Trois questions à Anne-Cécile Daniel, chercheuse à l’AgroParisTech

Anne-Cécile Daniel est ingénieur de recherche en agriculture urbaine à l’AgroParisTech et membre de l’AFAUP (l’Association Française d’Agriculture Urbaine Professionnelle).

 

Quand l’agriculture urbaine a-t-elle commencé à se développer ?

A l’échelle mondiale l’agriculture urbaine a commencé dans les pays du sud dans les années 1950. Il y a eu des migrations suite aux guerres civiles et les populations rurales ont fui en ville. Ils produisaient en ville pour se nourrir, c’était de l’autoproduction. Christine Aubry [ndlr: chercheuse à l’INRA spécialiste de l’agriculture urbaine] a étudié l’agriculture urbaine à Madagascar et elle a mis en évidence que plus de 90% du cresson consommé à Antananarivo était produit dans la ville. En France cela a commencé avec les circuits courts dans les années 1990-2000 puis les jardins collectifs. Ces derniers se sont redéveloppés après la crise des Trente Glorieuses. En 2012, à l’époque où la mairie de Paris a commencé à faire des conférences sur le sujet, le terme n’était pas encore très connu. Ce sont des projets phares qui ont fait parler d’eux comme la tour maraîchère à Romainville.

 

Quels sont les différents types d’agriculture urbaine ?

Il y a différentes formes d’agriculture urbaine : les jardins associatifs, les micro-fermes urbaines… Il y a une diversité des formes mais l’une ne doit pas dominer l’autre. Le risque réside dans la commande publique. Les jardins portent une autre fonction, celle de services et de sensibilisation. A l’AFAUP nous soutenons différents types d’agriculture urbaine comme Veni Verdi qui font plein de super projets et d’un autre côté d’autres projets à grande échelle. Il faut assumer le côté sensibilisation de l’agriculture urbaine en montrant qu’elle peut être source d’innovations pour mieux manger.

 

Est-ce que l’agriculture urbaine est rentable ?

On peut prendre le problème à l’envers : Pourquoi les villes veulent-elles un projet viable ? Elles veulent végétaliser la ville sans avoir à l’entretenir. L’agriculture urbaine anime un quartier, sensibilise les gens, c’est un outil sensationnel ! Mais cela peut vite s’éteindre si la mairie ne soutient pas les projets. Le modèle économique reste à trouver. L’agriculture urbaine se définit par sa multiactivité. Aujourd’hui certaines structures en vivent mais c’est un marché émergent donc c’est quasiment impossible de dire si cela va perdurer. Il faut attendre 5 ans pour savoir qui restera et surtout comment les collectivités soutiendront les projets. Le modèle économique pourrait être celui de la boîte à champignons. C’est un modèle hybride qui inclut de la formation et de l’expertise. C’est un projet émergent qui va évoluer.

Lou Portelli et Chloé Tixier

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