L’escalade, le sport qui grimpe en ville

par Chloé Tixier et Clément Dubrul

L’escalade, le sport qui grimpe en ville

L’escalade, le sport qui grimpe en ville

Chloé Tixier et Clément Dubrul
16 mai 2018

L’escalade, c’est le nouveau sport tendance chez les urbains. Séduits par la pratique en salle et par sa facilité d’accès pour les novices, les infrastructures se multiplient à Paris.

« Est-ce qu’on t’a expliqué la règle avant de grimper ? Pour retomber il faut se réceptionner sur les jambes en pliant les genoux et tu te laisses tomber en arrière sur les fesses. Sinon tes chevilles peuvent en prendre un coup. ». Un conseil et Cédric peut déjà commencer sa séance. C’est la première fois que le jeune homme grimpe en salle. « J’en avais déjà fait au collège mais là c’est la première fois que je m’essaye à l’escalade de blocs » lance-t-il après sa première chute de la journée.

Si l’escalade est un sport né en montagne, il attire dorénavant par sa pratique en salle, notamment grâce à l’escalade de blocs. Pas besoin d’apporter corde et harnais, on pratique sans matériel, hormis une paire de chaussons. Une particularité qui rend ce sport accessible à tous. La Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME) compte 93 500 adhérents, deux fois plus qu’il y a dix ans. Parmi eux, près de 90% grimpent sur des prises artificielles.

Escalader dans une salle est donc devenu une pratique courante et accessible pour un public urbain. En région parisienne, plusieurs salles ont vu le jour comme à Saint-Ouen, Montreuil ou encore Issy-les-Moulineaux. En quelques stations de métro, chacun peut s’y rendre quand il le souhaite, entre midi et deux ou le soir à la sortie du bureau. Située dans le quartier de Nation, Arkose est la première salle d’escalade de blocs dans Paris intra-muros. Ouverte de 8 heures du matin à minuit tous les jours, elle s’adapte parfaitement au rythme de vie des citadins.

Au sein d’un ancien atelier centenaire, tout a été repensé pour proposer une expérience unique d’escalade. 1100 m2, 200 blocs différents et un renouvellement des prises toutes les cinq semaines pour satisfaire les grimpeurs réguliers. Une entrée pour une séance revient à 15 euros et il faut compter 495 euros pour un abonnement annuel. A cela s’ajoute la location des chaussons à 4 euros. Les néophytes peuvent aussi se laisser tenter par les cours à 650 euros l’année. Un coût plus élevé que dans les salles municipales. Au club de Massy par exemple – le plus important de France avec 700 licenciés – l’année revient entre 100 et 300 euros.

 

Les trois disciplines de l’escalade :

– Bloc : Le bloc se pratique sur des structures d’escalade ne dépassant pas les 5 mètres de haut. Les grimpeurs y grimpent sans corde ni baudrier, leurs chutes éventuelles étant sécurisée par de gros matelas de réception. L’objectif est de réaliser les blocs proposés (en tenant la prise finale) avec le moins d’essais possible et en un temps donné.

– Difficulté : L’escalade de difficulté est la plus ancienne des disciplines. Elle se pratique sur un mur de 15 mètres de haut en moyenne, les grimpeurs sont équipés de baudriers et corde. Leur assurage est effectué par un membre de l’organisation. L’objectif de la difficulté est d’aller au somment de la voie proposée.

– Vitesse : C’est la dernière-née des disciplines de l’escalade sportive. Elle est un peu à l’escalade ce que le sprint est à l’athlétisme. En effet, les grimpeurs doivent réaliser le plus rapidement possible une voie tracée sur un mur très vertical de 15 mètres de haut, et équipée d’une plaque de touche au sommet, optimisant la précision et l’enregistrement des temps.

 

Un sport ludique et accessible

« Là, vas-y, utilise ton pied pour t’appuyer sur la prise à ta gauche ! ». Un peu plus loin sur les tapis, Johanna encourage et conseille son amie Adèle qui a débuté il y a seulement un mois. « On a commencé grâce à des amis en communs qui grimpent. On a voulu essayer et ça nous a plu donc on s’est inscrites ici ! », affirme-t-elle en regardant en l’air son amie essayer d’attraper une prise de couleur jaune. Au mur, la difficulté est indiquée par une couleur. Prises jaunes pour les parcours les plus simples, jusqu’à noires pour les plus compliqués. Chacun en a pour son niveau. C’est aussi une raison de son succès : dès la première séance, un débutant peut déjà voir ses efforts récompenser en terminant un parcours.

Chaque couleur de prise équivaut à un niveau de difficulté. Crédit : Clément Dubrul

Chaque couleur de prise équivaut à un niveau de difficulté. / Crédit : Clément Dubrul

 

Au rythme d’une à trois séances par semaine depuis un an et demi, Johanna elle tente déjà des parcours bleus. « Je prends beaucoup de plaisir à grimper. Ça me permet de me challenger et de me surpasser à chaque fois ». Les cheveux bien attachés, le regard concentré et les mouvements assurés, pendant près de deux heures, les deux étudiantes en école d’ingénieur vont monter, tomber, réessayer encore et encore… Des efforts courts mais intenses qui mettent le corps à rude épreuve.

« Ça fait travailler les mains, les poignets, les bras, on a mal au bout des phalanges. Le soir, après une séance, on a du mal à ouvrir les portes ! », sourit Adèle en secouant les bras.

