Entre le pape et le pope, une dispute de longue date

Vendredi 12 février, le pape François rencontre, à Cuba, le patriarche Kirill, chef de l’Église orthodoxe de Russie. Une rencontre qui ne s’était pas produite depuis 1964, en raison d’une dispute qui a gelé les relations entre les Églises orthodoxe et chrétienne il y a plus d’un siècle. 

Le pape François à son arrivée à Cuba vendredi 12 février. (Andreas Solaro -AFP)

Le pape François à son arrivée à Cuba vendredi 12 février. (Andreas Solaro -AFP)

Un pape aux côtés d’un pope, l’image est extraordinaire. Vendredi 12 février, le pape François et le patriarche de l’Eglise orthodoxe russe Kirill ont marché ensemble à Cuba. Lors de l’annonce de cette rencontre, le porte-parole du Vatican, Federico Lombardi félicitait cette « première rencontre dans l’Histoire« .

Une petite note d’Histoire

La dispute entre les deux Eglises date de 1054, c’est à dire, du schisme des Églises d’Orient et d’Occident. En 1043, un nouveau patriarche de Constantinople est élu, Michel Keroulios. Six ans plus tard, à Rome, Léon IX devient pape. Ce dernier est totalement convaincu par une réforme de l’Église. C’est cela qui va provoquer la scission. Depuis le IXème siècle, des églises pratiquant un rite grec s’installent en Italie du Sud. Ce n’est pas du goût de Léon IX qui souhaite y implanter un rite latin, comme dans tout le reste de l’Europe. Le rite grec suspendu en Europe provoque la colère de Michel Keroulios. En réponse, il fait fermer toutes les églises latines de Constantinople. Rajoutons à cela une lettre injurieuse envers Léon IX. Les bases de la crise sont posées.

Durant l’été, après des tentatives vaines de conciliation, Léon IX meurt. Ses légats, pour faire pression, excommunient Michel Keroulios. Le peuple et le clergé de Constantinople se soulèvent. En juillet, Michel Keroulios promulgue un synode condamnant les légats venus de l’Occident. Il faudra attendre 1204 et le pillage de Constantinople par les croisés pour que la rupture soit définitive. Les textes officialisant le schisme sont officiellement levés en 1965 par une déclaration commune entre le pape Paul VI et le patriarche Athénagoras. Mais les deux Eglises ne se rapprochent pas pour autant.

Un œcuménisme sincère

Le Pape François rencontre le patriarche Cyrille (Louisa Gouliamaki, Alberto Pizzoli -AFP)

Le Pape François rencontre le patriarche Cyrille (Louisa Gouliamaki, Alberto Pizzoli -AFP)

Depuis le début de son pontificat, le pape François a envoyé beaucoup de messages porteurs d’œcuménisme à son acolyte orthodoxe. En parallèle, il a rencontré à plusieurs reprises Bartholomée, le patriarche de Constantinople, notamment en Terre sainte pour signer avec lui un document établissant « une nouvelle et nécessaire étape vers l’unité ». Ce rapprochement est notamment dû à la défense des Chrétiens d’Orient qui subissent les persécutions de l’État islamique.

Or, en rétablissant des relations avec le patriarche de « Moscou et de toutes les Russie », le pape François pourra renforcer ses liens avec Vladimir Poutine. Il serait un allié majeur pour la protection des Chrétiens d’Orient.

L’ombre ukrainienne

La situation en Ukraine depuis la crise de Maïdan a créé une difficulté supplémentaire pour arriver à un rapprochement. L’Église orthodoxe russe entretient des relations tendues avec l’Église greco-catholique ukrainienne, aussi appelée « uniate ». Mais le pape a une fois encore choisi de ménager Moscou et l’Église russe orthodoxe plutôt que les 5,5 millions de gréco-catholiques d’Ukraine qui lui sont fidèles.
Ainsi, le pape, qui a toujours privilégié le rapprochement entre les deux Églises, marque son pontificat par cette rencontre historique. Celui qui s’est toujours défini comme porteur d’un discours oecuméniste permet alors de mettre un siècle de disputes religieuse derrière lui. Par la même occasion, il peut remettre la Russie dans le jeu diplomatique afin d’en faire une alliée sur la scène internationale.
Cyrielle Cabot

You may also like...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *