La vague vegane: prise de conscience ou simple mode?

Dans les menus des restaurants branchés ou dans les rayons des magasins, les produits vegans se multiplient. Après la vague du gluten ou du bio, le véganisme devient de plus en plus courant. Au-delà d’une tendance c’est un mode de vie à part entière. Cependant ce choix n’est pas accepté par tous.
Plat vegan par excellence, le houmous de betterave et de poivron accompagé d'avocat bien sur. Nina Gambin

Plat vegan par excellence, le houmous de betterave et de poivron accompagné de fleurs avocats bien sur. Nina Gambin

“Nous quand on avait vingt ans on était trotskistes, eux ils sont vegans : c’est être révolutionnaire”, a expliqué au Parisien Jean-Luc Mélenchon pendant la présidentielle 2017.Le véganisme s’apparente ainsi, à un mouvement et un choix politique plus qu’à un simple régime alimentaire. Le sujet est mis sur la table à l’Assemblée Nationale actuellement où les députés débattent du compte tenu de nos assiettes. Certains proposent même d’imposer un repas végétariens par semaine dans les cantines scolaires

Le 21 mai 2018, Greenpeace France a publié une étude sur le sujet pour répondre aux propositions du gouvernement. Résultat, 69% des enfants sont contraints de manger de la viande ou du poisson tous les jours. Ils ingèrent ainsi deux fois plus de protéines animales au déjeuner.

Cette réflexion s’inscrit dans un changement de société plus profond sachant que 8,5 millions de citoyens ont drastiquement réduit leur consommation de viande, selon CHD Expert (analyste dans le secteur de l’agroalimentaire). 2% des français ont fait le choix de devenir vegan.

Lait de soja, tofu grillé ou encore veggie burger, le véganisme, plus qu’un régime alimentaire, il s’inscrit dans notre société comme un mode de vie à part entière. Dans les assiettes des vegan, pas de viande, de poisson, de lait, d’oeufs ni même de miel.  Et dans leur dressing vous ne trouverez ni cuir, ni laine, ni cachemire. Cela va encore plus loin, car un vegan n’achète aucun cosmétiques testés sur leurs amis les bêtes.

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Ce n’est pas difficile d’être vegan

Certains font ce choix de vie, comme Anaïs Da Silva, vegan depuis trois ans: « J’ai été hospitalisée pour cause d’anorexie. A ma sortie tout était bien trop compliqué et le véganisme m’a en quelque sorte sauvé. Il me donne faim, me rend curieuse, me donne du plaisir. » Cette jeune femme de 28 ans a fait face à beaucoup de scepticisme: « Quand j’ai adopté ce mode de vie, il avait très mauvaise réputation. On m’a dit que c’était une nouvelle façon de contrôler mon alimentation, que j’allais encore moins manger et que la nourriture n’avait aucun goût. Aujourd’hui j’ai de la chance d’avoir une famille et des amis qui me voient m’épanouir et sont curieux. Tout le monde veut goûter et apprécie ma cuisine. »

Mais manger vegan et vivre vegan n’est pas facile partout. Dans certains pays les alternatives veganes sont plus développées. « J’ai vécu à Londres pendant deux ans et être vegan là-bas c’est extrêmement simple. Le nombre de restaurant, de grands magasins et de petits cafés proposant des options vegan est incroyable. A Paris c’est très compliqué. Ici quand on ne rentre pas dans une case on est mis de côté. Etre vegan n’est pas le problème en soit mais on se heurte à des préjugés. » explique-t-elle.

L’augmentation du nombre de vegan, en France, a fait apparaître de nouvelles boutiques. C’est le cas du concept store vegan “Aujourd’hui Demain” dans le 11e arrondissement de Paris, où travaille Sarah de Viconte. Vegan, elle arrive à conjuguer ce régime alimentaire spécifique avec une vie sociale, contrairement à d’autres qui rencontrent des difficultés. « Ce n’est pas difficile d’être vegan, pour sortir avec des amis omnivores, les nouveaux restaurants proposent souvent des plats intéressants. Mais c’est vrai que les restaurants traditionnels ignorent souvent le véganisme ». Mais pour Sarah de Viconte le véganisme n’est pas seulement un régime alimentaire: « Etre vegan c’est aussi manger équitable et bio, et militer pour des causes justes » ajoute-t-elle. Dans son magasin, nombreuses sont les alternatives aux modes de vie classique. Caoutchouc biologique, polyuréthane ou même cuir d’ananas (piñatex) , beaucoup de marques exposées mettent en avant des vêtements et accessoires fabriqués en Europe et en matière végétale.

