A Paris, le sport prend un coup de jeune

par Victor Bergeon et Lara Roques

A Paris, le sport prend un coup de jeune

A Paris, le sport prend un coup de jeune

Victor Bergeon et Lara Roques

Face au manque de temps et à des infrastructures pas toujours adaptées à leur rythme de vie, les franciliens s’organisent pour faire du sport. Focus sur les nouvelles pratiques sportives en région parisienne.

Mercredi après-midi au parc Ladoumègue de Massy en Essonne. Des enfants se rendent à leur entraînement de rugby, des parents les accompagnent, d’autres se promènent. Un groupe de trois collégiennes est allongé dans un coin du parc. Les trois filles font des abdos en musique, avec le haut parleur de leur portable. “C’est bientôt l’été” explique une des filles avant de rigoler.

Elles sont installées dans un espace de street work-out, ou musculation de rue, aménagé par la ville. Barre de tractions, asymétriques, squats, tout y est pour faire travailler ses muscles.. Mais rapidement les filles s’éclipsent, une dizaine de jeunes hommes arrive sur les lieux pour une séance de musculation. Brendan, 24 ans, un habitué, apprécie la convivialité de cet espace. « On a aussi le gymnase à disposition mais c’est plus sympa ici, entre nous, à l’air libre, on respire”, raconte-t-il.

Des installations de ce type ont fleuri peu à peu ici. On en compte désormais trois dans cette ville de 48.000 habitants. La ville accueillait même il y a quelques mois les pointures mondiales du street work-out pour une compétition. Mais Massy n’est pas la seule ville concernée, un peu partout en banlieue proche et surtout à Paris, des parcs de musculation ont poussé : quai de Valmy, Buttes Chaumont ou encore le dernier en date à Porte de Bagnolet, dans le 20ème arrondissement. Les Parisiens se sont emparés du phénomène, des groupes se sont formés comme au parc de la Villette.

Une manière de proposer des équipement adéquats, toujours gratuits et inciter à la pratique sportive.

Le street work-out, né simultanément aux Etats-unis et en Russie, médiatisé en 2008, notamment via Youtube, est venu depuis quelques années s’implanter en France. Discipline créée au départ pour palier un manque de ressources; elle a vite été reprise par les villes, de manière officielle. Une manière de proposer des équipement adéquats, toujours gratuits et inciter à la pratique sportive.

 

 

Ces installations en plein air offertes par la mairie font partie d’une stratégie. Paris souhaite devenir une des premières grandes métropoles sportives du monde avec l’avènement du Grand Paris courant 2020.

 

Installations gratuites, nouvelles infrastructures, la ville mise sur le sport pour insuffler du mouvement, de la modernité, le tout sur fond de cohésion sociale. Virgile Caillet, économiste du sport, explique, “ces infrastructures coûtent moins cher à la ville que les grands complexes comme les piscines et répondent également à une demande plus en plus forte des concitoyens qui est de pouvoir pratiquer quand ils veulent, où ils veulent.”

A Paris, 3,8% des licences sportives sont délivrées dans les quartiers prioritaires

Dans l’Union Européenne, les deux tiers de la population adulte n’atteignent pas les niveaux d’activité physique recommandés, étant entendu qu’il y a un facteur social. A Paris, 3,8% des licences sportives sont délivrées dans les quartiers prioritaires, soit 2 fois moins que leur poids dans la population. Le manque d’installations de proximité, de moyens de transport et surtout de moyens pécuniaires agissent comme une barrière à la pratique du sport. C’est à partir de ces constats que Paris souhaite remettre le sport au coeur d’une stratégie sociale pour la ville et c’est également le souhait des habitants.

Pour Virgile Caillet, ces infrastructures sont des lieux de lien social. « Les gens sont à égalité, il y a une équité devant l’engin, on rencontre des gens, ça crée un endroit de passage, ce sont des points qui deviennent important dans les villes”, explique-t-il.

Une façon de se réapproprier la ville

Un terrain de basket aux Halles, un skatepark dans le 20ème arrondissement, aménager des espaces sportifs, améliorer les équipements, créer des espaces extérieurs pluri-disciplinaires, un parcours de santé au Champs de Mars.. Sur le site du budget participatif de Paris, les projets sportifs ne se comptent plus, allant parfois jusqu’à 2 millions d’euros pour un projet. D’années en années les dossiers déposés par les citoyens se tournent de plus en plus vers le sport. “Les parisiens veulent se réapproprier leur espace. Comme la forte demande d’aménagement de jardin urbains, le sport est en train d’exploser”, glisse une employée du Budget Participatif de Paris.

