L’UE classe les Gardiens de la révolution comme organisation terroriste

L’Union européenne a inscrit les Gardiens de la révolution iraniens sur sa liste des organisations terroristes, suite à la répression meurtrière des manifestations depuis le début du mois janvier. Cette mesure s’accompagne de sanctions, mais suscite aussi la crainte de tensions diplomatiques avec Téhéran.

 

L’Europe a tranché. Les Gardiens de la révolution iraniens sont désormais considérés comme une organisation terroriste, au même titre qu’Al-Qaïda, le Hamas ou encore Daech. Les vingt-sept ministres des Affaires étrangères européens ont pris cette décision lors du Conseil de l’UE du jeudi 29 janvier.

« La répression ne peut pas rester sans réponse. (…) Tout régime qui tue des milliers de ses propres citoyens œuvre à sa propre perte », a écrit sur X la chef de la diplomatie européenne Kaja Kallas, à l’issue du Conseil. Depuis un mois, la répression des manifestations en Iran a fait 6 221 morts, selon les dernières données de la Human Rights Activists News Agency. 17 091 décès sont encore à confirmer, selon cette même source.

Quelles conséquences ?

Inscrit sur cette liste, le régime iranien sera l’objet de mesures concernant « le gel des fonds et des avoirs financiers » et « la coopération policière et judiciaire en matière pénale », comme le précise le site du Conseil. Des sanctions ont aussi été adoptées envers plusieurs hauts responsables iraniens, dont le ministre de l’Intérieur, le procureur général de l’Iran et le chef de la police. « Ces 21 individus et entités ont interdiction d’accès au territoire européen, et leurs actifs sont gelés », a précisé Jean-Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères français, sur X.

La réponse du régime iranien ne s’est pas fait attendre. Selon le chef de la diplomatie iranienne, Seyed Abbas Araghtchi, l’Europe « attise les tensions ». « Elle commet aujourd’hui une autre grave erreur stratégique en qualifiant nos forces armées nationales d’« organisation terroriste », a-t-il écrit sur X.

Pour Bernard Hourcade, spécialiste de l’Iran et chercheur émérite au CNRS, la décision de l’Europe relève du symbole et pourrait même être contre-productive : « Il s’agit d’un aveu d’impuissance et d’une faute politique : cette mesure ne fera que renforcer l’esprit de corps des Gardiens de la République. »

Risques diplomatiques

Si cette mesure était depuis longtemps soutenue par l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède, d’autres pays comme la France, l’Italie, l’Espagne et la Grèce n’y étaient pas favorables. Ces États craignaient notamment une rupture de la communication avec l’Iran sur son programme nucléaire, et des représailles contre les citoyens européens emprisonnés ou retenus en Iran.

Une crainte évoquée par Jean-Noël Barrot ce matin : « Notre priorité dans ce contexte, avec le risque toujours présent d’une escalade régionale, c’est la sécurité de nos ressortissants, et aussi de deux otages français qui sont en sécurité à l’ambassade de France mais dont nous exigerons la libération définitive et immédiate ». Il faisait alors référence à Cécile Kohler et Jacques Paris, arrêtés en Iran en mai 2022. « Cette décision ne va pas faciliter les choses pour nos deux compatriotes retenus en Iran, ni pour les Iraniens, qui risquent de subir une réaction du régime », estime Bernard Hourcade.

Avec cette mesure, l’Union européenne rejoint les États-Unis et l’Australie, qui considèrent les Gardiens de la révolution comme une organisation terroriste depuis 2019, et le Canada, qui a pris la même décision en 2024.

 

Anna Esnault-Carcuac