Étudier à Paris : la traque au logement

Étudier à Paris : la traque au logement

Étudier à Paris : la traque au logement

Pénurie d’appartements, loyers exorbitants, surfaces réduites et concurrence effrénée… la quête d’un logement pour un étudiant qui souhaite emménager à Paris est un chemin semé d’embûches. Enquête sur un marché saturé qui pousse les étudiants à trouver des solutions alternatives.


Trouver un logement à Paris ? “C’était vraiment galère”, témoigne Maëlane, étudiante en master qui a mis plusieurs semaines, à la rentrée 2018, pour y arriver. “Je consultais toutes les deux heures les nouvelles annonces sur les sites de location entre particuliers, agences immobilières, groupes sur les réseaux sociaux”, se souvient-elle.

La pénurie de foncier fait de Paris une zone immobilière extrêmement tendue et quasiment inabordable”, constate David Rodrigues, membre de l’association Consommation Logement Cadre de vie (CLCV). Quand d’autres villes ont le loisir de s’étendre, la capitale est, elle, ceinturée par le périphérique et les nouvelles constructions y sont rares. Dans un tel contexte, le prix du mètre carré s’élève inexorablement, atteignant aujourd’hui la somme moyenne de 35,13 €, soit 3 % de plus qu’en 2017, d’après les chiffres de Locservice.
A titre de comparaison, il faut par exemple compter en moyenne 23,9 euros/m² dans les Hauts-de-Seine, 17,58 euros/m² à Lyon ou encore 10,26 euros/m² à Saint-Etienne. Pour couronner le tout, les plateformes de location touristique comme Airbnb vident le centre historique de ses habitants. “Un logement sur quatre ne sert plus à loger des Parisiens”, s’indignait Ian Brossat en septembre dernier dans un entretien à l’AFP. L’adjoint chargé du logement, tête de liste du PCF (Parti communiste français) aux Européennes, voudrait interdire la location d’appartements entiers via Airbnb dans les quatre premiers arrondissements.

Ce sont les jeunes qui paient le plus cher les logements”, affirme Roch Sonnet, chargé de communication à l’Institut National de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP). Rapporté au mètre carré, “un studio sera toujours plus cher qu’un trois pièces, détaille-t-il, car plus la surface du logement est petite, plus le coût du m2 est élevé.” Si la recherche de logement est un véritable parcours du combattant pour les actifs, ceux qui souffrent le plus de la saturation du marché sont les étudiants, dont les ressources sont faibles. Mais ils continuent malgré tout d’affluer dans les prestigieuses formations parisiennes. Leur nombre, qui a augmenté de 16% en dix ans selon les chiffres de Letudiant.fr, fait ainsi grimper la demande en studios, logements les plus recherchés dans la capitale.

Des bailleurs peu scrupuleux

Outre la rareté de l’offre à Paris, se pose aussi la question de la qualité des biens mis en location. “Je me souviens avoir visité un appartement où il y avait des bombes anti-insectes partout dans les placards, raconte Maëlane. On s’est dit que l’appartement était probablement infesté de nuisibles.” Des histoires comme celles-ci, les étudiants parisiens en ont tous.

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Il n’est pas rare de voir des annonces proposant des appartements sales, minuscules, murs humides ou peintures craquelées… Sur le site de petites annonces gratuites Leboncoin.fr, on peut ainsi trouver des offres de locations pour des surfaces inférieures au minimum légal – 9m2 ou 20m3 –, comme ce studio de 6m2 près du Canal Saint Martin. Le bailleur, probablement locataire, sous-loue sa “chambre studette” pour 130€ les trois nuits et 250€ les sept nuits. Ce genre d’annonces ne reste jamais très longtemps en ligne afin de ne pas attirer l’attention. Le studio de 6m2 est ainsi resté seulement deux jours sur le site.
Sans logement à quelques semaines de la rentrée de septembre dernier, Clémence, une étudiante de 22 ans n’a pas hésité avant de signer le bail pour une chambre dans le XVIIe arrondissement. Dans ses 9m2, au 6e étage d’un immeuble haussmannien, tout est optimisé : le canapé-lit rentre tout juste entre la douche et le mur, le mini-ballon d’eau chaude a sa place sous l’évier et le micro-onde trône près du bureau. Pour les toilettes toutefois, il faut se rendre sur le palier. “Ça faisait un mois que j’épluchais les annonces, raconte-t-elle, alors quand j’ai vu le loyer de 390€ j’ai sauté sur l’occasion.” Sans se douter qu’il allait lui réserver quelques mauvaises surprises. “Ça a commencé avec le robinet qui goutait. J’ai dû insister pour que les propriétaires appellent un plombier”. Après les fuites, l’humidité. Des traces de moisissures sont visibles sur les murs autour de la fenêtre, maintenue ouverte malgré la faible température. Rien n’y fait, après chaque nettoyage au vinaigre, Clémence voit les taches revenir. “Les propriétaires m’ont dit qu’ils n’avaient jamais eu ce problème avec les anciens locataires, mais j’ai du mal à le croire”.

Or l’humidité dans un appartement est un véritable enjeu de santé, car elle favorise le développement d’allergies et entraîne des maladies respiratoires et articulaires. Anne Hidalgo, la maire de Paris, s’est donc engagée dans la lutte contre ces logements “dangereux pour la santé de fait de son état ou de ses conditions d’occupation”, selon la définition du gouvernement. “Il faut savoir que le gros de l’insalubrité à Paris a été éradiqué au cours des 10 dernières années”, indiquait Ian Brossat au micro de RMC en août dernier. Mais la Fondation Abbé Pierre dénonce quant à elle des “actions nettement sous-calibrées.”

De manière générale, les propriétaires savent qu’il y a une telle demande qu’ils n’ont pas besoin d’être exigeants sur le bien qu’ils proposent. Les étudiants sont alors la cible idéale car ils ne sont pas rompus aux manœuvres douteuses des bailleurs. “C’est un cercle vicieux, observe David Rodrigues, dans le sens où comme on est sur une zone hyper tendue, on ne peut pas refuser. Mais en même temps si on ne refuse pas, les mauvaises pratiques perdurent.

Des alternatives à la location privée

Le parc immobilier privé n’est pas la seule solution pour se loger à Paris. Les étudiants qui ont peu de moyen tentent d’abord leur chance en résidence universitaire. Chaque année, environ 10 000 étudiants déposent leur candidature au CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et scolaires) pour obtenir une chambre. Pourtant, seulement 6 750 places sont disponibles dans plus de 70 résidences universitaires parisiennes. La liste d’attente pour y accéder est interminable et même les boursiers n’obtiennent pas tous une place.
Si ces résidences “U” s’adressent essentiellement aux boursiers et sont censées êtres abordables, leur loyer, en augmentation chaque année selon les chiffres de la Fédération étudiante francilienne, reste élevé. La résidence des Carmes, dans le Ve arrondissement, propose ainsi une studette de 11m2 pour 702 euros. A la rentrée 2018, seulement 1% de la population étudiante parisienne était logé en résidence universitaire, alors que celle-ci compte 30% de boursiers.

Ceux qui n’ont accès ni à la location privée ni aux résidences universitaire doivent redoubler d’effort. Parmi eux, Peggye a trouvé une solution alternative. Il y a quelques années, la jeune femme alors âgée de 23 ans a opté pour une résidence intergénérationnelle. Cette forme de cohabitation permet à un étudiant ou un jeune actif de vivre chez une personne âgée en échange de petits services et/ou d’un petit loyer. “À l’époque, je passais le concours d’avocat. Le fait de ne pas avoir à trouver un job pour financer mon loyer, qui était de 200 euros, c’était essentiel, relate-t-elle. J’étais aussi libre de mes allées et venues que si j’habitais dans un appartement individuel.” Cuisine et salle de bain privées, porte d’entrée personnelle, Peggye vivait comme dans un studio. “Ma seule obligation était d’aller passer un peu de temps chez l’habitant, une dame de 86 ans qui vivait seule depuis la mort de son mari, plusieurs fois par semaine”. Si le loyer attractif a été un argument solide pour Peggye, c’est aussi “l’aspect convivial” qui l’a séduite. Mais ce mode de cohabitation implique aussi son lot d’inconvénients. “Certaines personnes âgées sont plus dépendantes que d’autres, il faut pouvoir être disponible tous les soirs à horaires fixes. C’est difficile quand on est étudiant”, reconnaît Peggye.

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Une solution peut alors être de renoncer à la capitale et d’accepter de vivre plus loin du lieu d’étude. Car si les loyers dans la banlieue proche sont élevés – 23,9 €/m2 en moyenne dans les Hauts-de-Seine, 18,6 € en Seine-Saint-Denis, 20,4 € en Val-de-Marne – ils restent néanmoins plus abordables. Étudiant à l’université Paris Diderot, Nicolas vit à Malakoff, dans les Hauts-de-Seine. “Chaque jour, j’ai à peu près 45 minutes de trajet pour aller en cours, raconte-t-il, et c’est sans compter les pannes de métro.” Si la distance qu’il doit parcourir deux fois par jour est contraignante, la localisation de son appartement a ses vertus. “Je suis en colocation dans un appartement de 42m2 pour un loyer de 550€ chacun”, précise l’étudiant. “C’est toujours cher, mais au moins j’ai de l’espace. On a chacun notre chambre et une vraie pièce à vivre.” À croire que pour bien se loger à Paris, la meilleure solution est de ne pas y habiter.

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Elsa Assalit et Cécile Da Costa

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