Près de 25 millions de clients – soit plus d’un Français sur trois – sont concernés par la disparition annoncée de SFR et sa répartition entre Bouygues Telecom, Orange et Free. (Crédits : Caroline Henriques / CELSA – Sorbonne Université)
REPORTAGE – Les salariés de SFR sont appelés à la grève ce jeudi après-midi à l’initiative de l’Unsa, de la CFDT et de la CFTC. Quatre mois après l’annonce du rachat de l’opérateur pour 20,35 milliards d’euros, l’intersyndicale dénonce des garanties insuffisantes pour l’avenir des 8 000 salariés concernés et réclame de meilleures conditions de reclassement.
Huées, klaxons, sifflets et fumigènes rouges. Peu après 14 heures ce jeudi, la cour du siège de SFR, rue du Général-Alain-de-Boissieu, à Paris, se remplit progressivement de quelque 200 salariés venus des boutiques, des équipes techniques et des services du site. Sur les tee-shirts blancs floqués « # SFR, c’est nous », un autre slogan revient en boucle dans les haut-parleurs : « Aujourd’hui, on se bat pour que personne ne soit sacrifié. Nous ne sommes pas des matricules ! »
À Balard, la mobilisation ressemble moins à un rejet de la vente qu’à une ultime bataille pour peser sur l’avenir des 8 000 emplois directement menacés. Car le rachat de SFR est désormais acté sur le principe. En juin dernier, Altice France a conclu un accord de 20,35 milliards d’euros avec Bouygues Telecom, Orange et Free pour céder l’opérateur. Plus d’une centaine de boutiques sur les 300 en France étaient déjà fermées en fin de matinée, selon l’Unsa.
« Une seule proposition de poste, ce n’est pas un choix »
Les revendications syndicales sont précises : trois propositions de reclassement par salarié, une protection de l’emploi au-delà de 2028, davantage de transparence sur le projet industriel et des mesures d’accompagnement renforcées. Et dans le cortège, cette angoisse prend un visage. Bintou Camara, 42 ans, travaille depuis seize ans dans une boutique SFR des Yvelines. Elle confie avoir « le ventre noué » : « J’ai construit ma vie autour de ce travail. J’ai un crédit, trois enfants… Si je me retrouve licenciée ou mutée, je vends ma maison et j’arrache mes enfants à leur école pour un simple poste de vendeuse ? »
« J’ai une fille de 8 ans atteinte d’un handicap sévère, je ne peux pas me permettre de naviguer à vue. »
Karim Benali, 37 ans, technicien fibre en Seine-Saint-Denis
Le consortium assure pourtant qu’aucun salarié ne sera laissé sur le carreau. « Ce projet apporte une solution d’emploi à chacun des 8 000 salariés du périmètre repris : environ 5 000 pourront rejoindre les trois opérateurs au lendemain de l’opération et 3 000 poursuivront leur activité chez SFR pour conduire la migration jusqu’au début de 2029 », nous affirme le groupe Iliad-Free. Une promesse qui ne convainc pas. « Une seule proposition de poste, ce n’est pas un choix. Si elle est à 500 kilomètres de chez nous, qu’est-ce qu’on fait ? », fustige Olivier Lelong, délégué syndical central CFDT.
« Un ministère du Travail aux abonnés absents »
Pour beaucoup, la disparition annoncée de SFR signifie aussi celle d’un collectif construit depuis des années. Karim Benali, 37 ans, est technicien fibre en Seine-Saint-Denis depuis plus d’une décennie. « On a installé des milliers de lignes, dépanné des familles, construit ce réseau. On a l’impression qu’on nous répartit comme des pièces détachées entre trois entreprises. J’ai une fille de 8 ans atteinte d’un handicap sévère, je ne peux pas me permettre de naviguer à vue. »
À la suite du rachat de SFR, les salariés réclament trois propositions de reclassement par personne et une garantie de l’emploi au-delà de 2028. (Crédits : Caroline Henriques / CELSA – Sorbonne Université)
Les syndicats déplorent également un dialogue social qu’ils jugent dégradé. « Les patrons vont essayer de nous diviser pour gagner, en expliquant que tout est de la faute des syndicats. Il faut venir à bout de ce capitalisme sauvage : les grands dirigeants comptent leurs milliards, on compte la misère », insiste un élu du personnel, regrettant également un « ministère du Travail aux abonnés absents » et le silence des responsables politiques en pleine période de campagne électorale.
Le bras de fer se poursuit devant les tribunaux
Et la mobilisation ne se joue pas seulement dans la rue. Jeudi matin, avant le rassemblement, le CSE central de SFR a défendu devant le tribunal judiciaire de Paris un recours en référé contre Altice France et les trois acquéreurs afin d’obtenir davantage d’informations sur le projet de cession. La décision est attendue le 26 octobre, tandis qu’une audience au fond doit se tenir début décembre.
