Anthony, « street medic » : “Ce que je demande, c’est l’arrêt des violences”

Les Blue StreetMedic en action lors des manifestations des gilets jaunes. En deuxième en partant de la gauche, Anthony pose avec son équipe. / Crédits : Blue StreetMedic DR
Actifs aux quatre coins de la France, les secouristes de rue sont de toutes les manifestations. Parmi les nombreux groupes existants, on retrouve les « Blue Street Medic », dont Anthony fait partie depuis le début du mouvement des « gilets jaunes ». Portrait d’une force tranquille.

Sous sa veste kaki, on devine le pull rouge des pompiers. A 37 ans, Anthony est un habitué du secourisme. Cet agent de sécurité incendie au tribunal de grande instance de Paris est également « street medic ». Ces secouristes de rue bénévoles sont spécialisés dans les premiers soins aux blessés pendant les manifestations. Au fil des actes du mouvement des « gilets jaunes », ils sont devenus de vrais héros. La raison de l’engagement d’Anthony ? “Aider mon prochain”.

Une escalade de la violence

C’est mon collègue Marco qui a eu l’idée de devenir « street medic ». Il s’est dit que comme notre métier, c’était le secourisme, on devait se positionner pour aller sur le terrain. Au début, on était trois ou quatre à Paris. Maintenant on est au moins une trentaine”. Les « Blue Street Medics » comptent aujourd’hui une deuxième équipe à Chartres. Pourquoi Blue ? A cause de leur attirail de terrain. Par dessus leurs équipements de protection individuelle (EPI) ils portent un t-shirt bleu très voyant, avec une croix blanche dessus.

Le regard fixe, on sent qu’Anthony ne se laisse pas impressionner facilement. Sa première participation remonte à la manifestation du 2 février, lors de l’acte 12 des « gilets jaunes ». “C’était très calme ce jour là. En même temps, c’était l’acte qui rendait hommage aux blessés. Au début on s’est dit que c’était tout de même bien différent de ce qu’on voyait à la télé. Et on a vite déchanté”. En effet, la semaine d’après, Anthony et son équipe ont accusé le coup. “On s’est tout de suite rendu compte au fil des actes que la violence montait crescendo, que ce soit du côté des manifestants ou de la police…

Le 18 mars reste la journée la plus marquante à laquelle il a participé depuis le début de la mobilisation. “Pour beaucoup de « street medics », ce jour-là, on a compris que quelque chose avait basculé. On était dans une vraie zone de guerre”. Force tranquille, Anthony revient sur cette escalade de la violence qu’il a vue de ses propres yeux. Si ce robuste secouriste à l’allure imposante ne scille pas, il admet avoir été choqué. “Avec mon équipe, on a traité plus d’une trentaine de blessés ce jour-là dont un qui avait reçu un tir de LBD – lanceur de balle de défense – dans la carotide. Il a perdu plusieurs fois connaissance et l’évacuation a été difficile parce que les ambulances étaient débordées”.

Pris en sandwich entre un cordon de CRS prêt à charger et un groupe de black blocks remonté, il tente en vain de les arrêter pour procéder à l’évacuation d’un blessé de la zone d’affrontement. Il parviendra finalement à rejoindre une ambulance de la Croix-Rouge.

« Les « street medics », aussi équipés que les CRS”

Les « street medics » prennent de grands risques dans leur mission. Et la violence croissante ne les aide pas à œuvrer en toute tranquillité. Répartis en plusieurs groupes au sein des « Blue Street Medics », certains portent directement secours aux victimes, d’autres ont pour mission de sécuriser le périmètre autour de la victime. On comprend tout de suite la nécessité d’avoir un attirail performant. “Une fois, un CRS m’a dit que j’étais quasiment aussi équipé que lui” raconte le secouriste, en esquissant un sourire. Cet équipement, on l’appelle l’EPI, l’équipement de protection individuelle. Casque – évidemment – mais aussi protections en tous genre pour les genoux, le dos – indispensable – et les coudes. A cela s’ajoute un masque à gaz pour opérer malgré les gaz lacrymogènes et un masque de ski.

