La lassitude des journalistes face à l’attente du remaniement

Pris en étau entre le devoir d’informer et l’attente de la composition du nouveau gouvernement, les journalistes politiques font preuve de patience et d’imagination pour traiter le remaniement qui devrait intervenir à partir de vendredi soir, soit dix jours après la démission du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb.

Sébastien Chenu, député Rassemblement National du Nord, répond aux questions des journalistes avant d'entrer dans l'Hémicycle.

Sébastien Chenu, député Rassemblement National du Nord, répond aux questions des journalistes avant d’entrer dans l’Hémicycle.

Dans la salle des Quatre colonnes, les pieds des caméras sont installés, les micros sont allumés, les carnets sont prêts, mais c’est la lassitude qui prend le plus de place. Ce mercredi, cela fait une semaine que Gérard Collomb a annoncé sa démission et qu’Édouard Philippe assure l’intérim place Beauvau. Les journalistes n’attendent qu’une chose : connaître la composition du nouveau gouvernement. Remplacer celui qui repart à la mairie de Lyon s’avère plus difficile que prévu pour l’exécutif qui n’annoncera la nouvelle équipe qu’à partir de vendredi soir, au retour du président d’Arménie. Ce dernier a dit vouloir prendre « tout le temps nécessaire, dans le calme, le professionnalisme et le respect des personnes ».

 

Certains journalistes se sentent pourtant esclaves de la communication du président et regrettent de « broder sur du vide », quand d’autres estiment que l’attente est habituelle en politique et s’amusent à développer des angles. Radio, télé, papier: tour d’horizon de l’état d’esprit des journalistes.

« C’est habituel d’attendre »

Assis sur un canapé rouge de la mythique salle des Quatre colonnes, QG des journalistes, Salah Agrabi et Jean-Michel Noel, JRI et preneur de son à France télévision, sont arrivés à 10 heures et ne repartiront pas avant 18 heures. Plus tôt, ils étaient à Matignon pour capter les réactions de l’opposition. Pour le premier, « c’est habituel d’attendre, que ce soit en politique ou en faits divers » mais regrette « la langue de bois » : « il ne passe rien mais il faut informer quand même, alors on est obligé de dire qu’il ne se passe rien. C’est comme les trains qui partent à l’heure » sourit-il. Mais ils s’en accommodent. « C’est la même chose pendant les périodes d’élections », ajoute le second.

Quand Valérie Boyer passe devant Aurélien Soucheyre, le journaliste à l’Humanité reste en retrait, loin des micros tendus à la députée. Il estime que l’attente est plus supportable pour lui que pour ses confrères de télévision et de radio. « Ce n’est pas pénible. Ce qui nous énerve, c’est quand le mardi, on est persuadé que le remaniement aura lieu et qu’il n’a pas lieu. On avait préparé le journée sur le remaniement, mais changer de sujet ça peut arriver souvent, pour plein de raisons. Mais c’est plus facile en presse écrite ». Il considère le délai anormalement long comme une matière journalistique en soi : « plus le remaniement traîne, plus l’exécutif a des difficultés à proposer un nouveau ministre. Nous, pendant ce temps-là, on peut faire réagir des élus, députés, politologues ». « C’est sûrement plus difficile de patienter pour les citoyens » conclut-il.

Une difficulté de se renouveler

Elle est arrivée à son bureau à 8 heures ce mercredi matin « pour faire la jonction », au cas où la composition de la nouvelle équipe gouvernementale serait dévoilée. A 14 heures, Anne Soëtemondt, journaliste à RFI, tend son micro à Sébastien Chénu pour recueillir une réaction. Cette période d’attente a trop duré selon elle : « On a la sensation d’être utilisé par Macron. Il est déplorable que l’on nous demande d’en parler autant, ça alimente la machine à buzz et les gens en ont ras-le-bol qu’on leur pose des questions ». Pour autant, elle loue l’entraide entre journalistes de différentes radios, expliquant qu' »on se met d’accord pour se relayer, si quelqu’un a un impératif, et de s’échanger les sons ».

Sur Twitter, François-Xavier Bourmaud, journaliste au Figaro, ironise sur la situation des journalistes à court d’idées.

Pour un journaliste politique d’Europe 1, « en politique, l’attente est permanente » et celle-ci paraît « très longue ». Comme ses confrères, il considère que le plus difficile, c’est de « trouver des sujets tous les jours pour en parler alors que l’on en sait rien ». Loïc Signor, journaliste politique de CNews, qui s’apprête à passer en direct, le rejoint : « on a l’impression de se répéter, de perdre notre temps, ce n’est pas très intéressant. » Un point positif à cette attente inhabituellement longue ? « Les députés parlent plus parce-qu’ils sont agacés » confie-t-il.

J.G.-C.

You may also like...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *