Aires protégées : en France, les 30 % cachent une réalité très contrastée

À un mois de la COP17, en Arménie, les défenseurs de la nature alertent : les engagements pris pour protéger les terres et les océans d’ici à 2030 restent hors de portée. La France affiche déjà plus de 30 % d’aires protégées, mais le chiffre cache de fortes disparités.

Protéger près d’un tiers des terres et des mers d’ici à 2030 : quatre ans après l’adoption de cet objectif à la COP15 de Montréal, le compte à rebours tourne désormais à l’avantage des chiffres plutôt que de l’action. Un rapport publié mercredi par Together for the Ocean et Campaign for Nature estime que les États ne suivent pas une trajectoire suffisante pour atteindre la cible « 30×30 ».

Le constat est d’autant plus préoccupant que la protection effective, avec des règles, une gestion et un contrôle permettant de limiter les activités dommageables, reste très inférieure à la protection affichée. Selon l’Ocean Protection Gap Report 2026, seulement 3,5 % de l’océan mondial est aujourd’hui considéré comme effectivement protégé.

« Le monde n’est pas encore en bonne voie pour atteindre une couverture de 30 % »

« Les gouvernements ont déjà démontré qu’il était possible de réaliser des progrès rapides, mais le monde n’est pas encore en bonne voie pour atteindre une couverture de 30 % », résume Brian O’Donnell, directeur de Campaign for Nature.

Pour Jan Peter Schemmel, directeur Europe de Campaign for Nature, l’écart entre les chiffres affichés et la réalité tient notamment aux activités autorisées dans certaines aires protégées. « Dans de nombreux cas, il existe des zones protégées désignées dont les règles sont appliquées, mais où l’on autorise simultanément des activités économiques nuisibles à la biodiversité », explique-t-il. « La protection prévue sur le papier ne se concrétise alors pas dans la réalité. »

La France a déjà dépassé les 30 %… en apparence

Sur le papier, Paris fait partie des États qui ont déjà atteint l’objectif. La stratégie nationale pour les aires protégées prévoit de couvrir au moins 30 % du territoire national et des espaces maritimes sous juridiction française, dont 10 % sous protection forte.

Les données du Service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique montrent qu’au 1er janvier 2026, 637 300 km² du territoire français sont placés sous « protection forte », soit 5,9 % de l’ensemble national.

Toutefois, près des trois quarts de ces surfaces se trouvent dans les Terres australes et antarctiques françaises. Dans l’Hexagone, seulement 1,56 % des terres sont sous protection forte. En mer, la proportion tombe à 0,2 %. En Méditerranée, elle atteint 0,58 %.

Des « aires protégées » qui ne le sont pas toutes réellement

Dans une étude publiée avec Greenpeace en 2025, l’équipe du chercheur du CNRS Joachim Claudet estimait que, alors que la France revendiquait plus de 33 % d’aires marines protégées, seules 4 % de ses eaux bénéficiaient de régulations et d’un niveau de protection réellement efficace, et seulement 0,03 % dans les eaux métropolitaines.

« En Méditerranée française, on affiche 85 % de mer territoriale dans une aire marine protégée, mais seulement 0,12 % sont réellement protégées », alertait déjà Éric Charbonnel, responsable scientifique du Parc marin de la Côte Bleue, dans une publication du ministère l’année dernière. « Beaucoup ne sont que des “paper parks”, sans moyens ni interdictions. »

Le nerf de la guerre : les moyens

Le rapport estime à environ 1,8 milliard de dollars par an les dépenses actuelles consacrées à la protection des océans dans le monde, soit à peine un dixième des besoins nécessaires pour atteindre l’objectif de 2030. Le déficit annuel dépasserait 14 milliards de dollars.

L’essentiel des besoins ne concerne pas la création de nouvelles zones, mais leur fonctionnement : surveillance, contrôle, personnel, gestion, suivi scientifique et association des populations locales. Selon le rapport, environ 95 % des besoins financiers concernent cette gestion de long terme.

« Il ne sera pas réaliste de combler ce déficit de financement uniquement par des fonds publics »

Pour Jan Peter Schemmel, ce déficit ne pourra toutefois pas être comblé par les seuls budgets publics. « Il ne sera pas réaliste de combler ce déficit de financement uniquement par des fonds publics », estime-t-il, appelant au développement de « mécanismes innovants reposant sur le financement mixte » et capables d’attirer des capitaux privés. Il cite notamment des modèles associant financements publics et philanthropiques à des investissements privés, déjà expérimentés dans le domaine de la protection des forêts.

La France a, elle aussi, identifié ce problème. Dans son bilan de la stratégie nationale pour les aires protégées, le gouvernement souligne la nécessité d’améliorer la gestion des espaces existants, de réduire les pressions qui s’y exercent et de renforcer les financements. 

L’outre-mer, clé des ambitions françaises

Avec le deuxième espace maritime mondial, la France dispose d’un levier considérable pour contribuer au « 30×30 ».

Le rapport de Together for the Ocean cite d’ailleurs la Polynésie française comme un exemple de progression : en juin 2026, elle a annoncé l’extension de ses eaux intégralement protégées de 520 000 km², portant à environ 1,4 million de km², soit 30 % de ses eaux, la superficie placée sous protection complète contre les activités extractives.

L’enjeu est désormais de savoir si ces extensions se traduisent par une protection effectivement appliquée et contrôlée. À l’échelle mondiale, seulement un tiers environ des surfaces marines déclarées protégées bénéficient aujourd’hui d’un niveau de protection jugé effectif. Pour atteindre 30 % d’ici à 2030, la superficie de l’océan effectivement protégée devrait presque être multipliée par neuf en quatre ans.

Matthieu Holyman

Une vague de 200 mètres qui fait trembler la Terre pendant 9 jours

Un tsunami provenant d’un glissement de terrain au Groenland, causé par la fonte des glaces, est à l’origine d’une surprenante secousse sismique l’an dernier qui a fait trembler la terre pendant neuf jours.

« Un objet sismique non-identifié ». Des secousses extraordinaires enregistrées en septembre 2023 au Groenland mais impossible d’en identifier l’origine. Il n’en fallait pas plus à un collectif de géologues pour mener l’enquête sur ce phénomène encore jamais rencontré. Ils ont publié leurs résultats hier dans la revue Science. Et les résultats sont surprenants : un tsunami avec une vague de 200 mètres de haut ! « Ce qui est tout à fait unique dans cet événement, c’est la durée du signal sismique et la constance de sa fréquence », confie l’un des auteurs du rapport, Kristian Svennevig, du Service géologique du Danemark et du Groenland (GEUS).

« On peut s’attendre à ce que l’ampleur de tels événements augmente »

« D’autres glissements de terrain et tsunamis ont produit des signaux sismiques, mais seulement pendant quelques heures et très localement. Celui-ci a été observé dans le monde entier, jusqu’à l’Antarctique », explique le Danois. Les chiffres semblent irrationnels tant ils sont démesurés.

Le phénomène a d’abord surpris la communauté scientifique, avant de déterminer que la source était un glissement de terrain. 25 millions de mètres cubes de roches et de glace sont tombés dans le fjord Dickson, dans l’est du Groenland, une région isolée et inhabitée, située à près de 200 kilomètres de l’océan. Un effondrement causé par l’amincissement du glacier.

Conséquence : le glissement de terrain a déclenché le méga-tsunami de 200 mètres de haut à son épicentre. « Avec le réchauffement continu de l’Arctique, on peut s’attendre à ce que la fréquence et l’ampleur de tels événements augmentent à l’avenir », met-en-garde le chercheur.