Les habitants investissent les espaces publics, de nombreux sports urbains se créent : street golf, slackline, échasses urbaines, entre autres.. Depuis cinq ans, Andy parcourt les rues de Paris d’une drôle de façon. Adepte du Parkour, elle saute, elle escalade, elle se glisse, se faufile, elle crapahute. Paris est son installation de sport. Une discipline qu’elle pratique aussi dans des gymnases. “Quand j’en fais en intérieur, c’est totalement différent. C’est un sport inventé dans la rue, qui est fait pour être pratiqué dans la rue, on a une totale liberté de mouvement, tu te sens libre. Mais je ne m’interdis pas d’en faire en intérieur avec des équipements prévus pour”, explique-t-elle.

Le sport devient un mode de vie

Le sport en accès libre se développe aussi dans le privé, les installations payantes ont investi la ville, des entreprises y ont vu des opportunités. En tête, les foot à cinq, dits les “Five”.

Le principe : louer un terrain de football taille réduite pour y jouer à cinq contre cinq, une heure ou plus. Virgile Caillet, économiste du sport, voit ce système comme une évolution de notre rapport à la pratique sportive. “On va dans des lieux qui correspondent à notre rythme de vie, c’est un sorte de consommation de sport, de la même manière qu’on va au cinéma. Maintenant on peut faire du football quand on veut. Et ca marche, il y a plus de gens qui jouent au Five que de licenciés à la FFF” développe-t-il.

 

Cette urbanisation des sports commence par toucher de plus en plus de disciplines : escalade, glisse urbaine type skateboard, DMX ou longboard. En 2020, le skate sera au programme des Jeux olympiques de Tokyo donc on s’attend à voir de plus en plus d’infrastructures sur développer. Le basket est également entrain d’évoluer.

Hoops Factory

 

Apporter des conditions de jeu

Ouverte en janvier 2016 à Aubervilliers, la Hoops Factory est souvent qualifiée de temple du basket indoor à Paris. Implanté dans le 93, au nord de Paris, connu pour ses playgrounds extérieurs vétustes, la Hoops offre 6 terrains de basket accessibles jusqu’à minuit. Contre 8€ de l’heure.

Pour Sebastien Munoz, directeur de la Hoops Factory, le lieu s’est imposé comme alternative directe aux playgrounds. “En créant la Hoops Factory on a voulu apporter des conditions de jeu, un cadre, une ambiance. Mais on voulait aussi des terrains entiers, bien équipés. Les gens ici paient pour une sécurité, qui pour l’instant n’est pas encore là pour le basket. Au nord de Paris les terrains sont insalubres et inadaptés” raconte-t-il.

Sébastien Munoz, directeur de Hoops Factory

Sébastien Munoz, directeur de Hoops Factory

 

Djordje, un habitué, confirme “ici, c’est du parquet comme en NBA”. De bon niveau, il vient ici se confronter en équipe à d’autres joueurs d’Île-de-France. Un petit monde. Beaucoup se connaissent, même de vue. La Hoops Factory voit défiler majoritairement des jeunes hommes entre 20 et 30 ans. Mais elle voit son public évoluer : plus de jeunes et aussi plus de filles. Les mercredis en fin d’après-midi, il n’est pas rare de voir arriver des parents clé de voiture à la main venir récupérer leurs enfants.

« On a envie que les gens disent “on va faire un hoops” comme on pourrait dire “on va faire un five” »

Du succès, beaucoup de changements au fil du temps mais surtout une ouverture à Toulouse et une à Evry en Essonne, le mois dernier. Après ces réussites, la direction ne cache pas son ambition: “la Hoops Factory a été créée en s’inspirant des Fives, on ne le cache pas. Notre but à terme c’est qu’on identifie la Hoops comme une activité entière, ce n’est plus du basket de rue, ce n’est pas un club de basket c’est la Hoops Factory et on a envie que les gens disent “on va faire un hoops” comme on pourrait dire “on va faire un five”, avance Sebastien Munoz.

Petit à petit, ces types d’installations, privées ou publiques, gratuites ou payantes, se font connaitre non plus seulement des initiés mais du grand public. Notre mode de consommation du sport évolue, s’ouvre sur la ville, se modernise. Les infrastructures se développent, en facilitant surtout leur accès aux jeunes. En France, 46% des 15-29 se livre à une activité physique hebdomadaire.

 

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