’est dans cette optique que la candidate de la Nupes multiplie les actions. Porte-à-porte, distribution de tracts, réunions publiques : “On est mobilisé tous les jours, explique Béchir Saket, membre de la direction de campagne de Sabrina Sebaihi. D’habitude, ce rythme est atteint trois jours avant le premier tour.”

La Nupes rassemble les principaux partis à gauche de l’échiquier politique français, tels qu’Europe-Écologie-Les-Verts (EELV), la France insoumise ou le Parti socialiste. Pourtant, dans la 4e circonscription, sept candidatures étiquetées à gauche viennent s’ajouter à celle de Sabrina Sebaihi. “Ce sont des candidatures qui participent à la division de la gauche, regrette Béchir Saket. Ça nous inquiète, mais on accepte.” 

On espère qu’elles seront suffisantes pour faire valoir les idées de gauche mais pas assez pour diviser la gauche.” – Béchir Saket

Le matin du 31 mai, Marcel, retraité nanterrien, est venu faire son marché place du Maréchal Foch. Équipé d’un chapeau blanc et de sa canne, il se dirige vers les étalages de fruits et légumes, en plein soleil. Installé à Nanterre depuis les années 1970, il n’est pas étonné de voir autant de candidatures à gauche. “Nanterre est une ville de gauche, le maire a longtemps été communiste,” explique-t-il. Selon lui, la division risque de faire perdre la gauche aux législatives. C’est ce qu’espère d’ailleurs la députée sortante Isabelle Florennes. À la question “la division de la gauche peut-elle vous faire gagner ?”, la réponse est claire et assurée : “Oui. D’autant plus que j’ai la chance de réunir Les Républicains et Renaissance.”

Alexis Martin, directeur de campagne de Sabrina Sebaihi, est cependant plutôt confiant quant au passage de sa candidate au 2nd tour. Il voit en ces multiples candidatures “un réservoir de voix”. Valéry Barny, candidat du “parti underground” Citoyen Responsable, classé à gauche, rejette fermement cette idée : “Les gens ont la liberté de penser et d’agir. Je ne suis personne pour leur dire quoi faire.” Pour lui, pas question de soutenir la Nupes : “Ce n’est pas un bon message pour les Français, estime-t-il. On regroupe des personnes qui hier se sont affrontées !”

Faire baisser le taux d’abstention de Nanterre

Mais si la candidate de la Nupes et ses équipes ne s’inquiètent que peu de la concurrence à gauche, c’est parce que la véritable menace est l’abstention. “Nanterre a tendance à moins voter que Suresnes,” constate Alexis Martin. Il ajoute que ce sont surtout les habitants des quartiers populaires qui se déplacent le moins lors des élections législatives. Un vrai problème pour Sabrina Sebaihi car ce sont ces habitants qui, lors des grandes échéances telles que l’élection présidentielle, votent le plus à gauche. Face à une ville comme Suresnes, très ancrée à droite, les militants tentent de mobiliser les électeurs nanterriens. “Moins les gens voteront, plus ce seront les habitants de Suresnes qui donneront le la, explique Béchir Saket. Le jour des résultats, on saura si on a gagné ou non dès qu’on verra l’estimation du taux d’abstention.”

Pour tenter de pallier cette faible participation, la candidate de la Nupes mène “une campagne de proximité”. En fin de journée, le 31 mai, elle allait à la rencontre des habitants de Suresnes en faisant du porte-à-porte, pendant qu’une partie de son équipe faisait de même dans le quartier du Chemin de l’Île  à Nanterre. Le rendez-vous est fixé devant l’école Émile Zola. À peine arrivée, Christine, retraitée de 71 ans, commence à distribuer des tracts à quelques passants. Elle sera rejointe par Perrine, Alexis et Nicolas. Un groupe à l’image de la nouvelle coalition de gauche : Nicolas et Christine sont de l’Union populaire tandis que Christine et Alexis sont d’EELV. « Une cohabitation qui se passe à merveille », lâchent Nicolas et Perrine, en plaisantant. Cela fait près de quinze jours qu’ils arpentent les marchés, se postent devant les écoles et les gares de la circonscription pour faire connaître leur candidate, mais surtout convaincre les habitants d’aller voter, en particulier dans les quartiers populaires.

Le porte-à-porte est un moyen efficace, qui a fait ses preuves, notamment pendant l’élection présidentielle, s’accordent à dire le quatuor. Jean-Luc Mélenchon avait récolté 32,97% des voix. Durant 1 h 30, le groupe part à la rencontre des habitants des bâtiments Ouessant et Quiberon. Si certaines portes restent fermées, d’autres s’ouvrent et donnent lieu à des discussions encourageantes. À l’image de cet habitant qui a appris grâce au passage des militants qu’il y avait des élections les 12 et 19 juin, et qui compte aller voter. Une mini victoire pour les militants qui, au cours des porte–à-porte, essayent de convaincre les plus déçus de la politique et de faire de la pédagogie en rappelant sans cesse les dates des scrutins et l’importance des élections législatives. “Plus on aura de députés à gauche, plus on aura de chance de faire élire Jean-Luc Mélenchon Premier ministre”, explique Alexis aux habitants.

Convaincre les habitants des quartiers populaires, et en particulier les plus jeunes. À 18h30 ce mardi 31 mai, Kenzy Gauthiérot-Pancarte attend quatre personnes au quartier général de la campagne de Sabrina Sebaihi, pour la “réunion jeunes” qu’il a organisée. “La semaine dernière on était une dizaine, mais aujourd’hui les étudiants ont fini leurs partiels et sont partis en vacances”, regrette-t-il. Il a malgré tout prévu des jus de fruits, du café et quelques gâteaux pour accompagner les discussions. Dans le petit local, où quelques chaises côtoient une pile de prospectus de campagne, ils seront en effet quatre à venir. Malo, étudiant en deuxième année de licence de droit et militant d’EELV. Pierre, qui travaille depuis un an dans le domaine de l’intelligence artificielle et est venu à cette réunion par curiosité. Et enfin Loïc et Adrien, lycéens d’à peine 18 ans, venus après avoir rencontré Kenzy Gauthiérot-Pancarte quelques semaines plus tôt.

Eux n’y connaissent rien en politique : “ça ne me rapporte pas d’argent et on ne m’en a jamais parlé, donc je ne m’y suis jamais intéressé”, reconnaît Loïc. Pendant près d’une heure pourtant, il a tenté de comprendre ce qu’est la Nupes, mais aussi le fonctionnement général de la vie politique ou la différence entre chaque parti politique. À plusieurs reprises, Kenzy Gauthiérot-Pancarte a tenté de faire comprendre aux deux lycéens qu’eux aussi ont un rôle à jouer dans le monde politique. “On a besoin de vous, martèle-t-il. Ce ne sont pas les plus vieux qui doivent dicter les choses, vous êtes ceux qui subiront le plus les décisions politiques.

À 20h30, alors que le local s’assombrit au fur et à mesure que la nuit tombe, Adrien, bien moins bavard que son camarade, se libère : “C’est agréable de discuter avec vous, on se découvre nous-aussi.” Loïc et lui sont prêts à revenir la semaine suivante. Pour en apprendre plus sur la politique, mais surtout pour profiter des pizzas proposées par Kenzy Gauthiérot-Pancarte et en apprendre plus sur la marche à suivre pour devenir député et profiter du salaire assorti à la fonction. L’organisateur de la soirée est heureux de les avoir vu ce soir, et surtout de savoir qu’ils reviendront. “Même si ce n’est pas pour les bonnes raisons”, reconnaît-il.

Keisha Mougani et Laura Merceron