Les syndicats assurent toutefois vouloir maintenir le dialogue. « Nous sommes toujours prêts à négocier, mais pas à signer un chèque en blanc. » Face à eux, les repreneurs affirment que leur « priorité est claire : préserver l’emploi » et mettent en avant des indemnités pouvant atteindre près de trois années de salaire net pour les salariés choisissant un départ volontaire, nous confirme le groupe Iliad-Free. En 2017, un premier plan de départ volontaire avait permis de supprimer 5 000 postes. Reste à savoir si ces engagements suffiront à convaincre les équipes du carré rouge. Pour l’heure, à Balard, les syndicats promettent de « ne pas relâcher la pression en l’absence de garanties ».
Par Caroline Henriques
(Au moment du rendu, la Préfecture de police de Paris et l’Unsa ont indiqué ne pas être encore en mesure de communiquer une estimation du nombre exact de manifestants à Balard comme en France, et le ministère du Travail n’a pas répondu)
À Paris, la gare du Nord a été l’un des principaux foyers de mobilisation ce mardi 10 septembre, dans le cadre de la journée d’action du collectif « Bloquons tout ». Plusieurs milliers de partisans du mouvement ont convergé vers le bâtiment et tenté d’y entrer.
Difficile de rentrer dans la gare du Nord, à Paris, ce matin : faute de pouvoir y accéder, la foule compacte converge devant l’édifice, tandis que des CRS sont postés à chaque entrée. En entendant les exclamations qui s’en dégagent, on comprend rapidement que le lieu est devenu un point de ralliement anti -macroniste pour dénoncer les mesures budgétaires adoptées sous l’égide du président. La jeunesse, représentée en nombre, scande des slogans devenus fameux par leur caractère politique : « siamo tutti antifascisti » (nous sommes tous anti-fascistes), et « Même si Macron ne le veut pas nous on est là ». Dans l’air, des devises telles que « le peuple se soulève », flottent comme des étendards. À contre-courant, les voyageurs souhaitant rejoindre leurs trains sont compressés, l’accès se faisant au compte-gouttes.
La jeunesse en première ligne
L’appel à manifester émanait de la SNCF, mais vers 11h, ce sont en majorité des étudiants ou jeunes travailleurs qui confluent vers la gare, après des tentatives de blocages infructueuses un peu partout dans Paris. « Ce matin, je suis passé à porte de Montreuil, puis à porte de Vincennes, mais ces mouvements ont été bloqués par les CRS », témoigne Stan, jeune intermittent du spectacle s’étant alors tourné vers ce nouveau lieu de rendez-vous. L’édifice devient un point de ralliement pour tous les partisans du mouvement « bloquons tout » lancé cet été sur les réseaux sociaux, tandis que les cheminots tiennent une assemblée générale au Technicentre SNCF de Châtillon avant de le rejoindre. L’incertitude règne quant aux principaux intéressés, comme on peut l’entendre ici ou là : « ils sont où? », « Elle est finie, leur AG? »
En les attendant, une étudiante vêtue de jean face à la foule en noir lance des appels à la « solidarité avec tous les travailleurs » pour « bloquer l’économie » face aux réformes budgétaires : les mesures annoncées par l’ex-Premier Ministre François Bayrou, dont le gouvernement a chuté lundi, est dans tous les esprits. Robin, arborant fièrement sa pancarte « taxez les riches », approuve : « le gouvernement nous somme sans arrêt de faire plus d’efforts, que l’on fait déjà, alors que les inégalités deviennent de plus en plus flagrantes et qu’on manque d’argents dans les hôpitaux, dans les écoles ». « Le passé nous a montré que le peuple peut gagner lorsqu’il se mobilise dans la rue », veut croire l’étudiant en histoire.
Devant la gare du Nord, point de rendez-vous du mouvement « bloquons tout », la jeunesse prend les devants avant l’arrivée des cheminots. Margot Mac Elhone
« On a l’impression que nos votes ne servent à rien » : de la manifestation à la colère sociale
« Il est de plus en plus difficile de s’organiser, d’avoir un vrai lieu de discussion, en raison de tous ces policiers postés partout » tempère Camille, intermittent du spectacle. Sa casquette de cuir vissée sur le crâne, le cinquantenaire se dit néanmoins « fier et optimiste » à la vue de cette jeunesse mobilisée, et se remémore avec nostalgie des manifestations de 2003 contre l’accord sur l’assurance chômage des intermittents du spectacle : « à l’époque, il était encore possible d’obtenir des victoires dans la rue. Aujourd’hui, les décisions se font de plus en plus contre le peuple, venant d’en haut ».