Le véganisme comme opportunité marketing

Cette vague vegane est également une aubaine pour les grandes enseignes. Beaucoup de groupes agroalimentaires se lancent dans l’offre de substituts carnés. C’est le cas de Fleury-Michon et Herta avec leurs gammes Côté végétal et Le bon végétal proposées à leur clientèle depuis 2016. Barilla quant à elle a créé sa bolonaise de soja et donc sans viande, et son pesto vegan. Facile à identifier, la marque italienne a revue le packaging de A à Z. Les couleurs criardes, bleue et rouge, sont remplacées par des tons beiges avec des photos de légumes en guise d’illustration. L’appellation « vegan » est inscrite au centre. Cette nouvelle offre présente dans les supermarchés semble être un moyen pour les grandes marques d’attirer une clientèle diversifiée, pas forcément vegan, dans le but d’augmenter ses ventes.

Les labels « agriculture biologique » et « vegan » sont toujours très visibles sur les produits, pour attirer l’oeil des intéressés. Pour Céline De Bufala, commercial chez Bjorg, entreprise française spécialisée dans les produits alimentaires bio, le veganisme est devenu “un créneau que les marques sont de plus en plus nombreuses à prendre en raison de la prise de conscience des consommateurs”. Même si elle est consciente qu’être vegan n’est pas synonyme de meilleure santé : “il faut pouvoir répondre à la demande de nouveaux consommateurs, en constante hausse. C’est un marché en forte croissance. Il faut leur apporter du choix. C’est pour cela que nous revoyons nos recettes constamment”.

Mais toute les “grandes marques” ne surfent pas sur la vague vegan, même si elle est financièrement alléchante. Comme le célèbre fabricants de bière, Heineken. Ses bières ne contient aucune trace de produits d’origine animale. Contrairement à une autre de leur boisson, la Guinness, qui suite à une pétition avait dû faire évoluer sa fabrication pour devenir vegan. Xavier Coignard, responsable marketing du brasseur: “je pense que nous ne sommes pas légitime. Mais avec la Heineken 0.0, sans alcool, nous essayons vraiment de communiquer dans le sens du comportement responsable tant sur le taux d’alcool que sur le fait qu’elle soit meilleure pour la santé par rapport à une bière classique”.

chiffre vegan

Les meilleures enseignes spécialisées sont en général celles qui ont été crées par des adeptes du véganisme. Comme Mary Iriarte Jähnke, fondatrice de Jay&Joy, première fromagerie vegane de Paris. Elle offre des « vromages » (néologisme associant le v de vegan et le mot fromage, nldr) et des « joyourts » à base de laits végétaux. Sa première recette est celle du « vromage Joséphine » réalisé à base de noix de cajou fermenté et affiné dans le XIème arrondissement. De faux fromages aux saveurs originales qui s’éloignent parfois de nos produits laitiers traditionnels. C’est le cas du « José » à la spiruline, qui associe une algue bleue, aux fortes propriétés nutritives et du chanvre. Vos papilles devront être bien accrochées.

Cependant, pour les fromagers, il n’est pas juste d’appeler ces préparations des fromages.  Comme le souligne Sebastien Covoy, fromager chez Quatrehomme Espérance à Paris : “je respecte ce choix mais je n’adhère pas du tout à l’aspect marketing du produit. Surtout quand on m’explique les techniques d’affinages d’un fromage sans lait. Faire du fromage c’est beaucoup plus complexe que cela. Appeler cette invention fromage vegan est un abus de langage, ils devraient plutôt appeler cela de la pâte à tartiner”.

Un avis partagé par son confrère Rémi Vaillant de la Fromagerie Beillevaire également à Paris: “c’est intéressant d’exploiter une nouvelle part de marché. Quand j’entends parler de fromage à la pâte de noix de cajou, je suis curieux, je demande à goûter. »

Pour ces deux vendeurs de vrais fromage, une chose est sûre, ils veulent goûter avant de juger. Mais n’en reste pas moins perplexe. Un fromage sans lait, est-ce vraiment du fromage et est-ce intéressant d’un point de vue nutritionnel ?

