La patronne d’EELV au gouvernement, l’estocade finale?

Trois écologistes font désormais partie du gouvernement Valls III. À l’issue du remaniement de ce jeudi 11 février, le sénateur Jean-Vincent Placé se voit confier la Réforme de l’État et de la Simplification, la députée Barbara Pompili hérite de la Biodiversité et la Secrétaire nationale d’Europe Écologie-Les Verts, Emmanuelle Cosse, du ministère du Logement. Une véritable prise de guerre pour François Hollande qui fragilise encore un peu plus plus un parti déjà miné par de nombreux départs.

Emmanuelle Cosse / AFP / JOEL SAGET
Emmanuelle Cosse / AFP / JOEL SAGET

Emmanuelle Cosse, une « caution écolo » pour le gouvernement

« Ce remaniement a été instrumentalisé dans le but de servir la seule obsession de François Hollande : se faire réélire en 2017. » Le constat est signé Julien Bayou. Joint par le CelsaLab, le porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts (EELV) encore un peu sonné par la nomination de la Secrétaire nationale de son parti regrette que la prise de fonction d’Emmanuelle Cosse ne se soit pas faite « en concertation avec le bureau politique d’EELV« . « Nous n’étions pas dupe des intentions du gouvernement ni de la volonté de François Hollande de faire le vide autour de lui en fragilisant ceux qui pourraient lui nuire« , ajoute-t-il. Julien Bayou n’épargne pas celle qui fut un temps présidente d’Act Up-Paris (association de lute contre le Sida). « Emmanuelle Cosse y est allée en toute connaissance de cause puisqu’elle sait pertinemment que ce gouvernement ne sert à rien« , avance-t-il. Il en veut pour preuve sa parfaite connaissance de « l’état du ministère qu’elle récupère« . Elle qui a été vice-présidente du Conseil Régional d’Ile-de-France chargée du logement sait pertinemment d’après Julien bayou « qu’elle n’ira pas loin sur ce dossier en 14 mois et un budget aussi inconséquent. »

Ceux qui partent font « beaucoup de bruit« 

Cosse, « opportuniste« , ils sont quelques-uns à le penser parmi les militants d’EELV. « Je ne suis pas surprise mais je suis très déçue et j’ai mal à ma carte d’adhérente« , explique Dominique Trichet-Allaire, membre du Conseil fédéral du parti. La prise de fonction d’Emmanuelle Cosse est vécue comme une trahison par la militante de Nantes, farouchement opposée à l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes : « On a déjà fait des pactes avec le PS qui n’ont jamais été respectés« . « Je n’ai pas confiance en ce gouvernement« , conclut-elle. Mais le gouvernement a, lui, manifestement confiance en les écologistes puisque François Hollande, dont on disait la rupture avec EELV consommée depuis le départ de Cécile Duflot, en a nommé trois, ce qui fait du gouvernement Valls III le plus « vert » de l’Histoire. Si Emmanuelle Cosse a profité de sa nomination pour prendre « ses distances » avec le parti, Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili ont quant à eux claqué la porte d’EELV dès l’été 2015. À l’instar des deux nouveaux secrétaires d’État, ces derniers mois, de nombreux cadres ont largué les amarres, jugeant que le parti selon les mots du dissident François de Rugy s’était trop « gauchisé. » Une série de départs qui n’inquiète pas pour autant Dominique Trichet-Allaire: « Ceux qui partent font beaucoup de bruit. Ils sont surtout peu nombreux« , explique-t-elle.

L’herbe est toujours moins verte chez les voisins

Peu nombreux certes, mais suffisamment charismatiques pour entacher l’image d’Europe Écologie-Les Verts. Une image qui pâtit d’abord du « manque de débat au sein du parti« , soutient Anne Souyris, co-présidente du groupe écologiste au Conseil de Paris. La nomination, dans le brouhaha d’Emanuelle Cosse est pour elle symptomatique d’un défaut de concertation et de réunions qui se font de plus en plus rares depuis 2 ans entre les membres du parti. Surtout, la conseillère de la ville de Paris estime qu’EELV perd son temps en axant ses préoccupations autour des stratégies d’alliance et de rapprochement : « Je suis toujours, quand c’est possible, des lignes autonomistes« , avance-t-elle. Mais celle qui est encartée au parti depuis 16 ans ne balaye pas pour autant les deux tendances – ceux qui prônent un cap plus à gauche et ceux qui estiment qu’EELV devrait être un parti de gouvernement – qui animent son parti: « Cette double mouvance est inscrite dans l’ADN d’EELV« . « L’écologie n’est pas un voie politique simple, c’est pour cela qu’on est très critiques envers nous-mêmes« , conclut-elle. Il reste que s’il veut reconquérir un électorat qui semble de plus en plus lui échapper, EELV devra vite passer de l’auto-critique à l’élaboration d’un discours cohérent et viable. La restructuration du parti devrait ainsi figurer en bonne position dans l’ordre du jour de son Congrès du moins de juin.