Pour progresser, les deux jeunes filles peuvent compter sur les autres grimpeurs présents dans la salle. Car l’entraide et la convivialité sont aussi des valeurs de cette pratique. « Il y a toujours des gens qui viennent m’aider et qui me disent ‘pose ta main plutôt comme ça’ », affirme Adèle.

Parmi ces grimpeurs aguerris, il y a Pascal, ergonome et ancien instructeur d’escalade en Angleterre. Taillé comme un sportif de haut niveau, Pascal se déplace de prise en prise avec une souplesse et une légèreté impressionnante. Spécialiste de la grimpe en extérieur, il n’hésite pas à venir se confronter à des blocs en salle : « Les puristes aiment escalader les falaises mais c’est difficile mentalement et ce n’est pas toujours possible avec le temps. Le bloc en salle permet de venir à n’importe quel moment, c’est différent car c’est court et intense mais ça permet de se tester aussi ».

En bon professionnel, Pascal n’hésite pas à transmettre ses conseils aux débutants. « L’escalade c’est un état d’esprit avant tout. C’est un sport où l’on rencontre des personnes simples de nature. Dès que je peux, j’essaye d’aider les gens qui débutent en leur donnant quelques astuces s’ils ont du mal à grimper » déclare-t-il, en observant le mur où un jeune homme lutte pour atteindre une prise bleue.

En fin d'après-midi, il devient difficile de se déplacer sur les tapis.

En fin d’après-midi, il devient difficile de se déplacer sur les tapis. / Crédit : Clément Dubrul

 

Débutants et professionnels sont donc mélangés au sein d’un même espace de grimpe. Etudiant à l’université, trentenaire sortant du travail, sportif régulier… La salle est ouverte à tout le monde et à tous les âges. Mais, revers de la médaille, la salle Arkose de Nation est déjà victime de son succès. Les week-ends et en fin d’après-midi dans la semaine, l’affluence est de plus en plus forte. A un point qu’il en devient compliqué de se déplacer dans les allées sur les tapis. « Je ne pensais pas qu’il y aurait autant de monde c’est impressionnant, c’est compliqué de se frayer un chemin mais ils laissent rentrer les gens sans problème », constate Cédric qui s’est assis sur le côté pour observer les autres grimpeurs.

Longtemps considéré comme un sport d’extérieur et dangereux, l’escalade s’est ouverte à un public beaucoup plus large grâce à ces salles. Un succès qui ne cesse de grandir et qui permet à toute la pratique de se développer.

Une pratique en pleine croissance

L’escalade, c’est aussi un marché en pleine expansion avec l’essor de la pratique en salle. Les premières ouvrent en France au début des années 1990. Une présence alors marginale parmi les infrastructures sportives. Mais depuis quelques années, elles fleurissent un peu partout sur le territoire. Aujourd’hui on compte environ 3000 salles municipales en France gérées par la FFME, soit presque deux fois plus qu’il y a six ans. A cela s’ajoute les salles privées : 145 en 2017 dont 80 dédiées uniquement au bloc.

Le résultat de l’arrivée d’une nouvelle vague d’entrepreneurs qui a su flairer la tendance comme le groupe Arkose. La première salle a été inaugurée à Montreuil en 2013. Elle affiche déjà un million de chiffre d’affaires et une rentabilité à hauteur de 30%. Une levée de fonds de 2,4 millions d’euros et 5 ans plus tard, l’entreprise compte déjà 8 salles en France. Surtout, elle est la seule à détenir une salle dans Paris. Un emplacement idéal selon Alexandre Portejoie, directeur adjoint de la salle à Nation : « Le fait qu’on soit à Paris ça draine beaucoup plus de monde qu’une salle juste de l’autre côté du périphérique comme Montreuil ». Ouverte l’année dernière, elle est « déjà rentable » et le succès ne se dément pas:

« On a 80 nouveaux clients par jour et jusqu’à 230 les jours fériés », explique le gérant.

Pour répondre à cette demande, le rythme d’ouverture va s’accélérer. Le groupe vise une vingtaine de salles d’ici 2019 – dont deux à Paris – et finira l’année avec un chiffre d’affaires qui avoisinera les 8 millions d’euros.

Après l'effort, le réconfort : un restaurant et un bar sont à la disposition des grimpeurs.

Après l’effort, le réconfort : un restaurant et un bar sont à la disposition des grimpeurs. / Crédit : Clément Dubrul

 

Pour attirer de nouveaux clients, Arkose ne mise pas que sur l’escalade. Il est aussi possible de venir faire du yoga, de boire un verre au bar ou encore d’aller au restaurant manger bio et local. Un « lieu de vie » selon les dirigeants qui vise à fidéliser la clientèle. Et pour aller plus loin, une boutique va bientôt ouvrir ses portes. « Regardez les gens viennent en short de ville, ils n’ont pas du tout la tenue spécifique du grimpeur. Ils louent quasiment tous leurs chaussons, constate Alexandre Portejoie. Notre fournisseur nous a informés que 3 tailles de chaussons étaient en rupture de stock car on lui en demande trop ! Tous les jours on envoie nos clients vers des boutiques spécialisées car ils veulent s’équiper. C’est une forte demande de leur part ».

Trop de pratiquants, pas assez de salles: environ 150 projets de création de « murs » sont prévus pour cette année. Une chose est sûre: l’escalade attire et pourrait conquérir de nouveaux adeptes en 2020. Cette date marquera l’entrée de la discipline au programme des Jeux Olympiques à Tokyo aux côtés du karaté ou encore du surf. Une nouvelle vitrine pour un sport qui n’a pas fini de se développer.

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