Derrière la vitrine opaque du mannequinat

Fantasmatique, envié, rêvé… Derrière les strass et les paillettes, l’univers du mannequinat français se dénude timidement, aussi petit et encadré soit-il. Peu de chiffres, des témoignages anonymes… petite plongée à la découverte d’un monde qui ne se révèle que loin des flashs des objectifs.

Présents sur tous les écrans, à tous les coins de rues, le monde du mannequinat est pourtant très discret. Dans les chiffres tout d’abord : aucune statistique n’existe sur le nombre de mannequins français ni sur les recettes du secteur. Tout juste Isabelle Saint-Félix (secrétaire générale du Syndicat National des Agences de Mannequins) évalue-t-elle le nombre de professionnels à en vivre aux alentours de 3 000, mais les revenus varient énormément. Entre les femmes et les hommes pour commencer. Chose rare, ce sont elles les mieux payées. « Pour mon dernier shooting en duo j’ai touché 500 euros, la fille 700. La différence est énorme. Et plus on grimpe dans la renommée, plus les écarts s’agrandissent » déclare Baptiste, jeune mannequin de 22 ans.

Autre histoire, celle de Thibault Gildas, ex-mannequin homme, trois défilés Givenchy à son actif rémunérés 500 euros la prestation. Ces consoeurs ? « Au moins dix fois plus, et encore, pour les moins connues… » « Le jackpot c’est de devenir égérie d’une grande marque, comme pour un parfum, » nous explique un mannequin anonyme. « Là, on obtient alors une exclusivité. Les montants peuvent avoisiner le million pour un homme connu, et beaucoup plus pour une femme. Si la campagne est renouvelée, c’est à chaque fois 100 % de revalorisation salariale à la clé, » continue l’informateur.

Beaucoup plus commun, un shooting d’une journée pour un catalogue numérique se négocierait plutôt aux alentours de 400 euros, minimum. La somme varie ensuite selon la marque, mais aussi le pays. « Si tu vends des rideaux ou des fenêtres en France, tu touches 1 200 euros, grand maximum. Aux Etats-Unis, c’est au moins 8 000. Là-bas, toucher 25 000 dollars pour un ou deux jours de travail c’est presque normal. Ici c’est le rêve, » raconte Baptiste, de retour de trois mois sur la côte Est aux Etats-Unis.

Thibault Gildas (Frédéric Monceau)

Thibault Gildas (Frédéric Monceau)

Ces êtres qui merveilleusement nous charment

« Je préférerais que mon nom n’apparaisse pas. Ça n’est pas rare, mais les agences n’aiment pas savoir que nous leur faisons des infidélités », prévient un jeune modèle qui multiplie les collaborations. Volages, les mannequins ? Oui. C’est même cette particularité qui préside, en 1969, à « régler le si difficile problème du statut juridique des artistes du spectacle et des mannequins », comme introduit le rapport sénatorial de l’époque.

Présidé par l’ancien parlementaire Jean-Pierre Blanchet, le législateur souhaite alors « protéger tous ces êtres qui merveilleusement nous charment et nous apportent le rêve » comme il les présente, car demande-t-il « ne nous faut-il pas les préserver contre eux-mêmes… et contre ceux qui en vivent ? » Les mannequins comptent alors parmi « les derniers « travailleurs » à définir, leurs activités étant intermittentes, combien diverses et ayant à faire souvent à une multiplicité d’employeurs. »

Une profession très encadrée

« Le monde du mannequinat fait vibrer beaucoup de monde » fait constater Isabelle Saint Félix. « Y compris, vous l’aurez compris, les hommes politiques. » Depuis soumis à de multiples évolutions du code du travail, le statut de mannequin jouit en France d’un cadre législatif singulier. C’est en effet le seul pays au monde où un modèle ne peut exercer en indépendant, il est obligatoirement salarié d’une ou de plusieurs agences, pour ces contrats en France comme à l’étranger.

Cette obligation est censée prévenir du risque de ne pas être payé pour une prestation. En effet, le client rémunère l’agence et c’est elle, en tant que mandataire, qui reverse ensuite le salaire à son salarié. Des sommes qui sont, elles-aussi, très encadrées. Une convention collective fixe le montant minimum reversé au mannequin à 33 % s’il est question de photos de presse et 36 % pour de la publicité. Voilà pour les grandes lignes. Pour le reste, l’âge, les horaires, les déplacements, la nudité… chaque disposition d’un contrat répond à un cadre bien défini.

Anaelle Duguet (Gilad Sasporta)

Un business juteux

Au nombre de 85, les agences françaises de mannequins parlent peu. Elite Model Management qui se revendique leader mondial du secteur affiche pour 2016 23,5 millions de chiffre d’affaires en France. L’agence se targue d’organiser chaque année le plus gros casting du monde : 350 000 personnes candidateraient chaque année. Au coeur du système, les agences quadrillent l’offre et la demande avec le pouvoir de faire et défaire la réputation de leurs produits phares. Cindy Crawford, Claudia Schiffer, Naomi Campbell ? Elite Model’s Management. Clara Delevingne, Kendall Jenner, Adriana Lima ? Elite Model’s Management toujours. Les exemples de ce type ne manquent pas.

S’il fallait comparer les modèles et leurs agences aux clubs de foot, il faudrait toutefois spécifier qu’en France, les agences ne peuvent être que mandataire et pas propriétaire des droits à l’image de leurs salariés. Une différence de taille. De même, rien n’interdit un mannequin de démarcher plusieurs agences, en particulier à l’étranger ou cela est même conseillé. Anaëlle Duguet est par exemple liée à des agences italiennes, américaines ou encore turques, mais ne possède qu’une seule ‘’agence mère’’, à Paris. C’est à elle qu’il faut s’adresser pour la contempler. Et des photos, Anaëlle en fait beaucoup…

Sarafina Spautz et Antoine Colombani

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