 

L »équipement d »Anthony, StreetMedic à Paris. Crédits : photo personnelle d »Anthony DR

Mais dans leur sac, quel est l’attirail du secouriste ? “On finance notre propre EPI bien sûr, mais pour le matériel de santé, ça vient principalement de dons. Des « gilets jaunes » nous envoient des cartons remplis de compresses, de pansements etc.” Dans leur sac, on retrouve du Maalox, la solution indispensable pour se décontaminer du gaz lacrymogène mais aussi du sérum physiologique pour les yeux. “Pour les plus expérimentés, il faut un garrot. Ça sert à contenir les plus grosses hémorragies comme les mains arrachées”.

Si beaucoup de « street medics » sont également militants, les « Blue Street Medic » eux préfèrent la neutralité. “Je n’ai pas d’à priori politique » confie Anthony, « mais d’autres « medics » sont devenus militants après avoir subi des violences policières lors de manifestations… On se demande toujours pourquoi un tir de LBD tombe sur un secouriste…” Il s’est d’ailleurs lui même pris un palet de gaz lacrymogène dans le mollet. Mais le groupe d’Anthony s’est formé justement pour pouvoir rester neutre. “Nous on veut aider tout le monde”.

Pour l’arrêt des violences

S’il y a bien quelque chose pour laquelle Anthony milite, c’est l’arrêt des violences. Il a d’ailleurs lancé avec les « Blue Street Medics », qui vont très prochainement se constituer en association, une pétition sur Change.Org. pour qu’on ne leur confisque plus leur matériel. Ils espèrent récolter le plus de signatures possibles. S’il dit que rien ne l’arrêtera dans sa mission de secouriste, Anthony craint pourtant une chose : les morts. “Le jour où il y aura un mort, là, j’arrêterai. Ça sera trop. En plus, je vais devenir papa alors bon…

Cette violence, Anthony la rejette totalement. Son regard devient soudain plus dur. “Après un acte particulièrement violent, j’ai remonté les Champs-Elysées avec mon équipe. Vers le milieu de l’avenue, je me suis rendu compte que mes chaussures collaient au sol. Je regarde et je vois que je marchais dans une gigantesque flaque de sang coagulé. Il y en avait vraiment beaucoup donc c’est que la personne avait fait une grosse hémorragie. Là, je me suis dit qu’il y avait un souci”.

Quand les actes auront cessé, les « Blue Street Medics » prévoient d’organiser des maraudes pour les plus démunis. Ils continueront à porter secours aux manifestants. Après quelques secondes de silence, Anthony termine son coca et conclut avant de partir préparer le prochain samedi : “Ce que je demande, c’est l’arrêt des violences contre tout le monde. Stop à la violence gratuite”.

Anne-Cécile Kirry

Soudan : six morts à Khartoum malgré la reprise des discussions

L’ex président soudanais Omar el-Béchir. / Crédit : Martin H., Wikipédia

Six personnes – un militaire et cinq manifestants – ont été tuées lundi 13 mai au soir à Khartoum, quelques heures après l’annonce d’un accord entre les représentants de la contestation populaire et les généraux au pouvoir concernant des structures de transition pour gouverner le Soudan. Les deux parties avaient repris lundi les discussions jugées cruciales pour l’avenir du pays, après trois décennies d’un pouvoir sans partage exercé par l’ancien président Omar el-Béchir. Plus tôt dans la journée, le procureur général soudanais avait annoncé l’inculpation d’Omar el-Béchir, destitué le 11 avril et actuellement emprisonné à Khartoum, pour « le meurtre de manifestants » pendant les protestations contre son régime.

Cécile Da Costa avec l’AFP

Sri Lanka : un couvre-feu national après des affrontements entre chrétiens et musulmans

Les attentats du 21 avril dernier ont exacerbé les tensions dans ce pays à majorité Bouddhiste, où les musulmans représentent 10% de la population, contre 7.6% pour la communauté chrétienne. / Crédit : Pixabay.

Un couvre-feu a été mis en place dans six villes sri lankaises du nord-ouest du pays à la suite de violents heurts opposant des groupes chrétiens et musulmans. Dans la journée, plusieurs groupes chrétiens ont attaqué des mosquées et des boutiques tenues par des musulmans. Ces violences, n’ayant fait aucun blessé selon les premiers rapports, interviennent après les attentats djihadistes qui ont fait près de 290 morts à Pâques. La police est intervenue pour contrôler la foule à l’aide de gaz lacrymogènes et de tirs d’avertissement. Par crainte d’une propagation de la violence, le couvre-feu a été étendu à l’ensemble de la région. Plus tôt dans la journée, les autorités ont interdit l’utilisation de réseaux sociaux comme Facebook et WhatsApp après le début des premiers affrontements.

