Kiosquiers parisiens : entre crise et renouveau

Victimes  d’un secteur de la presse en pleine crise, les kiosques parisiens vont bientôt faire peau neuve. La mairie de Paris a posé il y a deux semaines la première pierre de son grand projet de rénovation et de modernisation des kiosques à journaux de la capitale. De leur côté, les kiosquiers restent sceptiques.

409. C’est le nombre de ses petites boutiques vertes, souvent chapotées de ces dômes si reconnaissables, qui peuplent les rues et les places de Paris. Longtemps imité, le style original haussmannien des kiosques à journaux, s’apprête à disparaitre. La mairie de Paris veut en effet remplacer 360 de ces échoppes d’ici 2019 pour « redynamiser le réseau de la vente de la presse à Paris », selon les termes d’Olivia Polski, adjointe au commerce de la mairie de Paris. Coût de l’opération : 52 millions d’euros. Un investissement d’envergure à l’image d’une presse écrite très mal en point, dont la santé se répercute sur ses diffuseurs. La capitale a perdu pas moins de 200 points de vente de presse en seulement dix ans.

C’est le kiosque de James Howarth, Place d’Alésia (14ème), qui a été choisi pour lancer l’opération. Un test grandeur nature qui doit durer trois mois avant le début des grandes manoeuvres qui commenceront cet été. Habillé de la même couleur verte que ses ancêtres – deux autres couleurs, gris et rouge, sont aussi à l’étude – le nouveau kiosque, encore au stade de prototype, est décrit par son locataire comme « plus ouvert, plus attirant et plus vendeur ». Fait de métal, d’aluminium et de verres recyclables, le nouveau kiosque dispose de la même surface au sol que le précédent (16 m 2) mais a été conçu pour améliorer à la fois le confort du client et celui du kiosquier.

James Howarth, kiosquier depuis 17 ans et propriétaire du premier nouveau kiosque place d'Alésia

James Howarth, kiosquier depuis 17 ans et propriétaire du premier nouveau kiosque. Crédits : Julien Percheron

Des raisons d’espérer

« Ça fait 17 ans que je suis là. Avant, le poids du travail à faire était très décourageant. Je mets une heure de moins à l’ouvrir en arrivant le matin ! L’organisation fait que la diversité de l’offre est plus visible et les clients ont plus de place pour feuilleter, » détaille le kiosquier. Du point de vue du chaland, le nouveau point de vente paraît en effet moins étriqué et plus lumineux. « L’éclairage est formidable » se réjouit James Howarth, même si derrière son comptoir, il n’a plus autant de place qu’avant. Le nouveau kiosque permet également de pouvoir mettre les journaux à l’abri en cas d’intempéries, et d’y garder les clients bien au chaud. Et pour l’instant ça fonctionne.

Après seulement deux semaines, il est difficile pour le kiosquier de chiffrer exactement l’apport de son nouveau lieu de travail mais « les ventes ont déjà augmenté de plus de 10 %, l’avenir s’éclaircit un peu », sourie-t-il. Même si le but de la mairie est de diversifier le contenu proposé par les kiosques (machine a café, objets connectés, recharges téléphoniques), l’amélioration concerne essentiellement les ventes de titres de presse pour le moment. Les réflexions autour de la diversification de l’offre sont nombreuses. « C’est logique, normalement c’est imbattable comme point de vente ! », assène James Hawthorne.

Le nouveau kiosque parisien, plus spacieux

Le nouveau kiosque parisien, plus spacieux. Crédits : Julien Percheron

Un optimisme modéré

Le kiosque de James Howarth ne fait pourtant pas que des émules, à l’image de Joséphine Vizzacchero, kiosquière à l’angle de la rue de Rennes et de Vaugirard depuis treize ans. « J’en veux pas, j’ai été voir et je ne l’ai pas trouvé pratique. Il y a moins de place pour nous, et pas de table pour pouvoir faire les invendus en fin de journée, » note-t-elle. Quoi qu’il en soit, Joséphine Vizzaccherino voit l’avenir d’un œil plutôt sombre. « Il n’y a pas que la presse en ligne qui nous a fait du mal, les gratuits aussi. Et puis les offres d’abonnements, comme ceux que proposent SFR en ce moment, c’est une catastrophe. A côté de ça, les jeunes ont encore moins de sous qu’avant… Vivement la retraite ! », lâche-t-elle dans un soupir.

Du côté de l’Ile de la Cité (1er), midi sonne. Farid, 62 ans, guette les clients, en face du Palais de Justice. Le nouveau kiosque à Alésia ? « J’en ai entendu parler, je suis allé le visiter. L’idée de proposer des nouveaux services n’est pas une mauvaise idée, mais le kiosque est trop grand ! Sur la vente de cafés et de boissons, il faut faire attention car les commerçants du coin vont protester », affirme-t-il.

« La crise du papier nous a tué »

Farid possède son kiosque depuis huit ans, il a dû vendre les trois autres qu’il avait à Montrouge, Aubervilliers et dans le Val-de-Marne. « La crise du papier nous a tué. Heureusement que la mairie nous finance en partie », raconte Farid, les yeux baissés. Dans une délibération du 18 mai 2016, la maire de Paris détaille en effet l’« Instauration d’un régime d’aides aux kiosquiers de presse parisiens », en fonction du chiffre d’affaires des kiosquiers.

Farid, propriétaire de son kiosque depuis 8 ans

Farid, propriétaire de son kiosque depuis 8 ans sur l’île de la Cité – crédits : Julien Percheron

De moins en moins de clients

« Je travaille de 8 heures à 20 heures, et je touche à peine le SMIC », précise Farid. La baisse du nombre de clients, il la ressent depuis quelques années déjà. « Les gens ne lisent plus, surtout les jeunes. Et l’arrivée des journaux gratuits n’a rien arrangé », regrette-t-il. Depuis ce matin, Farid n’a vendu qu’un plan de Paris à 5 €.

Parmi les difficultés rencontrées dans le métier de kiosquier, il y a aussi les vols. « Ça arrive souvent. Dès qu’on a le dos tourné, il y a un magazine qui part ! ». Farid se souvient de cette fois où un passant s’est enfuit avec le Monde sous le bras. « Je lui ai couru après jusqu’à la bouche de métro », plaisante-il.

Persuadé que les kiosques ne vont pas disparaître, il ne cache pas ses attentes pour améliorer les conditions de travail des kiosquiers. « Les publicitaires et les diffuseurs ne redistribuent pas les bénéfices et ce n’est pas normal. Il y a aussi d’autres idées, les kiosques pourraient vendre des cigarettes par exemple, » propose-t-il.  Pourtant, Farid aime son métier. « Je ne serai pas là sinon », lâche-t-il dans un sourire.

Léa Duperrin et Antoine Colombani

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