Le rap, grand gagnant de l’industrie musicale française

Que ferait l’industrie musicale française sans le rap ? Ce genre musical apparu à la fin des années 1980 est le plus écouté en France, mais surtout le plus vendu, comme en attestent les albums en top des ventes depuis le début de l’année.

Capture d'écran du clip "Sapé comme jamais" de Maître Gims

Avec son album « Ceinture noire », Maître Gims a été numéro 1 des ventes à 11 reprises depuis janvier 2018. (Capture d’écran YouTube)

Après avoir étudié les chiffres des albums les plus vendus depuis janvier 2018, les résultats sont sans appel : le rap domine très largement la consommation de musique en France, tous supports confondus.

Le SNEP (Syndicat national de l’édition phonographique) publie chaque semaine un classement des albums les plus vendus, comprenant à la fois les ventes physiques (CD, vinyles…), le streaming et les téléchargements. Si l’on considère les trois albums les plus vendus chaque semaine depuis début janvier, ce qui représente 120 albums, 81 sont des albums de rap, soit 68 % d’albums de rap dans le top 3 depuis début 2018. Mais, surtout, sur les 40 albums arrivés premiers du classement chaque semaine, 30 sont des albums de rap, soit 75 % d’albums de rap numéro 1 des ventes.

Part des albums de rap

Maître Gims, maître incontesté

Sur les 10 albums les plus vendus depuis janvier, 7 sont des albums de rap. Mais certains rappeurs réalisent des performances très impressionnantes. Maître Gims, avec son album Ceinture noire, s’est ainsi trouvé 20 fois dans le top 3 en seulement 40 semaines, et a été 11 fois premier, dont 9 fois consécutives, ce qui le hisse en tête du classement, loin devant l’autre grand gagnant, Damso. Avec son album Lithopédion, le belge s’est retrouvé 10 fois dans le top 3 depuis janvier et 5 fois premier. Enfin, c’est le rappeur Jul qui s’illustre dans le classement. Son album Inspi d’ailleurs s’est hissé 7 fois dans le top 3 et a été une fois l’album le plus vendu de la semaine. L’artiste marseillais est par ailleurs le seul de la liste à avoir deux de ses albums au classement, puisque La tête dans les nuages, sorti le 1er décembre 2017, était toujours dans le top 3 des albums les plus vendus la première semaine de janvier.

Concernant les autres albums en tête des ventes mais qui ne sont pas du rap, ils sont 39 sur 120 à avoir atteint le top 3, et 10 sur 40 à avoir été en tête des ventes. Il est tout de même intéressant de remarquer que l’artiste qui arrive en troisième position dans le classement général n’est autre que Dadju, avec son album Gentleman 2.0, un artiste de r’n’b qui s’inspire du rap et de musiques aux sonorités africaines.

Rap et streaming, le couple gagnant

Si le rap domine le paysage musical actuel en matière de ventes, c’est en grande partie grâce à l’avènement du streaming, c’est-à-dire l’écoute de musique sur les plateformes en ligne telles que Deezer, Spotify ou Tidal. Dans un article du 3 décembre 2017 intitulé « Rappeurs, les nouveaux yéyés du stream », Sophian Fanen, journaliste et cofondateur du média Les Jours, expliquait les raisons de l’ascension de ce nouveau moyen d’écoute, en lien avec celle du rap : « Armés d’un smartphone, les adolescents d’aujourd’hui sont hypermobiles, hyperconnecteés, et pour eux, streamer de la musique plutôt que la posseéder n’est même pas une question. C’est cette nouvelle écoute qui a rencontré la musique du moment, le rap et sa grande famille sans cesse actualisée (trap, cloud rap, R’n’B…) pour créer un couple parfait qui domine de loin toutes les autres musiques ». Sur les 6 premiers mois de l’année, le streaming représente en effet 54 % des ventes de musique, avec une progression de 23 % par rapport à 2017.

Mais le rap n’est pas le seul gagnant de l’industrie musicale. L’autre gagnante, c’est la production française. Le chiffre d’affaires du marché français de la musique a ainsi augmenté de 3,3 % sur les six premiers mois de l’année par rapport à 2017, et représente 256 millions d’euros. Sur les 46 albums qui ont été dans le top 3 des ventes depuis janvier, 33 sont l’œuvre d’artistes francophones, dont 23 rappeurs. L’industrie musicale française est donc portée, à 70 %, par le rap. La langue de Molière a de beaux jours devant elle…

Justine Hagard

NDLR : Pour obtenir ce classement, nous avons utilisé les trois albums les plus vendus de chaque semaine depuis début janvier 2018. Les chiffres sont fournis par le SNEP.

« Despacito » : le clip le plus vu sur Youtube supprimé pendant quelques heures

Le clip de la chanson Despacito, le plus vu sur YouTube, a été supprimé de la plateforme musicale pendant quelques heures , ce mardi matin. D’autres vidéos ont également eu leurs titres modifiés. Un piratage qui a fait grand bruit. 

 

« Despacito », le clip de la chanson de Luis Fonsi, a disparu pendant quelques heures de YouTube, ce mardi matin, alors que la vidéo a fêté lundi ses cinq milliards de vues. Une suppression due à des hackers qui officient sous le nom « Prosox and Kuroi’sh ». Le groupe aurait vraisemblablement obtenu accès au compte VEVO sur YouTube, qui réunit tous les clips musicaux de la plateforme.

La chanson de Luis Fonsi n’a pas été la seule victime de ce piratage : des clips de Maroon 5, Shakira, Taylor Swift, Drake, ou encore des artistes français comme Kaaris ou Vald ont également été visés. Certains titres ont été supprimés, d’autres modifiés. L’inscription « Free Palestine » a été inscrite sous plusieurs clips ou à la place du titre de la vidéo.

Tout est revenu à la normale mardi en début d’après-midi, et la vidéo Despacito, à nouveau disponible sur Youtube, a bien récupéré ses quelque cinq milliards de vues.

Axelle Bouschon

 

Guide des festivals pour l’été 2018

Les beaux jours arrivent, et avec eux la saison des festivals ! Que vous soyez plutôt electro, rock ou reggae, la France a de quoi vous faire plaisir. Avec plus de 1400 festivals dans l’Hexagone, il y en a pour tous les goûts. Petit tour de France des festivités musicales avec notre carte interactive…

Petit guide à l’intention des festivaliers

Vous voulez un festival qui réunit plusieurs styles et les grosses têtes d’affiche comme de belles découvertes : les étoiles roses feront votre bonheur.

Vous aimez dansez les bras en l’air sur les tubes électro qui ont fait l’année : faîtes la fête avec les festivals marqués en jaune.

Vous voulez taper du pied sur de la techno pointue : jetez un oeil sur les étoiles orange.

Vous êtes fan de hip-hop et de rap : checkez les étoiles en violet.

Vous avez une âme de rockeur : on vous conseille les festivals en bleu.

Vous aimez le jazz et les ambiances feutrées : les festivals marqués en turquoise sont faits pour vous.

Vous vous bercez au rythme du reggae : les étoiles vertes vous mèneront vers Bob Marley.

 

Et si vous ne savez toujours pas quel festival choisir, faites notre test et nous trouverons votre bonheur !

 

Albane Guichard

Simon Lacouture : le jazz sinon rien

Au centre, Simon
Au centre, Simon

Il a seulement 22 ans mais sa carrière est déjà bien remplie. Avec sa batterie et ses multiples groupes, Simon Lacouture parcourt les bars, les villes, et même parfois les pays pour réaliser sa passion qui est devenue son métier : musicien de jazz.

Pourquoi la musique ? Pour gagner du pognon tiens ! ”, plaisante Simon Lacouture, musicien de jazz. Ses yeux bleus rieurs en disent pourtant long : son ambition dépasse l’argent. “Je ne veux pas que mon nom, seul, soit connu. Je veux faire beaucoup de concerts, mais au sein des groupes dont je fais partie”. Humble, le batteur confie que s’il a choisit la musique, c’est parce “qu’à l’école, j’étais turbulent. Donc jouer c’était la seule échappatoire.. Et puis je me débrouillais bien je crois”. Plutôt bien, même : il déménage à Paris en septembre après avoir obtenu son Diplôme d’Etudes Musicales (DEM) en jazz en juin dernier au Conservatoire de Bordeaux. Fort de son Bac Techniques de la Musique et de la Danse et d’un premier DEM en classique, il fait partie de “cinq ou six” groupes, en parallèle de ses études de musicologie. “L’année dernière, j’ai séché beaucoup de cours… Avec un de mes collectifs, le Bal Chaloupé, j’ai joué 45 fois en un an. Mais grâce à toutes ces dates, j’ai pu avoir mon statut d’intermittent du spectacle”.

Une soif de musique

Car son ambition ne s’accorde qu’avec un planning bien chargé, presque impossible. Du lundi au vendredi, il suit ses cours de jazz au Pôle Supérieur de Paris. “Sauf le jeudi après-midi ! Ce qui m’arrange, car une fois par mois, je prend un train à 14 heures direction Bordeaux, je joue le soir, on finit vers 2-3 heures du mat’… Et je reprends un train à 5 heures pour aller en cours à Paris le matin”. Il a d’ailleurs dû souscrire à un abonnement de train “je descends tous les week-ends pour jouer. C’est mon caractère, je ne me verrais pas rester à rien faire, posé, toute la journée”, livre-t-il en tapotant un petit rythme discret sur la table du bar. Même ses mouvements traduisent ses pensées : il a soif de musique.

Sa vision du métier

Soif de musique, de rencontres et à seulement 22 ans, il a une vision plutôt réaliste du métier. “C’est une question de réseau. C’est en parlant après les concerts qu’on peut avoir des dates. Sans contacts, on a moins de chance de réussir… C’est possible de gagner sa vie avec la musique, mais il faut se bouger”.

A lire aussi : La galère des jeunes musiciens

Depuis ses 16 ans, il joue avec de nombreux groupes, dont le Get 7 Brass Band, avec lequel il empoche plus de 3000 euros chaque été.

Grâce à son nouveau statut d’intermittent du spectacle, Pôle emploi lui verse 1300 euros d’allocation chômage. Plus généreux que le régime général, certes, mais il doit justifier de nombreux cachets pour pouvoir en bénéficier. 507 heures, 43 cachets à 80 euros (minimum). Simon jongle avec les chiffres et doit se débrouiller presque seul. “A Pôle Emploi, peu de gens connaissent bien ce statut. J’y suis allé en août, le conseiller que j’ai vu a dû appeler tous ses collègues pour trouver enfin quelqu’un qui pouvait me renseigner”. Mais ces galères administratives ne le rebutent pas, il passe très vite à autre chose. Car ce qui le fait vibrer, c’est les multiples projets qu’il entreprend, avec ses amis musiciens, mais aussi des danseurs, des plasticiens. Et il ne s’arrêtera pas là : il projette de postuler pour entrer au Conservatoire, mais aussi de partir en Erasmus. “Amsterdam, Rotterdam ou Berlin… Faut que je bouge”. Conclut-il, d’un roulement rythmé avec ses doigts.

Portrait robot d'un musicien
Portrait robot d’un musicien

 

 

Léa Broquerie