Rania Berrada

Catalogne – Histoire d’une séparation

Engagée dans un processus d’autodétermination depuis 2012, la Catalogne se rêve en République indépendante. A la tête de la région autonome depuis le 12 janvier, Carles Puigdemont a promis de poursuivre le travail mené par son prédécesseur, Artur Mas. Retour sur l’histoire d’une séparation.

Alexandra del Peral

 

La précarité, un obstacle pour la préparation des athlètes au JO 2016?

La difficulté pour trouver des fonds est un enjeu qui touche une grande partie des sportifs de haut niveau. Parfois même, ceux qui se trouvent en préparation pour les Jeux olympiques de Rio 2016.

A banner with the Olympic logo for the Rio 2016 Olympic Games seen at the Olympic Tennis Centre of the Olympic Park in Rio de Janeiro, Brazil, on December 11, 2016. AFP PHOTO / YASUYOSHI CHIBA / AFP / YASUYOSHI CHIBA
A banner with the Olympic logo for the Rio 2016 Olympic Games seen at the Olympic Tennis Centre of the Olympic Park in Rio de Janeiro, Brazil, on December 11, 2016. AFP PHOTO / YASUYOSHI CHIBA / AFP / YASUYOSHI CHIBA

 

Footballeurs milliardaires, joueurs du tennis qui gagnent des primes importantes, ça n’est pas l’ histoire de la plus grande partie des athlètes de haut niveau. Contrairement aux idées reçues, leur vie peut être économiquement difficile.

La passion pour le sport ne suffit pas à ces athlètes pour payer leurs dépenses du quotidien. C’est la raison pour la quelle une grande partie d’entre eux suivent un carrière parallèle, en même temps qu’ils s’entrainent , pour survivre.

Astrid Guyart of France (R) competes against Hee Sook Jeon of the Korea during the women's team foil competition for bronze medal at the 2014 World Fencing Championships in Kazan, on July 22, 2014. AFP PHOTO / VASILY MAXIMOV / AFP / VASILY MAXIMOV
Astrid Guyart of France (R) competes against Hee Sook Jeon of the Korea during the women’s team foil competition for bronze medal at the 2014 World Fencing Championships in Kazan, on July 22, 2014. AFP PHOTO / VASILY MAXIMOV / AFP / VASILY MAXIMOV

C’est le cas de l’escrimeur Alex Fava qui dans une interview pour RTL a assuré qu’il savait qu’«en faisant seulement de l’ escrime il ne serait pas millionnaire». En outre, il a parlé de son parcours pour obtenir les moyens nécessaires pour subvenir à ses besoins: «chacun se débrouille comme on peut pour trouver les moyens nécessaires. J’ai vécu pendant longtemps avec une bourse de course grâce a mes études. Puis, j’ ai demandé de l’aide à ma fédération pour que je puisse continuer à faire du sport.»

D’autres athlètes ont été témoins de situation difficile parmi leurs coéquipiers ou concurrents: «J’ai vu certains sportifs qui n’ arrivent pas à payer leur factures à la fin du mois. C’est compliqué d’ être performante dans ces conditions », a affirmé l’ escrimeuse Astrid Guyart au JDD.

 

La loi qui peut aider les athlètes en situation de précarité

Dans le cadre des JO de Rio 2016 et de la candidature de Paris aux JO 2024, le statut du sportif est devenu une situation urgente pour l’Etat. Pour mieux les protéger et sécuriser leur situation juridique et sociale afin qu’ ils puissent se préparer et exercer leur activité sportive sereinement.

Thierry Braillard, le secrétaire d’Etat aux Sports est responsable d’un projet de loi voté à l’Assemblée nationale en avril 2015. Il vise à protéger les sportifs de haut niveau et les professionnels. Ainsi, il veut sécuriser leur situation juridique et sociale de ces athlètes.

Parmi les mesures prises pour aider les sportifs en situation de précarité : la reconnaissance du rôle de sportifs de haut niveau et l’ offre de protection sociale aux athlètes en cas d’accidents sportifs avec un dispositif d’ assurance « accident du travail – maladies professionnelles».

Un pacte qui commence a montrer des résultats

Un «Pacte de Performance», présenté en décembre 2014 par François Hollande, a commencé à montrer des résultats aujourd’hui. Il s’agit d’une dynamique de partenariat entre le monde de l’ entreprise et les sportifs de haut niveau, pour les aider à se préparer aux grandes compétitions et notamment pour Rio 2016. Il a déjà impliqué 80 entreprises et 176 contrats ont été déjà signés.

Plus récemment, la marque de boisson énergétique Powerade a inclu la France dans son projet international d’aide financière pour les athlètes en préparation à Rio 2016. Ce programme olympique et paralympique concerne cinq autres pays: Espagne, Royaume – Uni, Brésil, Mexique et Afrique du Sud. Leur objectif est de financier au moins 80 projets. De même le champion mondiale de natation Mehdy Metella et l‘entreprise immobilière Ana home, ont annoncé leur partenariat pour les JO 2016.

 

Gila Rios Jiménez 

Enfants soldats : l’après-guerre et le dur retour à la vie normale

Se reconstruire loin du front : l’enjeu est de taille pour les enfants-soldats démobilisés. Traumatisés par les horreurs de la guerre, leur retour à la vie civile s’apparente souvent à un nouveau combat.