Cécile Da Costa

Philippines : des élections pour renforcer le pouvoir du président ?

Aux Philippines, les élections de mi-mandat s’apparentent à un test de popularité pour le chef d’Etat, Rodrigo Duterte. Le Sénat, qui faisait jusque-là rempart à la politique autoritariste du président, pourrait basculer en sa faveur.
Le président philippin Rodrigo Duterte./ Crédits: King Rodriguez – Presidential Photographers Division – Wikipédia
Ce lundi 13 mai, 61 millions de personnes étaient attendues dans les bureaux de vote aux Philippines, pour les élections de mi-mandat, qui doivent désigner 18 000 élus, dont 200 maires et gouverneurs, 245 députés de la chambre basse ainsi que 12 sénateurs.

Les résultats de ces élections pourraient renforcer le pouvoir du président philippin actuel, Rodrigo Duterte, qui a fait campagne sur des promesses fortes. La plus polémique ? Rétablir la peine de mort, pourtant abolie depuis 2006. Elle concernerait toute personne arrêtée en possession de 500g de marijuana ou de 50g de drogues dures. Le Sénat, un des derniers pouvoirs du pays encore dans l’opposition, avait posé son veto lors d’une première proposition de la loi en 2016. Mais les élections, qui renouvelle 50% des sièges, pourrait bien jouer en la faveur du chef d’Etat.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, Rodrigo Duterte lutte violemment contre les trafiquants de drogue dans l’archipel. Il avait déjà fait polémique en déclarant que toute personne exerçant une activité illégale était « une cible légitime d’assassinat » alors qu’il n’était encore que maire de la ville de Davao. Cet appel au meurtre lui avait valu, en février 2018, d’être mis en examen par la Cour pénale internationale (CPI), pour crimes contre l’humanité après que des activistes et des familles de victimes de la lutte contre le trafic de drogue ont porté plainte. Depuis mars, le pays a donc décidé de se retirer de l’organisation. On estime aujourd’hui à plus de 30 000 le nombre de tués par la police.

Parmi les candidats qu’il soutient pour les élections on retrouve la fille de l’ancien dictateur Ferdinand Marcos (1965-1986), Aimee Marcos et l’ancien chef de la police nationale, Ronald de la Rose, accusé d’avoir violé à plusieurs reprises les droits de l’homme avec ses troupes dans la lutte anti-drogue. Ce dernier affirme se présenter à la demande du Président. 

La politique, une affaire de famille

Les fils du Président, Paolo et Sebastian, se présentent tout deux aux élections, le premier pour un siège à la Chambre des représentants et le second pour le fauteuil de maire adjoint de la ville de Davao, ancien fief de son père et actuellement dirigé par sa sœur, Sara.

Celle-ci déclare officiellement ne pas briguer de mandat parlementaire pour aider dans la campagne de son père. Une raison officielle qui cacherait en réalité une possible candidature à l’élection présidentielle de 2022, poussée par son père. L’opposition craint davantage une modification de la Constitution qui permettrait à Rodrigo Duterte d’allonger son mandat présidentiel, pour l’instant unique et limité à six ans.

Un climat de violence

Au cours de ses meetings, Rodrigo Duterte n’avait pas hésité à insulter violemment les membres de l’opposition, jusqu’à traiter l’un d’entre eux de « pédé ». C’est loin d’être le premier dérapage du chef de l’Etat, connu pour ses provocations et ses déclarations polémiques. Pour dénoncer les abus de l’Eglise, dans un pays dont la population est à 80% catholique, il avait ainsi admis avoir agressé sexuellement une de ses domestiques lorsqu’il était adolescent, puis avoir été agressé sexuellement par le prêtre auquel il avait confessé l’acte.

Lors de sa campagne pour la présidentielle, il s’était déjà illustré avec des propos polémiques. Il avait notamment déclaré peu de temps avant d’être élu : « Hitler a massacré 3 millions de Juifs. Il y a 3 millions de drogués que je serais ravi de liquider. »

Ce lundi, neuf personnes ont été blessées lors d’une fusillade opposant combattants islamistes et clans locaux, près d’un bureau de vote de l’île de Jolo. Depuis le début de la campagne électorale, au moins vingt personnes ont été tuées.

Selon les derniers sondages, plus de 70 % de la population le soutient toujours. Les résultats seront annoncés demain, à 10 heures, heure française.

Audrey Dugast