Le burn-out : un mal difficile à gérer en entreprise

Le burn-out, ou syndrome d’épuisement professionnel, toucherait un salarié sur trois au cours de sa carrière. En cette journée de la santé mentale, quelles actions entreprennent les milieux salariaux pour lutter contre cette pathologie ?

Axelle Bouschon

Le burn-out toucherait un salarié sur trois au cours de sa carrière. @Axelle Bouschon

Je suis arrivé au boulot comme tous les matins. J’ai allumé mon PC, j’ai ouvert ma boîte mail, et là, en voyant tous les messages en absence qui m’attendaient, j’ai fondu en larmes. Après je ne me souviens plus de grand chose, je crois que je me suis évanoui. Quand je me suis réveillé, j’étais à l’hôpital.

Trois ans ont passé, mais son burn-out, Julien ne s’en est toujours pas remis. Charge de travail trop importante, vie sociale quasi inexistante et horaires de travail à rallonge, les signes avant-coureur étaient pourtant tous réunis.

“Je ne trouvais plus de sens à rien”

Mais le trentenaire, alors responsable marketing dans une entreprise de plus de 300 salariés ne reconnaît pas le danger auquel il s’expose, et ce alors même que son propre corps commence à le lâcher. “Je faisais des insomnies, et j’avais des migraines terribles. J’étais irritable en permanence. Il m’est même arrivé d’avoir des sortes de palpitations de coeur violentes, qui m’ont laissé croire que je faisais un arrêt cardiaque. Mais comme ça ne durait jamais plus de 10 minutes, je me disais que j’étais juste fatigué et qu’il me fallait plus de café.”’

Et après plusieurs mois de déni face à son état de santé et moral détériorant, Julien craque. “J’ai passé deux semaines allongé sur un lit d’hôpital, dans un état complètement catatonique. Et même après ma sortie, je n’étais que l’ombre de moi-même. Je m’enfermais chez moi pour ne voir personne et je dormais toute la journée. La moindre activité monopolisait toute mon énergie. Je ne trouvais plus de sens à rien.

Le burn out, “mal du siècle”

Le cas de Julien, quoique sévère, n’est pas isolé. Au point que certains en font même “le mal du siècle”. Dans un bilan publié le 16 janvier dernier, l’Assurance maladie dénombre 10 000 affections physiques reconnues comme maladie professionnelle en 2016. Soit sept fois plus de cas reconnus que cinq ans plus tôt.

Pour Anne-Lyse D., directrice des ressources humaines pour une grande entreprise internationale, “le burn-out n’est pas nouveau, on apprend juste à mieux l’identifier.” En 12 ans de métier, elle raconte “en avoir vu passer” des salariés en état de détresse psychique. “Avant, notre approche était individuelle, et se passait au moment où le salarié était déjà très mal psychologiquement. On arrivait souvent trop tard parce qu’on ne traitait pas le problème à la source.” Alors depuis 2015, l’équipe de ressources humaines de l’entreprise organise de plus en plus de démarches préventives : “Nous tenons des réunions d’informations pour expliquer les signes qui peuvent laisser craindre un épuisement professionnel et leurs donnons des conseils pour éviter d’en arriver là.” Avec en premier lieu, l’importance de savoir se déconnecter après sa journée de boulot, insiste Anne-Lyse D.

Julien, justement, reconnait avoir eu du mal à “lâcher le boulot”. “Même en soirée ou en week-end”, le trentenaire garde toujours son portable à portée de main “en cas d’urgence”. “Je me mettais une pression terrible et culpabilisais si je ne répondais pas à un mail pro dans l’heure.” Si aujourd’hui l’ex responsable-marketing admet s’être sans doute lui-même “imposé cette disponibilité constante”, à l’époque, cela lui semblait être “ce qu’on attendait de lui”.

Manque de formation

Des salariés épuisés, “mentalement à bout”, Sandrine P. y a été confrontée, elle aussi. Depuis juillet dernier, la quadragénaire endosse dans son entreprise la double casquette de directrice commerciale et chief of happiness – littéralement “cheffe du bonheur” -. Occuper le rôle de “maman” pour les 20 salariés de la boîte, à l’origine, Sandrine P. n’y pensait pas sérieusement. “Je l’ai proposé à mon chef comme une plaisanterie, en pensant que tout le monde allait en rire. Mais ça a été pris très sérieusement, et des gens sont vite venus me confier leurs soucis.” Si la directrice commerciale a le sentiment “d’être utile” aux salariés qui la sollicite, elle déplore son manque de formation.
J’ai fait des études de commerce et de communication, je ne suis pas formée à ça. Moi je peux écouter et consoler, mais je ne sais pas quelles sont les bonnes réactions à avoir, j’ai peur de mal faire, voire d’empirer la situation.

Aujourd’hui, et malgré des propositions de lois allant dans ce sens, le burn-out n’est toujours pas officiellement reconnu comme une maladie professionnelle. La faute, notamment, à l’identité “valise” du terme, dont l’usage parfois excessif conduit à confondre déprime, fatigue et détresse psychique et émotionnelle. Reste que pour Julien, cette pathologie n’est encore pas assez “prise au sérieux”. “Mon burn-out m’a détruit, physiquement et émotionnellement. Je ne sais pas si j’arriverais un jour vraiment à en guérir totalement, et il reste encore des gens pour me demander quand je vais enfin “me reprendre en main””.

Axelle Bouschon

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