Enfants soldats au Soudan du Sud, l'un des Etats pointés du doigt par l'ONU. Crédit: CHARLES LOMODONG / AFP
Enfants soldats au Soudan du Sud, l’un des Etats pointés du doigt par l’ONU. Crédit: CHARLES LOMODONG / AFP

Comment réapprendre à vivre normalement lorsque l’on a été « enfant-soldat » ? Chaque année, des centaines d' »enfants associés aux forces armées ou aux groupes armés », selon la définition des Principes de Paris, sont confrontés à ces questions. Qu’ils se battent en première ligne, arme en main, ou qu’ils soient enrôlés comme messagers, gardes du corps ou espions, ces jeunes de moins de 18 ans souffrent une fois démobilisés des stigmates de la guerre. Selon la psychologue allemande Elisabeth Schauer, interrogée lors du procès devant la Cour pénale internationale de Thomas Lubanga, reconnu coupable du recrutement d’enfants lors du conflit en République démocratique du Congo, 40% des enfants-soldats enlevés en Ouganda qu’elle a pu interroger souffrent de trouble de stress post-traumatique.

Restaurer le lien social et la confiance

Outre l’atteinte à l’intégrité physique des enfants – on pense dans ces cas-là d’abord aux filles, généralement utilisées à des fins sexuelles, elles qui représentent plus d’un tiers des enfants-soldats – l’exposition à la guerre et aux exécutions créent des séquelles psychologiques nombreuses et durables. Anxiété, agressivité, voire perte d’identité sont autant de conséquences de cet enrôlement. A Paris, le Centre Primo Levi a pris en charge, depuis sa création en 1995, entre vingt et vingt-cinq anciens enfants-soldats. « Notre centre réalise tout un travail autour du psycho-traumatisme. Les enfants sont pris en charge une fois par semaine, pour une durée de 45 minutes », explique Joséphine Vuillard, qui travaille au Centre Primo Levi, au CelsaLab. Le suivi est personnalisé, les consultations peuvent être réalisées avec des interprètes. En moyenne, la prise en charge des enfants s’étale sur un à deux ans. « Souvent, ils nous sont envoyés par les services sociaux ou bien par des membres du corps enseignant, qui remarquent des comportements violents ou inadaptés », précise Joséphine Vuillard. Ici, la prise en charge est pluri-disciplinaire : psychologues, médecins, assistants sociaux et juristes œuvrent de concert à la réhabilitation des démobilisés. « Notre but, c’est d’aider les enfants à restaurer le lien social et la confiance, mais aussi de travailler la haine et la culpabilité qu’ils peuvent ressentir », poursuit Joséphine Vuillard.

Car les enfants embrigadés sont nombreux à être contraints de s’en prendre à leurs familles, à leur proches ou des personnes de leur entourage. « Le cœur de ce qui fonde leurs liens sociaux est détruit », explique Eric Sandlarz, l’un des six psychologues travaillant à mi-temps pour l’organisme, sur le site du Centre Primo Levi. Lorsque, par chance, les enfants-soldats réussissent à être démobilisés et que leur famille est toujours en vie, la réunion n’a pas forcément lieu. Les actes commis peuvent entrainer de la défiance, de l’incompréhension et finalement le rejet de retrouvailles ou d’une réintégration.

Mettre l’accent sur l’éducation et l’accès à l’emploi

Le processus « Désarmement, démobilisation et réintégration » (DDR) mis en place par le Fonds des Nations-Unies pour l’enfance (Unicef) œuvre pour le retour des enfants démobilisés dans leurs familles. Créé en 1990, ce programme négocie la libération des enfants avec les forces armées ou les groupes armés qui les détiennent. Selon les chiffres de l’Unicef, plus de 100.000 mineurs ont bénéficié de ce programme depuis 1998. Une fois la démobilisation actée, l’Unicef tente de retrouver les familles des enfants-soldats, afin que ces derniers soient accueillis dans un univers familier. Puis est enclenché le dernier volet de ce programme en trois temps : celui de la réhabilitation économique est sociale. Parce qu’ils viennent de régions du monde pauvre, les enfants sont tentés par le mirage d’une vie meilleure, plus confortable au sein des milices armées auprès desquelles ils s’enrôlent. C’est pour contrer cet argument fallacieux que l’Unicef met l’accent sur l’accès à l’éducation, à la formation professionnelle et à l’emploi, en travaillant de concert avec des ONG présentes sur place.

Aujourd’hui, 250.000 enfants de moins de 18 ans seraient embrigadés de force et instrumentalisés dans des conflits armés. Leur multiplication en Afrique, Asie et Moyen-Orient rend la nécessité de la prévention de l’enrôlement d’autant plus nécessaire. Lancée en 2014 par l’ONU, la campagne « Des enfants, pas des soldats », qui devait « prévenir le recrutement et l’utilisation d’enfants en temps de conflit par les forces armées gouvernementales et d’y mettre fin d’ici à 2016″ n’aura, pour cette 14e Journée Internationale des enfants soldats, pas atteint ses objectifs.

Lisa Boudet