Une conviction regroupe tous ces manifestants : la nomination de Sebastien Lecornu au poste de Premier Ministre ne « changera rien » à la situation. « C’est un fidèle de Macron, qui suivra la même politique. On a l’impression que nos votes ne servent à rien », s’agace Lancelot, brandissant sa pancarte « Stop Pub » aux cotés de son ami Robin.
Lancelot et Robin sont venue depuis l’Aveyron pour prendre part au mouvement « bloquons tout », ce matin devant la gare du Nord. Margot Mac Elhone
Les cheminots rejoignent la foule
Les voix se font de plus en plus fortes et des fumigènes de couleur flottent dans l’air lorsqu’arrivent les cheminots, vers 11h40. Microphone à la main, Anasse Kayib, membre de leur syndicat et du parti Révolution Permanente, martèle au cours d’un débrief express : « Nous espérons qu’aujourd’hui est la première journée d’un grand mouvement ». « S’il n’y a pas un train qui part de gare du Nord, pas un avion qui sort de Roissy, on sera obligé de nous entendre », scande à son tour Marcel, conducteur de tramway. Selon Émile, technicien de maintenance, l’AG de Châtillon a été « une réussite » : « nous étions 150 et avons cherché à mobiliser tous nos collègues. Depuis 2014, nous n’essuyons que des défaites mais nous pensons que ce mouvement peut changer les choses : le taux de grévistes a été estimé à 40%, et nous avons massivement voté pour la reconduire le 18 septembre ». Émile se dit aller dans le sens des revendications portées par la CGT cheminots, portant sur « une augmentation générale des salaires, l’abrogation de la contre-réforme des retraites de 2023, l’arrêt de toutes les réorganisations et suppressions d’emplois », face à une politique « d’austérité », comme l’indique un communiqué posté hier.
Marcel et Emile, conducteur de tram et technicien de maintenance pour la SNCF, se sont rendus à la mobilisation de la gare du Nord suite à l’Assemblée générale des cheminots. Margot Mac Elhone
Annasse Kayib appelle la foule à s’asseoir, et à qui le souhaite de venir prendre la parole. Le parvis de la gare du Nord se transforme alors en Assemblée Générale géante, où les revendications des cheminots se mêlent à celles de lycéens ou professeurs, déplorant l’insalubrité des établissements scolaires et le manque de personnel.
Vers midi, une réunion entre partisans du mouvement « bloquons tout » s’est improvisée sur le parvis de la gare du Nord. Margot Mac Elhone
« On a compris les revendications, il faut maintenant s’organiser pour faire bouger les choses! », s’irrite un homme, la réunion devenant manifestement un peu trop longue à son goût. Comme pour lui répondre, la foule se lève comme un seul homme vers 13h30 pour rejoindre l’ultime rendez-vous du mouvement : Châtelet-les-Halles.
Pour la première fois de son histoire, le plus grand groupe d’électronique du monde, Samsung Electronics, a subi une grève de ses employés à Séoul, ce vendredi 7 juin. Un moment historique pour le conglomérat sud-coréen, qui a vu plusieurs milliers de ses employés se mobiliser pour faire entendre leur colère. Explications.
Des milliers d’employés se sont réunis devant le siège de Samsung Electronics à Séoul ce vendredi 7 juin. Leur revendication : une augmentation des salaires d’au moins 6%. Cela fait suite à plusieurs mois de négociation entre les syndicats et la direction qui peinent à dialoguer entre eux. D’un côté, les représentants des employés dénoncent la responsabilité de l’entreprise dans ce dialogue de sourds. D’un autre côté Samsung répond en instaurant un sixième jour de travail pour les managers afin de rassembler les cadres de l’entreprise le weekend pour discuter des stratégies de gouvernance. Face à cette situation, des milliers d’employés ont posé une journée de congé ce vendredi pour faire entendre leur revendication.
Si pour la France, la grève est un droit fondamental régulièrement utilisé pour faire pression sur la direction d’une entreprise, en Corée du Sud cela est loin d’être habituel. En témoigne cette toute première grève au sein de ce groupe mondialement connu qui rassemble plus de 125.000 employés. Au-delà du fait que la Corée du Sud ne soit pas proche de cette culture de la grève, ce moment est aussi historique car Samsung a longtemps été engagé dans une lutte antisyndicale. C’est seulement en 2010, 41 ans après la création de l’entreprise, que le premier syndicat a été créé.
« Il n’y a aucun impact sur la production et les activités commerciales »
Cette première journée de grève historique n’aura sûrement pas une conséquence forte sur la production de Samsung. Dans un communiqué, l’entreprise explique « qu’il n’y a aucun impact sur la production et les activités commerciales. Le taux d’utilisation des congés payés le 7 juin est inférieur à celui du 5 juin de l’année dernière ». En effet, ce jour de perturbations tombe un vendredi après un jour férié et avant le week-end, une journée où les employés des grands conglomérats sud-coréens font généralement le pont.