Au Québec, un soutien virtuel face au Covid-19

« J’ai eu la COVID-19 » est un groupe Facebook visant à favoriser l’échange entre victimes directes ou indirectes du coronavirus. Sa créatrice Julie Breton envisage d’étendre l’édition québécoise à l’Hexagone.

Julie Breton a créé la page Facebook « J’ai eu la COVID-19. » pour rassembler des témoignages et informer la population. Photo Julie Breton

“Le” ou “La” Covid, la question fait débat. Et si l’Académie Française, tout comme l’Organisation Mondiale de la Santé, recommande bien de parler de “la” Covid, les Québécois, eux, ont déjà tranché sur la question depuis longtemps.

« J’ai eu la COVID-19” se destine à « être un lieu de témoignages de gens qui se sont rétablis. » Créé il y quelques semaines par Julie Breton, enseignante québécoise de 42 ans, il rassemble des posts de personnes testées positives au coronavirus ou de leurs proches. « L’objectif est d’avoir un endroit où se rassurer ; au Québec, on n’a pas tous les jours le nombre de morts, d’hospitalisations, de soins intensifs. À l’occasion on a un nombre de gens rétablis, mais c’est tout. Je voulais donner une voix à ces gens.»

Comptant 289 membres à l’heure actuelle, le groupe facebook est un moyen pour les patients remis de la maladie de partager leur expérience. Sélectionnés à l’entrée, les membres doivent obligatoirement avoir été testés positifs au Covid-19, ou connaître une personne ayant reçu un diagnostic médical. Écrire, raconter son vécu est alors une façon d’affronter psychologiquement cette crise sanitaire, et de créer un lien social : « Parmi les membres, certains ont écrit dans le groupe que cela leur avait fait du bien d’en parler. D’autres membres déjà rétablis reviennent donner des nouvelles, et les membres entre eux s’écrivent, se soutiennent » explique Julie Breton.

Pour l’instant, le groupe ne possède pas d’équivalent sur la toile française. Au Québec, selon les chiffres du 18 mai, on compte 42 920 cas confirmés de coronavirus, 3562 décès et 11 754 guérisons.

Colette Aubert

“Il y a des similitudes entre ce que l’on vit et ce que nos ancêtres ont vécu”

Isolation, mise en quarantaine, théories du complot… À différentes époques, on retrouve des similitudes autour de la gestion des épidémies et de la place des malades dans la société. Didier Foucault, docteur en histoire et maître de conférence à l’Université de Toulouse, détaille ces caractéristiques communes à de nombreux épisodes pandémiques.

 

La Peste d’Asdod, Nicolas Poussin, 1630. Musée du Louvre

 

Quelles peurs les épidémies ont-elles pu générer au fil des époques ?

Didier Foucault : On peut prendre comme modèle général celui de la Peste, une des plus grosses épidémies que l’on ait connues depuis la fin du Moyen-Âge. On observe d’abord une crainte parce qu’on apprend que des cas se sont déclarés dans une ville plus ou moins proche. Quand il y avait un danger, la première chose à faire, c’était fermer les portes de la ville. Très souvent, il y a aussi un premier réflexe de fuite, notamment chez les médecins et les responsables municipaux. Ils vont se réfugier à la campagne et s’isoler.

Ensuite, un certain nombre de rumeurs se propageaient. Lorsque la Peste noire s’est développée au 14e siècle, on a par exemple vu des accusations envers des Juifs qui auraient, par malveillance, enduit des poignées de porte avec de la graisse infectée par la Peste. Ces réflexes pouvaient se retourner aussi contre les vagabonds, les pauvres. On les mettait alors en dehors de la ville pour se débarrasser de la maladie.

Comment s’occupait-on des malades ?

D.F. : On les enfermait dans leur maison et on leur interdisait absolument de sortir, pour ne pas propager la maladie. Ensuite, on les extrayait de la maison pour les placer dans des lazarets, des terrains vagues à l’extérieur de la ville dans lesquels on faisait des enclos, des cabanes en bois où on entassait les malades. Le cimetière était très souvent une fosse commune dans laquelle on enterrait des centaines, voire des milliers de morts.

Comment circulait l’information en cas d’épidémie ? 

D.F. : Le cas de Venise est assez intéressant à ce titre. Venise avait des diplomates dans toutes les grandes villes de la Méditerranée. Donc dès qu’il y avait un risque de peste à l’étranger, ils avertissaient par bateaux du danger. Cela permettait aux Vénitiens de prendre des mesures de quarantaine. L’information circulait à la vitesse de l’épidémie. On est aujourd’hui dans un contexte et un univers historique différents, mais il y a quand même beaucoup de similitudes entre ce que l’on vit et ce que nos ancêtres ont pu vivre il y a quelques siècles. 

 

Propos recueillis par Elisa Fernandez