A Saint-Ouen, les agents contre la privatisation de l’entretien des écoles

Ce jeudi, une centaine d’agents municipaux se sont rassemblés devant la mairie de Saint-Ouen pour réclamer des négociations avec le maire qui souhaite sous-traiter l’entretien des écoles de la ville. 

Enseignants, parents d'élèves et agents municipaux se sont rassemblés devant la mairie de Saint-Ouen pour réclamer des négociations avec le maire.

Enseignants, parents d’élèves et agents municipaux se sont rassemblés devant la mairie de Saint-Ouen pour réclamer des négociations avec le maire. Crédit : Joséphine Gruwé-Court

« On veut négocier ! On veut négocier ! On veut négocier ! » Ce jeudi midi, agents municipaux, professeurs des écoles et parents d’élèves étaient devant la mairie de Saint-Ouen pour interpeller le maire, qui souhaite privatiser l’entretien de l’ensemble des écoles de la ville, dès janvier prochain. En grève depuis lundi, les agents n’assurent plus le nettoyage et la restauration dans les établissement pour dénoncer leurs mauvaises conditions de travail, réclamant plus d’effectifs et des titularisations. Depuis quelques mois, la mairie expérimente la privation de l’entretien à l’école du Petit Prince, où des agents de l’entreprise Elior gèrent le nettoyage et la restauration. Les syndicats dénoncent une expérience « catastrophique », qu’ils ne veulent pas renouveler dans les autres écoles.

Pendant une heure, armés de mégaphones, les manifestants ont appelé le maire à venir négocier avec eux. « La mairie dit qu’elle veut bien négocier mais que les syndicats refusent. C’est un mensonge, c’est l’inverse ! » s’insurge Bruno Beylat, responsable syndicat, avant de prendre son téléphone et essayer de joindre le maire sur son téléphone personnel… sans succès. « Il est aux abonnés absents« , soupire-t-il, en agitant les grilles de la mairie.

Selon la CGT, 88% des écoles sont touchées par le mouvement de grève des agents. Mirella, agent municipale, s’occupe de la restauration de l’école Joliot-Curie et fait grève depuis lundi. « La mairie dit vouloir nous remplacer parce qu’il y a trop d’absentéisme actuellement mais on n’est jamais remplacées quand on s’absente. Il y a des agents qui ne sont pas titulaires alors que ça fait des années qu’elles travaillent« , regrette-t-elle.

Parmi la centaine de manifestants présents, des professeurs sont venus montrer leur soutien aux agents -principalement des femmes-, qu’ils côtoient chaque jour. Pour Sonia, professeure à l’école Mandela, « les agents ne sont pas très respectées« . « Elles sont malheureuses. Elles changent de statut, ne sont pas titularisés et ont des conditions de travail difficiles« , ajoute-t-elle. Emmanuel, son collègue, estime que si la mairie fait appel à des privés, « la prestation sera moins bonne » : « C’est bête, mais on hésitera même à faire des ateliers de peinture avec les enfants, si les agents ont moins de moyens pour nettoyer la classe« .

Sous-traiter, plus coûteux et moins efficace pour la CGT

Selon la CGT, si la sous-traitance s’étend à toutes les écoles de la ville, une vingtaines d’agents pourraient être licenciés. Bruno Beylat, secrétaire de l’union locale, dénonce une « absurdité économique« : « La mairie va licencier les agents, puis elle va devoir payer à la fois leur chômage et une entreprise privée. Alors que ça aurait coûté moins cher de donner seulement plus de moyens aux agents municipaux ». Pour son collègue Nadir Houassim, animateur de la ville, « on marche sur la tête (…) quand on a vu les résultats catastrophiques à l’école du Petit Prince« .

Bruno Beylat explique : « Au Petit Prince, ils ont recalculé le nombre d’agents en fonction de la surface de l’école et il n’y en a pas assez, et désormais, ils ne nettoient les toilettes qu’une fois par jour, alors que c’est trois fois normalement« . Loïc le Bizec, enseignant à l’école Jules Michelet, ajoute qu' »en faisant appel à des privés, les agents vont nous prendre pour des clients. Faire des économies à ce point-là, c’est non« .

La ville menace de fermer la cantine lundi prochain

Depuis lundi, une grande partie des agents municipaux de la restauration de Saint-Ouen sont en grève et n’assurent plus la cantine pour les élèves.  Alors, les parents s’organisent pour garder les enfants le midi et les faire manger en groupe. D’après Nadir Houassim, le maire a demandé aux professeurs, qui ne font eux pas grève, de s’occuper des enfants le midi. « Mais ce n’est pas leur boulot » lâche-t-il.

« Le maire a prévu de commander des pique-niques pour les 200 élèves si la grève continue, c’est la seule chose qu’il a trouvé à faire » déplore l’animateur. Selon les syndicats, la mairie a aussi prévu de fermer les cantines lundi prochain pour empêcher les agents de faire grève. Contactée, la mairie n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Joséphine Gruwé-Court

 

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