Le Marathon de Paris, dominé par les Kenyans

Le marathon de Paris, à l’image des marathons les plus importants, voit les subsaharien-ne-s, principalement Kenyan-e-s et Ethiopien-ne-s, truster les premières places alors qu’ils ne représentent qu’une petite part des athlètes. Aussi, si les meilleures temps progressaient rapidement dans les années 70 et 80, ils ont tendance à stagner ces dernières années.

42,195 kilomètres à parcourir et des dizaines de milliers de personnes sur la ligne de départ. Il y a trois semaines, le record du monde du marathon a été battu à Berlin par le Kenyan Eliud Kipchoge en 2h01min39sec, effaçant l’ancienne marque de son compatriote Dennis Kimetto, auteur d’un parcours en 2h02min57sec, en 2014, toujours dans la capitale allemande. Les Kenyans sont les grands champions du marathon, que ce soit à Berlin, Londres, New York, Chicago ou Paris, où ils occupent les places du top 10. Focus sur l’épreuve de Paris.

Lors de sa première édition en 1976, le marathon de Paris réunit seulement 126 athlètes. En 1984, plus de 10 000 personnes participent à la course. Et en 2015, 40 000 coureurs foulent le sol de la capitale. Mais s’il y a 40 ans, la course était destinée aux Français, progressivement, elle s’ouvre à tous, sans quota, contrairement au marathon de New York par exemple, qui impose des quotas de New Yorkais, Américains et étrangers à chacune de ses éditions. L’épreuve s’internationalise ainsi et pourtant, depuis une vingtaine d’années, les meilleurs proviennent du continent africain, à la fois parmi les hommes et les femmes.

Chez les hommes, ces 10 dernières années, 8 des vainqueurs étaient Kényans et 2 étaient Ethiopiens. Depuis 1976, 9 Kényans ont remporté l’épreuve. La tendance est la même pour les femmes : parmi les dix dernières gagnantes, 5 étaient originaires du Kenya et 5 d’Ethiopie. 14 Kényanes ont remporté l’épreuve de Paris depuis sa création.

Le premier Kényan à remporter le marathon chez les hommes l’a fait en 1997 et chez les femmes en 2003. Et depuis, ils explosent. Pourtant, à la création du marathon de Paris, à l’inverse, les athlètes français, britanniques et américains étaient les mieux représentés. Le dernier Français à avoir franchi la ligne d’arrivée en premier à Paris était Benoît Zwierzchiewski et son exploit remonte à 2002. Il faut revenir plus loin dans le temps pour retrouver la dernière Française sur la première marche du podium : il s’agit de Maria Lelut en 1986.

 

Pourquoi les subsahariens et en particulier les Kényans sont-ils si bien représentés ? Plusieurs théories existent. Le Kenya, devenu indépendant en 1963, a hérité des infrastructures laissées par les Britanniques colonisateurs, friands de course à pied. Quant à l’Ethiopie, longtemps sous une dictature communiste, elle compte peu de routes et d’installations mais a commencé à détecter les talents qui devaient servir à la promotion du pays à travers le monde. Aussi, en Ethiopie, courir peut être le seul moyen de se rendre d’un point à un autre en un temps donné. Kényans et Ethiopiens disposent d’un avantage géographique : ils vivent sur les hauts plateaux de la Vallée du Rift et s’entraînent en altitude. Mais des analyses médicales n’auraient rien révélé de particulier en ce qui les concerne. Ils n’ont pas, par exemple, de VO2 max (le volume d’oxygène maximal) différent des autres. Cependant, des chercheurs ont mis en évidence que le fait que les Kényans avaient les mollets plus fins, donc plus légers, que ceux d’autres athlètes : de l’ordre de 400 grammes de moins pour chaque jambe. Des simulations informatiques ont montré que pour une même longueur de segment mesurée sur le tibia, les Africains dépensaient logiquement moins d’énergie que les autres.

Une progression de plus en plus lente

La première année où les records des hommes et des femmes sont devenus distincts, en 1979, la Suisse Vreni Forster parcourt la mythique distance en 2h51min. L’année d’après, la britannique Gillian Adams passe la ligne d’arrivée au bout de 2h49min; l’année suivante Française Chantal Laglacé, lui passe devant avec un temps 2h48. Puis en 1982 et 1983, les meilleurs temps remontent à 2h56 et 2h58 respectivement, avant de chuter à 2h32 en 1984 : d’une année à l’autre, les résultats sont très différents. En 1996, pour la première fois à Paris, la plus rapide des femmes passe sous la barre des 2h30. Et depuis 2007, les records tendent à s’uniformiser : ils sont tous compris entre 2h20, record de Purity Rionoripo, la Kényane, et 2h25.

Le phénomène est similaire chez les hommes. L’année de la création du marathon de Paris, en 1976, le Français Jean-Pierre Eudes établit un record à 2h20min. L’année d’après, Gérard Métayer arrive en tête avec un temps de 2h30min, soit 10 minutes de plus que son compatriote. En 1978, Gilbert Coutant, met 4 minutes de plus que le vainqueur de l’année précédente, parcourant les 42,195km en 2h34. En 1979, il ne faut que 2h18 à Fernand Colbeck pour terminer le parcours. Une amplitude très forte d’une année à l’autre. 40 ans plus tard, les écarts des temps des vainqueurs sont très faibles. Depuis 1997, le meilleur temps chez les hommes est systématiquement compris entre 2h05 et 2h10min.

Une course au record, à laquelle participent des coureurs, des équipementiers sportifs et des scientifiques, est lancée pour passer sous cette mythique barrière de temps. Le physiologiste Michael Joyner a estimé en 1991, que l’homme pouvait, dans un grand jour, boucler l’épreuve en 1 h 57 min 58 s. Mais est-ce possible de battre indéfiniment le record du marathon? Faire descendre le record du marathon sous les 2 heures suppose un gain de près de 3% en performance. En clair, c’est comme si Usain Bolt se mettait à courir en 9 secondes 35 (au lieu de 9 secondes 58) aux 100 mètres.

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