L’avis des professionnels de santé
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Anne-Laure Meunier, diététicienne

Certains professionnels de la santé mettent en garde face aux potentiels déséquilibres et carences alimentaires. Anne-Laure Meunier, est diététicienne et fondatrice de Smartdiet, un service de consultation nutritionnel en ligne. Elle est formel, une alimentation 100% vegan présente des risques pour la santé. “Cela demande un haut niveau d’éducation nutritionnelle. Être vegan est synonyme de carences. On s’expose même en faisant certaines associations alimentaires. Il y a des choses qu’on ne peut pas apporter par le végétal, comme la vitamine B12 (vitamine qui permet la synthèse nécessaire au niveau sanguin et nerveux, nldr). Le corps humain a des besoins qui sont calqués sur notre régime alimentaire qui est ancestralement omnivore.”

Cependant les vegan mettent en avant ce qu’ils appellent les super aliments, qui leur permet de trouver, dans des produits végétaux les apports nécessaires. Ce à quoi adhère Lucile Woodward, célèbre coach sportive sur les réseaux sociaux: « le veganisme est meilleur pour la santé lorsque l’alimentation est bien conduite. Il réduit le risque de développer des cancers, des maladies cardiovasculaires et des maladies chroniques liées au surpoids et obésité. » La naturopathe marseillaise, Laura Breiller-Tardy, est d’accord avec la coach qui préfère le régime vegan au régime omnivore: « il faut limiter les produits animaux parce qu’ils sont peu digestes.Le véganisme est surtout une question de conscience, je milite davantage contre l’exploitation animale.” Elle reste malgré tout lucide quant aux pratiques des grands groupes agroalimentaires qui proposent des produits vegans: « ces sociétés ne sont pas éthiques ni d’un point de vue animal ni d’un point de vue environnementale. Du coup, soutenir ces marques c’est soutenir une catastrophe écologique, l’abattage massif, la maltraitance, des produits souvent plein d’additifs chimiques.” Consommer vegan oui, mais pas n’importe comment.

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Le côté politique et militantisme du véganisme me dérange

Certains voient en ce mode de vie une certaine revendication extrême. C’est le cas de Jean-François Le Goff, gérant de l’épicerie fine spécialisée dans le jambon, Ham’s. « Les gens peuvent faire ce qu’ils souhaitent mais le côté politique et militantisme du véganisme me dérange. Je n’aime pas quand un groupe de personne veut imposer au reste sa vision des choses. » réagit-il. En effet être vegan c’est également militer pour le féminisme, l’anti-racisme ou encore l’anti-capitalisme. « L’essentiel c’est que ces gens fasse le choix d’être vegan de façon délibérée et qu’ils soient heureux mais il faut savoir vivre ensemble et accepter tout le monde » insiste-t-il. Ainsi, dans son épicerie, bacon de thon, légumes grillés ou crème de poivron côtoient les cuisses de jambon italien, portugais, espagnol ou français. Le parisien reste cependant sensible à la cause animale: « je ne suis pas vegan mais j’essaye de consommer des produits de qualité et de respecter les producteurs » ajoute Jean-François Le Goff.

Le collège Dupuy de Chalon-en-Champagne a proposé un menu exclusivement végétalien aux élèves le 17 mai dernier. « C’est très facile de faire un repas vegan pour un établissement comme celui-ci, même au dernier moment il y a beaucoup de fournisseur » explique-t-il. Cette initiative entre dans un projet éducatif: « Nous avons inscrit ce menu dans un programme d’ateliers sur le véganisme, l’aspect pédagogique est très important » ajoute le cuisinier. Protection des animaux, scandales alimentaires et dérèglement environnementaux, les mentalités évoluent, les citoyens sont amenés à réfléchir sur leur mode de consommation, ce qui conduit certains au véganisme. La viande est un sujet qui accapare beaucoup de discussions et de débats. Certains mènent des initiatives pour sensibiliser les adultes comme les enfants.

Nina Gambin et Zina Desmazes

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